Lettre d’information du 08 Mars 2019

Cette semaine a débuté par une mise en garde d’Ismaïl Haniyeh destinée au Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou contre toute « aventure » militaire dans la bande de Gaza avant les élections israéliennes le 9 avril prochain. Interrogé par des journalistes sur une éventuelle opération militaire israélienne en période électorale, le chef du Hamas a prévenu que « si l’occupant (israélien) ou Netanyahou pense à une aventure de ce genre, ils vont en payer le prix. » « Nous ne craignons aucune aventure de Netanyahou contre Gaza« , a-t-il ajouté. Il a d’autre part affirmé que le Hamas n’avait que faire de l’issue des élections israéliennes : « Nous ne nous soucions pas de savoir qui va gouverner dans ce régime occupant ».

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Selon le quotidien A-Sharq al-Awsat, une délégation égyptienne s’est rendue à Gaza mercredi matin pour évoquer avec les dirigeants du Hamas la situation de ces derniers jours entre le Hamas et Israël. Cette délégation était notamment porteuse d’un message clair de la part d’Israël: pas de nouveau transfert d’argent qatari tant qu’il y aura la moindre attaque contre Israël, en l’occurrence des lancers de ballons piégés.

Depuis plusieurs jours, le Hamas laisse à nouveau se développer des lancers de ballons piégés au compte-goutte afin d’entraîner Israël dans une nouvelle spirale de violence juste avant les élections.

Le point de passage de Kerem Shalom, situé dans le nord de la bande de Gaza, a été fermé par Israël mardi matin pour toutes les marchandises à l’exception du carburant, au lendemain de l’envoi de deux ballons incendiaires de Gaza vers Israël. L’armée a riposté en visant des positions du Hamas. C’était le troisième jour de suite que l’armée israélienne procède à des frappes contre des positions du mouvement islamiste.

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Le Tribunal de l’Union européenne a maintenu hier le gel des fonds du Hamas, rejetant un appel du mouvement islamiste palestinien contre son inscription sur la liste terroriste de l’UE. « Dans son arrêt, le Tribunal a examiné chacun des arguments présentés par le Hamas et les rejette dans leur totalité », a expliqué la juridiction basée à Luxembourg dans un communiqué. Par conséquent, la décision de prolonger le gel des fonds du Hamas est confirmée », ajoute le communiqué. Le Tribunal confirme ainsi une décision de l’UE en 2015 de maintenir le mouvement palestinien au pouvoir à Gaza sur sa liste noire.

L’inscription sur cette liste remonte à une décision du Conseil de l’UE du 27 décembre 2001, après les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis. Confirmée plusieurs fois ensuite, elle a été contestée devant le Tribunal de l’UE, qui en 2014 a donné gain de cause au Hamas en annulant cette inscription pour vice de forme. S’en est suivi un débat juridique très technique qui a abouti à l’été 2017 à une annulation par la Cour de justice de l’UE (CJUE) du jugement de 2014.

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Les autorités israéliennes se préparent ce jour-même à faire face à des violences à Jérusalem et à la frontière avec Gaza, alors que les tensions se sont intensifiées ces derniers jours autour de la Porte dorée, site sensible qui se trouve en contrebas du Mont du Temple. Le mois dernier, des dignitaires du Waqf, organisme qui gère les liens saints à Jérusalem, et des fidèles ont tenté d’investir à plusieurs reprises l’intérieur de la Porte dorée, fermée par Israël depuis 2003.Le blocage de l’accès à la porte depuis le Mont du Temple par la police israélienne s’est accompagné de heurts avec les fidèles. Le Hamas a publié jeudi une vidéo exhortant les Palestiniens à se rassembler en masse sur le Mont du Temple et dans les environs, appelant à une « journée de colère » contre la fermeture du site, a rapporté la chaîne israélienne Channel 12.

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À cinq semaines des législatives israéliennes qui pourraient lui ouvrir la voie à un cinquième mandat, Benjamin Netanyahou a lui-même convenu lundi, lors du lancement de sa campagne, que la partie n’était pas gagnée : « Je ne sous-estimerai pas le danger que certains de nos partisans restent chez eux ou ne votent pas pour le Likoud » a-t-il déclaré.

S’il n’a pas évoqué le sujet lors de son allocution, Benjamin Netanyahou est dans le viseur de la justice. Le procureur général israélien, Avichaï Mandelblit, lui a notifié jeudi dernier son intention de le mettre en examen pour corruption présumée, fraude et abus de confiance dans trois dossiers. Le « dossier 1 000 » concerne des cadeaux dont il aurait bénéficié, le « dossier 2 000 » porte sur une entente présumée avec le propriétaire d’un journal. Dans le « dossier 4 000 », le plus lourd, le Premier ministre israélien est soupçonné d’avoir tenté de s’assurer une couverture favorable de la part du site d’informations Walla, en contrepartie de faveurs gouvernementales qui pourraient avoir rapporté des centaines de millions de dollars à Bezeq, principal groupe de télécommunications israélien.

« J’ai l’intention de continuer à vous servir en tant que Premier ministre pendant encore de nombreuses années », a déclaré le Premier ministre après ces annonces judiciaires. Si la décision du magistrat de le mettre ou non en examen n’est pas arrêtée, Benjamin Netanyahou a déjà commencé à prendre ses dispositions. Ainsi, les juristes du Likoud planchent déjà sur une loi visant à accorder au Premier ministre l’immunité en cas de poursuites pénales. En Israël, le texte est qualifié de « loi française », en référence à l’immunité accordée au président de la République française pendant la durée de ses fonctions, selon la décision en ce sens du Conseil constitutionnel en 1999, lorsque Jacques Chirac était aux affaires.

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