Lettre d’information du 15 Mars 2019

Au cœur de l’actualité cette semaine, la visite du président iranien en Irak, la poursuite des tensions entre Israël et le Hezbollah, la campagne pour les législatives en Israël et des tirs de missiles sur Tel Aviv.

Hassan Rohani a entamé, lundi, sa première visite officielle en Irak depuis son accession au pouvoir, notamment pour militer en faveur d’un renforcement des relations avec Bagdad. À la tête d’une délégation politique et économique, il a appelé, aux côtés de son homologue Barham Saleh, à « renforcer et développer les relations » avec l’Iran, et fait état d’accords dans les domaines des transports et de l’énergie notamment. De son côté Barham Saleh a remercié l’Iran de « son soutien » et s’est dit « chanceux » de l’avoir pour voisin. L’Iran, deuxième fournisseur de l’Irak pour des produits allant de l’électroménager aux légumes en passant par les voitures et le gaz, souffre des sanctions rétablies par Washington après le retrait unilatéral américain de l’accord sur le nucléaire de 2015. Bagdad a obtenu une exemption temporaire lors de l’entrée en vigueur du dernier train de sanctions, mais Washington ne cesse de l’appeler à diversifier ses fournisseurs en faisant pression pour que les Irakiens restreignent leur coopération commerciale et politique avec Téhéran.

Le président iranien a voulu montrer lors de cette visite de trois jours l’influence que Téhéran maintient sur son voisin et allié, malgré les pressions exercées par Washington.

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Mercredi, Israël a déposé une plainte auprès du Conseil de sécurité des Nations Unies peu après avoir révélé la découverte d’une cellule terroriste près de la frontière sur le plateau du Golan syrien. « L’État d’Israël n’ignorera pas la conversion de la Syrie et du Liban en un front militaire et agira avec force et agressivité contre l’agression de Téhéran », a écrit l’émissaire de l’ONU Danny Danon. « Le Conseil de sécurité ne reconnaît toujours pas le Hezbollah comme une organisation terroriste, malgré l’accumulation de preuves d’activités terroristes claires et transfrontalières », a-t-il déclaré, appelant le Conseil de sécurité à dénoncer les actions du Hezbollah révélées par l’armée israélienne et à reconnaître l’organisation chiite comme terroriste.

Le Hezbollah a recruté ces derniers mois des dizaines de villageois résidant dans la région du Golan syrien, afin de créer une cellule terroriste et mener des attaques contre l’Etat hébreu, d’après des informations publiées mercredi par l’armée. Selon des sources militaires, il s’agit d’un projet très sophistiqué soigneusement planifié, encore non opérationnel pour l’heure, mais le groupe collecte des renseignements et détient des explosifs, des armes légères, des mitraillettes et des missiles antichars. Les responsables de la cellule, baptisée par le mouvement chiite « Dossier Golan », sont des membres du Hezbollah, mais les équipes recrutées sont composées de syriens rémunérés, qui coopèrent pour des raisons essentiellement économiques.

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Mercredi, l’administration Trump a pour la première fois fait référence au plateau du Golan comme étant « contrôlé par Israël » et ne mentionne plus de Cisjordanie « occupée » dans son rapport sur les droits humains dans le monde. Le rapport de 2018 avait déjà marqué une rupture, le titre d’une rubrique ne qualifiant plus la Cisjordanie, la bande de Gaza et le plateau du Golan d’ « occupés ». Cette année, la terminologie va plus loin: « Les autorités soumettent les citoyens non israéliens de Jérusalem et le plateau du Golan sous contrôle israélien aux mêmes lois que les citoyens israéliens ». Le gouvernement américain prend ainsi position dans la qualification de ces zones. « Les autorités ont poursuivi des non-citoyens palestiniens détenus en Israël sous législation militaire israélienne, une pratique suivie par le pays depuis l’occupation de 1967 » peut-on lire dans un passage. Le nouveau rapport, par opposition, n’emploie le terme « occupés »  que deux fois — et seulement pour relayer des propos d’organisations tierces, telles que l’ONG israélienne Breaking the Silence et les Nations unies.

Plus tôt dans la semaine, en visite en Israël, le sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham, un Républicain et allié du président, a émis le souhait, aux côtés du Premier ministre israélien, que les États-Unis reconnaissent officiellement la souveraineté israélienne dans le plateau du Golan, annonçant qu’il comptait « entamer des démarches pour reconnaître le Golan comme appartenant à l’État d’Israël, maintenant et pour toujours. »

La Treizième chaîne israélienne a rapporté mercredi soir que Benyamin Netanyahou travaillait « très dur » pour que l’administration Trump reconnaisse la souveraineté israélienne dans le plateau du Golan avant les élections du 9 avril, tout en notant que son rival, Benny Gantz, s’en inquiétait et craignait que cela ne relance sa popularité.

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Cette semaine, une polémique a éclaté sur les réseaux sociaux en Israël s’agissant de place des Arabes et des minorités en Israël. Suite à une interview télévisée de Miri Regev, ministre de la Culture, au sujet d’une alliance potentielle entre Benny Gantz et des partis arabes, la célèbre mannequin Rotem Sela s’est demandée ouvertement pourquoi la journaliste n’a pas demandé à la ministre quel était le problème avec les citoyens arabes. « Quand y aura-t-il enfin quelqu’un au gouvernement pour expliquer aux Israéliens qu’Israël est un Etat pour tous ses citoyens et que les gens sont nés égaux ? », a-t-elle écrit. Un commentaire qui a aussitôt entraîné une réaction de Benyamin Netanyahou lui-même : « Israël n’est pas l’Etat de tous ses citoyens », écrit-il en s’adressant à la jeune femme. Et de rappeler qu’en vertu de la loi «Israël Etat-nation », adoptée par sa majorité en juillet dernier, « Israël est l’Etat-nation du peuple juif et de lui seul ». Rotem Sela s’est toutefois attirée quelques marques de sympathie. Ce fut le cas de l’actrice israélienne Gal Gadot, une actrice notamment connue pour son rôle de Wonder Woman qui a déclaré, elle aussi sur son compte Instagram : « Aime ton prochain comme toi-même ». Benyamin Netanyahou a d’ailleurs lui aussi eu droit à un recadrage par le Président Reuven Rivlin qui a jugé son discours envers les Arabes israéliens « inacceptable ». « Les Arabes ne sont pas des électeurs de seconde classe », a-t-il déclaré.

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Pour la première fois depuis l’été 2014, les habitants de Tel-Aviv ont dû courir vers les abris, jeudi 14 mars. Peu après 21 heures, les sirènes d’alerte ont retenti après les tirs de deux roquettes de longue portée en provenance de la bande de Gaza vers la métropole. Elles n’ont pas été interceptées par le système de défense Dôme de fer, mais aucune victime ni dégât n’ont été constatés, selon l’armée. La confusion demeure sur l’origine de ces deux tirs contre la métropole de Tel-Aviv, qui interviennent à moins d’un mois du scrutin législatif du 9 avril. En cette période sensible, les factions palestiniennes estiment que Benyamin Netanyahou refusera de s’engager dans une aventure militaire imprévisible. Mais le Hamas, maître de Gaza depuis 2007, espère toujours des mesures de soulagement socio-économiques pour le territoire palestinien à l’agonie. Il n’aurait pas d’intérêt non plus à une escalade importante à cette heure.

Les regards se portent ensuite sur la deuxième faction armée, le Jihad islamique palestinien. Mais celui-ci a démenti dans un communiqué. Les militants armés salafistes ont été régulièrement accusés, dans le passé, d’être responsables de tirs de roquettes isolés. Mais on ne sait s’ils disposent de projectiles d’une telle portée.

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