Lettre d’Information du 15 Février 2019

Cette semaine, de nombreux journaux ont évoqué les 40 ans de la révolution islamique en Iran. Un triste anniversaire qui rappelle que la situation n’a fait qu’empirer en quatre décennies. Avec les émeutes contre la vie chère entre décembre 2017 et janvier 2018, les appels réguliers au changement de régime émis depuis Washington ou Israël et alors qu’une nouvelle vague de protestation apparaît ces derniers mois, le régime semble plus fragile que jamais. Pourtant, les manifestations populaires de 1999, celles suite à la réélection contestée d’Ahmadinejad dix ans plus tard ou encore le printemps perse avorté de 2011, l’Iran n’en est pas à sa première épreuve et à chaque épisode, la théocratie chancelle mais ne tombe pas. Les sanctions imposées par les États-Unis fragilisent davantage le pouvoir. Las de tant d’années de dictature, les Iraniens tiennent les autorités pour responsable de l’isolement de l’Iran et ne croient plus à la propagande officielle, comme l’indique leur slogan repris en boucle : « L’ennemi est ici, ils mentent en disant que c’est l’Amérique. » Selon Amnesty International, les autorités iraniennes ont arrêté plus de 7 000 dissidents lors d’opérations de répression, entraînant la condamnation de centaines de personnes à la prison ou aux coups de fouet. Hassan Rohani, président de cette théocratie, n’a rien d’un modéré. L’implication de ses diplomates dans plusieurs projets d’attentats en Europe, dont à Paris contre le grand rassemblement du Conseil national de la Résistance iranienne en juin dernier, confirme les craintes de Téhéran de la montée en puissance de son opposition.

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L’Iran demeure une préoccupation majeure pour Israël qui tente d’empêcher son enracinement en Syrie. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a confirmé mardi que l’armée israélienne avait mené un nouveau raid en Syrie, au lendemain de l’annonce par l’armée syrienne que des missiles tirés par un drone avait détruit un hôpital et un poste d’observation militaire. « Nous agissons tous les jours, y compris hier, contre l’Iran. Tout le temps. Contre l’Iran et contre ses tentatives visant à s’implanter dans cette région », a-t-il déclaré à la presse avant de s’envoler pour la Pologne, où il va assister à une conférence sur le Proche-Orient. La frappe menée lundi dans la province de Kouneïtra, dans le sud-ouest de la Syrie, n’a fait que des dégâts matériels, selon l’armée syrienne.

Jusqu’à récemment, Israël avait refusé de reconnaître publiquement ses activités en Syrie, maintenant une politique officielle d’ambiguïté, sans confirmer ni démentir son implication dans ces raids. Pourtant, ces deux derniers mois, des officiels israéliens revendiquent leur implication dans les frappes aériennes. L’ancien officier du renseignement Amos Gilead a déclaré cette semaine lors d’une conférence au Centre interdisciplianire à Herzliya qu’Israël ne parvenait pas à forcer l’Iran à abandonner ses projets d’établir une présence militaire permanente en Syrie, malgré le succès des frappes menées par Israël dans le pays. « D’un point de vue tactique et opérationnel, les frappes sur les Iraniens sont puissantes. Mais d’un point de vue stratégique, nous ne réussissons pas », a-t-il déclaré. Le général n’a pas formulé de recommandations sur la façon de persuader ou de forcer l’Iran à quitter la Syrie mais a repoussé l’idée que la solution reposait sur la Russie, le partenaire de Téhéran pour soutenir le régime du dictateur syrien Bashar Assad.

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Une soixantaine de pays se sont réunis les 13 et 14 février à Varsovie pour une conférence sur la stabilité au Moyen-Orient. Ce rendez-vous était une initiative des Etats-Unis qui voulaient renforcer la pression sur l’Iran. Face aux réticences de certains de leurs partenaires, les débats ont été élargis aux autres problématiques de la région. Le sommet, dénommé Conférence ministérielle pour la promotion de la paix et de la sécurité au Moyen-Orient, a donc été  marqué par de grandes absences, malgré les 60 représentants attendus. Les ministres des Affaires étrangères français et allemand ne sont notamment pas présents, ainsi que Federica Mogherini, la haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, officiellement pour « des raisons d’emploi du temps ». Autant d’absences qui soulignent les tensions grandissantes entre l’UE et les États-Unis, surtout depuis le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien et le rétablissement des sanctions américaines contre Téhéran.

Benyamin Netanyahou a qualifié jeudi le sommet de « tournant historique ». Peu avant, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo avait insisté sur le fait qu’il était « impossible de stabiliser le Moyen-Orient sans lutter contre Téhéran ». Il a exhorté les Européens à se retirer de l’accord nucléaire sur l’Iran, accusé de déstabiliser le Moyen-Orient, et menacé Téhéran de nouvelles sanctions. « Ce soir, je pense que nous entrons dans une nouvelle ère, avec le Premier ministre Netanyahou, les dirigeants du Bahreïn, d’Arabie saoudite et des Emirats Arabes Unis, qui se sont tous réunis pour discuter du problème de la région », a-t-il déclaré. Mike Pence a dénoncé l’initiative de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni visant à permettre aux entreprises européennes de continuer à opérer en Iran en dépit des sanctions américaines. « C’est une mesure peu judicieuse qui ne fera que renforcer l’Iran, affaiblir l’UE et créer encore plus de distance entre l’Europe et les Etats-Unis », a-t-il estimé.

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Hier, le président iranien Hassan Rohani a mis en cause les Etats-Unis et leurs alliés au Proche-Orient après un attentat suicide qui a tué 27 Gardiens de la Révolution la veille dans le sud-est de l’Iran. « Ce crime restera comme une tache indélébile dans le dossier noir des principaux soutiens du terrorisme à la Maison blanche », a-t-il déclaré, accusant également Israël. « Il y a un lien entre ce crime et certaines agences d’espionnage et de renseignement régionales et internationales », a-t-il ajouté. L’attentat s’est produit hier sur la route reliant les villes de Zahedan et Khash, dans une région proche de la frontière du Pakistan où opèrent activistes armés et trafiquants. Il a été revendiqué par le groupe séparatiste sunnite Jaish al Adl (Armée de la Justice). Un kamikaze a jeté son véhicule bourré d’explosifs contre un autocar transportant des gardiens de la Révolution.

Cet attentat porte un nouveau coup aux tout-puissants Gardiens de la Révolution, unité d’élite qui rend directement compte au guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. En septembre dernier, douze d’entre eux avaient été tués dans une attaque menée par un commando armé contre un défilé militaire à Ahvaz, dans le sud-ouest de l’Iran, qui avait fait au total 25 morts.

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