Lettre d’Information du 16 Novembre 2018

Israël a traversé une semaine particulièrement mouvementée qui n’a pas été sans rappeler les prémices des conflits passés avec le Hamas en 2008, 2012 et 2014.

Après plus de sept mois d’affrontements aux abords de la clôture qui sépare Gaza d’Israël, un calme précaire s’était instauré dans l’enclave palestinienne. Les violentes manifestations lancées fin mars orchestrées par le Hamas se tenaient à une distance de la frontière jugée convenable par les forces armées israéliennes surveillant les tentatives d’intrusion. Le Qatar a joué le rôle d’intermédiaire en acheminant 15 millions de dollars, avec l’autorisation de Benjamin Netanyahou qui a justifié sa décision en évoquant le paiement des salaires des fonctionnaires gazaouïs, et en arguant que cela contribuerait à ramener le calme. Le Premier ministre israélien a précisé que les services de sécurité israéliens soutenaient cette décision et que la majorité des ministres membres du cabinet de sécurité israélien l’avaient aussi approuvée.

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La situation sécuritaire a dégénéré après l’infiltration de forces spéciales israéliennes en mission de renseignement à Gaza. L’opération aurait dû rester secrète mais a mal tourné. Dans la soirée de dimanche, des soldats de Tsahal déguisés en civils, se sont fait repérer. Une fusillade s’en est suivie, au cours de laquelle 7 terroristes palestiniens dont un commandant du Hamas et un lieutenant-colonel de l’armée israélienne ont été tués.

Face au risque d’un embrasement, le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, a écourté sa visite à Paris et s’est immédiatement rendu en Israël. L’escalade a tout de même lieu. Le Hamas a envoyé plus de 450 roquettes et obus de mortiers en quelques heures tandis qu’Israël a répliqué en détruisant 150 cibles dans la bande de Gaza.

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Benyamin Netanyahou qui a réuni son cabinet de sécurité restreint est alors pris en porte-à-faux. Il doit faire face à l’hostilité de son propre ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, ainsi que des partisans de l’influente droite ultranationaliste, tous opposés à un compromis avec le Hamas. Le chef du gouvernement peut cependant compter sur le soutien des stratèges de l’armée convaincus que la situation humanitaire à Gaza est intenable.

Un cessez-le-feu est finalement conclu mercredi entre Israël et le Hamas. Mais celui-ci provoque un vif mécontentement dans l’électorat de droite en Israël qui estime que Benyamin Netanyahou a cédé au Hamas en ne répliquant pas plus violemment au mouvement islamiste.

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Avigdor Lieberman décide de démissionner mercredi, son départ pouvant provoquer des élections anticipées, ce qui lui permettrait de débuter sa campagne alors que le capital politique du Premier ministre est affaibli.

Le chef de file du parti Yisraël Beitenou, qui exigeait une opération militaire d’envergure contre le Hamas, était dans une position intenable. Il a précisé que son parti allait quitter la coalition gouvernementale, ce qui laisse à Benyamin Netanyahou une très étroite majorité à la Knesset, avec 61 sièges sur 120. Avigdor Lieberman a appelé à des élections anticipées. « Nous devons nous entendre sur une date pour des élections le plus tôt possible », a-t-il dit. La législature actuelle doit normalement s’achever en novembre 2019.

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Le ministre de l’Education et chef du parti Foyer juif, Naftali Bennett, s’est vu refuser sa proposition de reprendre le portefeuille de la Défense. Le Likoud a démenti ce vendredi qu’une décision sur des élections legislatives anticipées a été prise. Le Premier ministre mènera en début de semaine prochaine des consultations avec les chefs des partis de la coalition, et a affirmé qu’il se « battra » pour maintenir cette-dernière en place.

Bien que Benyamin Netanyahou semble toujours sans rival, les évènements des derniers mois dans la bande de Gaza semblent avoir écorné sa réputation de meilleur garant de la sécurité du pays. Les Israéliens habitant dans la périphérie de l’enclave palestinienne sont descendus dans la rue pour dénoncer un cessez-le-feu qui les laisse, selon eux, à la merci des prochaines salves palestiniennes. Un sondage publié jeudi indique que 74% des personnes interrogées ne sont pas satisfaites de sa réponse au Hamas.

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