Lettre d’information du 1er Mars 2019

Cette semaine a débuté avec une annonce importante du gouvernement britannique : six ans après que l’Union européenne a désigné l’aile militaire du Hezbollah comme un groupe terroriste, Londres a décidé de déclarer l’ensemble de l’organisation comme telle. L’interdiction est une réponse à une offre israélienne faite aux membres du Conseil de sécurité des Nations Unies, déposée plus tôt ce mois-ci. Les représentants israéliens ont fait part de leur inquiétude face au renforcement du Hezbollah au Liban et à la mise en place de vastes infrastructures terroristes, et ils ont également souligné la nécessité d’empêcher de nouvelles implantations iraniennes en Syrie.

La décisionn britannique, qui entre en vigueur ce vendredi, signifie que toute personne membre du Hezbollah ou invitant à son soutien commettra une infraction pénale passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison. « Le Hezbollah poursuit ses tentatives de déstabiliser la situation fragile au Proche-Orient », a déclaré le ministre de l’Intérieur, Sajid Javid, dans un communiqué. « Nous ne pouvons plus faire de distinction entre leur aile militaire, déjà interdite, et le parti politique. Pour cette raison, nous avons pris la décision d’interdire le groupe dans sa totalité », a-t-il ajouté. « Ma priorité, en tant que ministre de l’Intérieur, est de protéger le peuple britannique », a-t-il dit. Au total, 74 organisations sont actuellement interdites au Royaume-Uni en vertu de la législation anti-terroriste, outre 14 groupes liés à l’Irlande du Nord.

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En Iran, Mohammad Javad Zarif a déjà fait son retour sur la scène politique après sa vraie-fausse démission. Le ministre des Affaires étrangères a annoncé son retrait peu après les rencontres du président syrien Bachar El-Assad à Téhéran avec, d’abord, le guide suprême et ensuite le président Rohani auxquelles le ministre n’était pas convié. Mardi, Zarif avait dénoncé dans la presse la perte d’influence de son ministère sur la diplomatie du pays, face à des centres de pouvoir concurrents. La conduite des opérations militaires et politiques est en effet assurée par le général des gardiens de la révolution, Ghassem Soleimani, en collaboration avec le chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah.

Mais le souhait de Zarrif de quitter le gouvernement a provoqué une vague de soutien populaire sur la toile, où des Iraniens l’ont imploré de changer d’avis. Tous les quotidiens réformateurs, à l’instar d’Arman, font état du « hashtag » devenu viral sur Twitter : “Zarif, reste !”. Ce fut donc chose faite. Les médias iraniens ont publié une lettre du chef de l’État, rejetant formellement la démission de son chef de la diplomatie : « Ce n’est pas dans l’intérêt du pays d’accepter votre démission, que je rejette. Tous les organes gouvernementaux et les autres doivent s’accorder avec ce ministère […], a écrit Hassan Rohani, s’adressant à son ministre démissionnaire. Vous inspirez ma confiance, celle de toute la république islamique d’Iran et celle, notamment, du guide suprême (Ali Khamenei). Continuez votre chemin avec force. » Les factions ultraconservatrices, opposées à l’accord sur le nucléaire pour lequel Zarif a œuvré, poursuivent un travail de sape contre le gouvernement Rohani se voient  donc forcées de mettre pour un temps leurs critiques en sourdine. Les dissensions s’effacent également dans le camp même des modérés, autour d’un président qui s’isole dans l’exercice du pouvoir et dont les alliés s’écartent les uns après les autres.

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Mercredi, Benyamin Netanyahou a mis en garde le président russe Vladimir Poutine, lors d’une rencontre consacrée notamment au conflit syrien, contre la menace que représente selon lui l’Iran, principal allié avec la Russie du régime de Damas. A Moscou, le Premier ministre israélien était notamment accompagné au Kremlin de son chef du conseil de sécurité nationale, Meir Ben-Shabbat, et du chef du renseignement militaire Tamir Heiman. Avant de décoller, il a indiqué vouloir discuter avec le président russe des « moyens d’empêcher l’Iran de s’enraciner en Syrie, d’empêcher que s’enracine un pays qui dit ouvertement que son objectif est de nous détruire ». Dimanche dernier, Benyamin Netanyahou avait déjà qualifié les discussions à venir de « très importantes » pour assurer « la liberté d’action » israélienne en Syrie contre l’Iran et le Hezbollah libanais, tout en évitant les frictions avec les forces russes.

Longtemps, Israël est resté discret sur ses opérations syriennes. Mais Benyamin Netanyahou a indiqué en janvier que l’aviation avait frappé ces dernières années des « centaines » de cibles iraniennes ou du Hezbollah en Syrie. Cette rencontre constitue le premier face-à-face prolongé entre Benyamin Netanyahou et Poutine depuis le 17 septembre 2018, date à laquelle des batteries syriennes avaient abattu par erreur un avion russe lors d’une opération aérienne israélienne. La mort de 15 soldats russes avait provoqué de sérieuses tensions entre la Russie et Israël et remis en cause la liberté d’action revendiquée par Israël en Syrie.

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En Israël, la semaine a également été marquée par la poursuite de l’offensive diplomatique du pays en Afrique Après avoir ouvert sa première ambassade au Rwanda le 22 février dernier, Israël, c’est avec le Libéria que le gouvernement israélien souhaite renforcer ses liens. Son chef d’Etat, George Weah a entamé mardi une visite de trois jours, à la conquête de nouveaux marchés économiques. Il s’est entretenu avec des hommes d’affaires israéliens opérant dans le domaine de l’agriculture et regroupés au sein d’une coopérative. Il espère tirer profit de l’expertise d’Israël en matière agricole, mais également, dans d’autres secteurs. Face à ces entrepreneurs, le président libérien a vanté les potentialités de son pays dans lequel il invite les investisseurs.

Tout au long de sa campagne électorale, George Weah a bâti son discours sur la relance de l‘économie libérienne, sinistrée par plusieurs décennies de guerre et une épidémie meurtrière d’Ebola. Il a pu trouver en Israël un nouveau partenaire de poids. Il a notamment été accueilli par le ministre par intérim des Affaires étrangères, des Transports et des Renseignements Israël Katz ainsi que du maire de Jérusalem Moshé Leon. Jeudi, il s’est entretenu avec Benyamin Netanyahou.

L’Etat hébreu entretient déjà des liens solides en Afrique de l’Est, en particulier avec l’Ouganda et le Kenya, et étend sa présence diplomatique sur le continent. En janvier, le Premier ministre Benjamin Netanyahou s’était rendu au Tchad, pays majoritairement musulman, pour y rétablir les liens diplomatiques après une rupture de plusieurs décennies.

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Au cœur de l’actualité également, le séisme qui a secoué la vie politique à quarante jours du scrutin des législatives. Le procureur général Avichai Mandelblit, a annoncé jeudi son intention d’inculper Benyamin Netanyahou, qui brigue un cinquième mandat, pour corruption, abus de confiance et de fraude dans trois affaires. La première, l’ « affaire 4000 » touche le secteur sensible de l’industrie des télécommunications. Le Premier ministre est soupçonné d’avoir favorisé Shaul Elovitch, l’actionnaire majoritaire de Bezeq, le principal opérateur national, de téléphonie et d’accès à Internet, en lui accordant des concessions réglementaires en échange d’une couverture médiatique favorable par Walla, le site d’information du groupe. La question est de savoir si Benyamin Netanyahou a touché des gratifications en agissant sur les décisions de l’autorité de régulation des télécommunications alors qu’il était aussi ministre du secteur. Il est suspecté d’avoir reçu pour 235.000 euros de cigares de luxe, de bouteilles de champagne et de bijoux

La seconde, l’« affaire 1000 », concerne la remise de cadeaux par de richissimes personnalités comme le producteur hollywoodien Arnon Milchan ou le milliardaire australien James Packer en contrepartie d’appuis financiers ou de services personnels. Benyamin Nétanyahou est suspecté d’avoir reçu pour 235.000 euros de cigares de luxe, de bouteilles de champagne et de bijoux. La troisième, l’« affaire 2000 », tourne, elle aussi autour de l’univers des médias. La justice reproche au chef du gouvernement d’avoir envisagé avec le propriétaire de l’influent quotidien Yedioth Ahronoth un pacte secret pour obtenir une meilleure couverture journalistique contre la promesse d’un affaiblissement du soutien étatique à Israel Hayhom, un titre gratuit à grand tirage pourtant favorable au premier ministre.

Bien qu’anticipée depuis plusieurs semaines, la décision d’Avichaï Mandelblit, 40 jours avant les législatives anticipées du 9 avril, est susceptible de changer la donne électorale et menace la candidature de l’actuel Premier ministre. Le Likoud reste favoris dans les sondages. Toutefois avec le risque qu’encoure  Benyamin Netanyahou, un certain nombre d’électeurs moins irréductibles de son parti pourraient porter leur suffrage sur le centre plutôt que de risquer un gouvernement avec à sa tête un Premier ministre à l’avenir plus qu’incertain. Si le Likoud ne perdrait peut-être que quelques sièges, c’est tout le bloc de droite sur lequel Benyamin Netanyahou entend construire une coalition gouvernementale qui se trouverait affaibli.