Lettre d’information du 05 Septembre 2019

Une fois n’est pas coutume, l’Iran est au cœur de l’actualité cette semaine. L’armée israélienne a annoncé mardi avoir repéré un site de fabrication de missiles du mouvement chiite libanais Hezbollah, deux jours après des échanges de tirs à la frontière avec le Liban qui ont fait craindre une flambée de violences entre les deux ennemis. « L’armée israélienne révèle une installation appartenant au Hezbollah, située près de Nabi Chit dans la vallée de la Bekaa au Liban, conçue pour fabriquer et transformer des missiles à guidage de précision », a déclaré Tsahal dans un communiqué. « Craignant des frappes, le Hezbollah a évacué du précieux matériel (…) du complexe vers des sites civils à Beyrouth », précise-t-elle. « Cette installation a été créée il y a quelques années par l’Iran et le Hezbollah dans le but de fabriquer des armes », a-t-elle affirmé, publiant un lien vers une photo satellite supposée montrer ce site.

Dimanche, le mouvement chiite libanais allié de Téhéran, notamment dans la Syrie en guerre où ils soutiennent le régime, a tiré des missiles antichars sur le nord d’Israël, qui a répliqué avec des frappes dans le sud du Liban ayant provoqué uniquement des incendies dans des secteurs boisés. La confrontation est survenue au terme d’une semaine allant crescendo, commençant par un bombardement de l’armée israélienne tuant deux combattants du Hezbollah en Syrie, et se poursuivant par des accusations d’attaques de drones israéliens contre un bastion du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth. Dès lundi toutefois, la tension était retombée.

Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a prévenu lundi soir Israël qu’en cas d’attaque israélienne, son mouvement était prêt à frapper l’Etat hébreu « en profondeur ». De son côté, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est dit « déterminé à garantir la sécurité d’Israël », lors d’une réunion de son cabinet ministériel. Il faut « empêcher l’Iran de fournir à nos ennemis et à ses alliés, tels que le Hezbollah et d’autres, des armes de précision qui nous mettent en danger », a ajouté le premier ministre.

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Benyamin Netanyahu a réclamé jeudi plus de « pression » sur Téhéran au lendemain de l’annonce par l’Iran d’une nouvelle réduction de ses engagements nucléaires. « Ce matin, nous avons été informés d’une autre violation (…) par l’Iran, cette fois dans son effort pour atteindre les armes nucléaires », a-t-il déclaré avant de partir pour Londres, pour rencontrer le Premier ministre britannique Boris Johnson et le secrétaire américain à la Défense Mark Esper. L’Iran a annoncé mercredi une nouvelle réduction de ses engagements nucléaires en faisant sauter toute limite à la recherche et au développement dans ce domaine, après avoir conclu à l’échec temporaire d’une médiation française pour amorcer un dialogue entre Téhéran et Washington. Depuis mai, l’Iran est revenu sur certaines restrictions à son programme nucléaire qu’il avait consenties dans le cadre d’un accord international conclu en 2015. Il a ainsi augmenté ses stocks d’uranium enrichi au-delà de la limite fixée par l’accord, et enrichi ce minerai à un niveau prohibé par ce texte, soit plus de 3,67%. En matière de recherche et développement, l’accord impose des restrictions importantes dans le domaine des centrifugeuses, élément clef du cycle d’enrichissement de l’uranium. Le 7 juillet, l’Iran avait donné 60 jours, jusqu’à ce jeudi, aux autres Etats parties à l’accord (Allemagne, Chine, France, Grande-Bretagne, Russie) pour l’aider à contourner les sanctions américaines qui paralysent l’économie iranienne, sous peine de le voir s’affranchir d’autres obligations.

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Fraichement arrivé à Londres, Benyamin Netanyahou a déclaré à Boris Johnson qu’il souhaiterait une plus grande coopération bilatérale avec le Royaume-Uni pour lutter contre ce qu’il appelle le « défi de l’agression et du terrorisme de l’Iran ». « Nous avons le défi commun de contrecarrer le terrorisme de l’Iran et je voudrais vous parler de la façon dont nous pouvons travailler ensemble au profit de la paix. Et je tiens à vous remercier pour cette opportunité de le faire », a ajouté le Premier ministre israélien. La rencontre avec Mark Esper se focalisera, selon le bureau de Benyamin Netanyahou, sur les « besoins d’Israël en matière de sécurité », les deux hommes s’étant déjà entretenus au téléphone mardi et ayant convenu de « continuer leur conversation à Londres ».

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Israël a levé une restriction sur le carburant livré à la bande de Gaza, essentiel pour alimenter l’enclave palestinienne en électricité, une semaine après avoir réduit le flux de moitié après une série d’incidents violents, selon un responsable israélien. L’organe israélien chargé des opérations civiles dans les Territoires palestiniens (Cogat) avait annoncé le 26 août réduire de moitié les livraisons de carburant à Gaza après que des roquettes avaient été tirées depuis l’enclave sur le territoire israélien la veille. Selon l’ONU, elles ont amélioré l’alimentation en électricité des Gazaouis qui reçoivent actuellement environ 10 heures de courant par jour, contre un minimum de quatre heures auparavant. Après un mois d’accalmie, les tirs de roquettes depuis la bande de Gaza, où vivent deux millions de Palestiniens, ont repris mi-août. A ces tirs s’ajoutent des tentatives d’infiltration en Israël de Palestiniens armés, parfois même de lance-roquettes. Israël réplique soit en ouvrant le feu sur les hommes qui tentent de franchir la barrière de sécurité, soit en bombardant des « sites » du Hamas, qu’il tient pour responsable des tirs de roquettes en tant que groupe terroriste dirigeant le territoire. Le 27 août, l’armée israélienne a bombardé un poste du Hamas à Gaza, après le tir d’un obus de mortier sur Israël. Les livraisons de carburant, qui sont coordonnées avec les Nations unies et payées par le Qatar, ont été convenues fin 2018 dans le cadre d’un accord de trêve entre Israël et les dirigeants du Hamas.