Lettre d’information du 22 Mars 2019

Mike Pompeo a entamé mardi 19 mars une visite de cinq jours au Moyen-Orient. Une mini-tournée qui intervient alors que les États-Unis se désengagent de plus en plus de la région, privilégiant l’Europe et l’Asie. Toutefois, le combat contre l’Iran chiite reste la priorité de l’Administration Trump et le fil conducteur de ce déplacement qui a mené le secrétaire d’Etat au Koweït, où il a plaidé pour la fin de la crise du Golfe entre le Qatar et l’Arabie saoudite pour renforcer l’alliance anti-iranienne. Le chef de la diplomatie américaine s’est affiché mercredi à Jérusalem au diapason du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, en pleine campagne pour sa réélection. La « pression » de l’administration de Donald Trump contre Téhéran « fonctionne », a lancé le chef du gouvernement israélien lors d’une déclaration aux côtés du secrétaire d’Etat américain. « Nous devons l’étendre, et les Etats-Unis et Israël coopèrent en étroite coordination pour faire reculer les actes d’agression iraniens dans la région et dans le monde », a-t-il ajouté. Mike Pompeo a lui souligné la nécessité de « stopper le saccage régional perpétré par l’Iran », qui « recherche la destruction et l’anéantissement absolus d’Israël ». « Avec une telle menace, qui est une réalité quotidienne dans la vie israélienne, nous maintenons notre engagement sans égal en faveur de la sécurité d’Israël, et soutenons formellement votre droit à vous défendre », a-t-il insisté.

Reçu par Reuven Rivlin à Jérusalem, Mike Pompeo a dit considérer le Hezbollah, le mouvement palestinien Hamas et la milice yéménite des Houthis – qui bénéficient tous du soutien de Téhéran – comme « des entités représentant des risques pour la stabilité du Moyen-Orient et pour Israël ». « Ils sont résolus à rayer ce pays de la carte et nous avons l’obligation morale et politique d’empêcher que cela advienne. Vous devez savoir que les Etats-Unis s’y tiennent prêts », a-t-il déclaré lors de son entretien avec le président israélien.

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Dans le même temps, Donald Trump a écrit jeudi sur Twitter que l’heure était venue pour les Etats-Unis de reconnaître la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan, occupé par l’armée israélienne à la faveur de la guerre des Six-Jours en 1967, puis annexé par l’Etat hébreu. Ces déclarations font suite au récent appel de Benjamin Netanyahou, qui a invité la communauté internationale à reconnaître l’emprise israélienne sur le Golan. « Après 52 ans, il est temps pour les États-Unis de reconnaître pleinement la souveraineté d’Israël sur le Golan, qui a une importance stratégique pour l’État d’Israël et la stabilité régionale », a écrit le chef d’État américain, prenant là à contrepied le positionnement de la communauté internationale sur le sujet. Cette annonce intervient à quatre jours de la venue à la Maison-Blanche du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, actuellement en campagne pour sa réélection en vue des législatives du 9 avril prochain.

Une prise de parole qui représente une aubaine pour l’actuel Premier ministre israélien qui n’a de cesse de vanter sa relation privilégiée avec Donald Trump. À la mi-novembre, déjà, les États-Unis avaient été le seul pays à voter, excepté Israël, contre une résolution de l’ONU considérant l’annexion israélienne du Golan « nulle et non avenue ». En 1981, le parlement israélien a adopté la Loi sur les hauteurs du Golan, proclamant unilatéralement la souveraineté de l’État hébreu sur ce territoire.

La reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté israélienne sur le Golan, bien qu’importante, ne marque pas la fin de la lutte pour ce plateau stratégique, mais le commencement.

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La Cisjordanie a connu mardi soir un regain de violence. Les forces de sécurité israéliennes ont abattu Omar Amin Abou Lila, 19 ans, l’auteur présumé d’une attaque qui a coûté la vie à un jeune soldat et à un rabbin dimanche dans l’implantation d’Ariel.  L’agresseur palestinien soupçonné d’avoir perpétré l’attentat meurtrier de dimanche a été neutralisé après une chasse à l’homme. La maison dans laquelle il se terrait dans le village d’Abwein a été encerclée et une fusillade a éclaté lorsque les unités spéciales israéliennes ont donné l’assaut. « Ces terroristes ne nous déracineront pas d’ici – c’est exactement le contraire qui se produira », avait déclaré Benyamin Netanyahou qui s’était déplacé. Reste que la recrudescence d’actes isolés par des individus aguerris inquiète les autorités israéliennes. Difficiles à détecter, elles maintiennent la Cisjordanie sous tension permanente. Chaque agression armée semble en effet faire des émules.

Mardi soir, pendant la fin de la traque d’Abou Lila, une confrontation a éclaté entre deux Palestiniens et les forces de défense israélienne près de Naplouse. Selon Tsahal, des engins explosifs auraient été lancés depuis une voiture alors que l’armée sécurisait l’arrivée de fidèles juifs devant le tombeau de Joseph. Les deux jeunes occupants du véhicule sont morts dans la réplique des soldats.

Le tombeau de Joseph est sous contrôle de l’Autorité palestinienne et les fidèles juifs munis d’autorisation pour pénétrer dans l’enceinte sont accompagnés par des soldats israéliens. En 2015, les Palestiniens ont mis le feu au lieu saint et en 2011, les forces palestiniennes ont ouvert le feu sur trois voitures israéliennes circulant dans le complexe, tuant un passager.

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Pendant quelques jours la semaine dernière, des centaines de Palestiniens se sont rassemblés à différents points de l’enclave palestinienne pour protester contre le coût de la vie et les taxes, mais aussi exprimer leur irritation contre le Hamas, au pouvoir dans cet étroit territoire coincé entre Israël, l’Egypte et la Méditerranée.

Le Hamas a sévèrement réprimé cette rare expression de défiance contre son pouvoir. Ses forces ont frappé et arrêté des centaines de personnes, selon les organisations de défense des droits humains.

La contestation est retombée au moins temporairement, mais les organisateurs ont promis de la poursuivre. L’envoyé de l’ONU pour le Proche-Orient, Nickolay Mladenov, a condamné une « campagne d’arrestations et de violence », soulignant que les Gazaouis ne faisaient que protester « contre la désastreuse situation économique ».

Un habitant de Gaza sur deux vit sous le seuil de pauvreté, le chômage affecte 53% de la population, 70% chez les jeunes, selon la Banque mondiale. Plus des deux tiers des deux millions de Gazaouis s’entassant sur le territoire exigu confronté aux pénuries d’eau et d’électricité dépendent de l’aide étrangère.

Ces derniers mois, les mesures de rétorsion de l’Autorité palestinienne, basée en Cisjordanie et à couteaux tirés avec le Hamas ont amplifié la précarité des Palestiniens. En difficulté financière, le Hamas a augmenté les taxes sur les cigarettes et autres produits importés. Le prix des tomates a triplé. Plus de 1000 Palestiniens ont été interpellés ou interrogés durant la répression, dit la Commission indépendante pour les droits humains, organisation créée par l’Autorité palestinienne rivale du Hamas.

Lundi, un responsable du Fatah, mouvement concurrent du Hamas, a été battu près de chez lui. Le Fatah, qui soutient la protestation, a accusé le Hamas de l’agression. Celui-ci a nié et promis d’enquêter.

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Enfin, en Israël, les candidats aux législatives israéliennes du 9 avril rivalisent d’inventivité pour se démarquer sur les réseaux sociaux. La guerre des images bat son plein sur Twitter, Facebook et Instagram. Jeudi, à l’occasion des fêtes de Pourim, une fête juive marquée par des manifestations carnavalesques, Benyamin Netanyahou s’est déguisé en Netanyahou pour se rendre à une soirée costumée. Il tente désespérément de convaincre son hôte en tenue d’astronaute qu’il est bien le premier ministre en démolissant ses rivaux, Benny Gantz et Yaïr Lapid. Puis sonne à la porte le duo du parti « Bleu et Blanc ». Ils sont grimés en Netanyahou. « Il est temps de tomber les masques et de dire la vérité: ils sont une gauche faible, nous sommes une droite forte » lance le chef du gouvernement.

Ayelet Shaked, ministre de la Justice, a fait parler d’eux avec son parfum baptisé en anglais « fascism ». Le clip, inspiré des codes de la publicité pour les produits de luxe met en avant physique avantageux de l’égérie de la Nouvelle Droite. Ayelet Shaked vante dans une élégante vidéo une nouvelle fragrance. Elle a pour nom « Fascism ». Une voix off résume son programme: « réforme judiciaire », «séparation des pouvoir », « contrôle de la Cour suprême ». Elle s’empare du flacon, s’asperge de « Fascism » et fait la moue. « Pour moi, c’est plutôt le parfum de la démocratie! » dit-elle, une façon de répondre à ses détracteurs qui l’accuse de vouloir mettre la justice au pas et de saper les principes de l’État de droit.

Dans le camp adverse, Benny Gantz, le principal rival de Benyamin Netanyahou a démarré sa campagne, il y a deux mois, sur les chapeaux de roues avec des images de Gaza dévasté. L’ex-chef d’état-major de Tsahal s’est vanté d’avoir durant la guerre de 2014 procédé à des assassinats ciblés de chefs du Hamas, tué 1364 terroristes et ramené Gaza à « l’âge de pierre ». Son slogan: « Seuls, les forts gagnent! ».

Les publicités politiques à la télévision n’étant autorisées que deux semaines avant le scrutin du 9 avril, les partis s’en remettent plus que jamais aux réseaux sociaux.

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