L’edito du Lundi 1er Mars 2021

Depuis plusieurs semaines, qui correspondent peu ou prou à l’élection de Joe Biden, on assiste au retour de la question palestinienne sur la scène internationale avec la tentation généralisée de revenir aux formules diplomatiques éculées qui ont justement plombé toute perspective de résolution du conflit ces dernières décennies. La volonté affichée de la nouvelle Administration américaine de détricoter ce qui a été fait par Donald Trump tient plus au pêché d’orgueil qu’à une réelle ambition de proposer une stratégie gagnante. D’autre part, les instances internationales continuent de jouer le jeu des Palestiniens en stigmatisant l’Etat d’Israël, comme en atteste la récente décision controversée de la Cour pénale internationale qui s’est déclarée compétente pour enquêter sur les présumés « crimes de guerre » qu’aurait commis Israël à l’encontre de ses voisins.

Si l’on fait abstraction de la personnalité discutable de Donald Trump, force est de constater que sa présidence a représenté un tournant majeur pour le Moyen-Orient, une transformation tout à fait inattendue. Son gendre Jared Kushner, a été accueilli avec mépris par bon nombre d’experts politiques à Washington, sans parler des médias, ce qui fut un tort. Tous deux ont prouvé que la question palestinienne n’est PAS le conflit central et une véritable barrière à l’amélioration des relations avec Israël. Ils ont également montré, en déplaçant l’ambassade à Jérusalem, qu’une grande partie du monde arabe peut vivre avec Jérusalem comme capitale d’Israël. Et enfin ils ont accordé une plus grande liberté d’action aux acteurs régionaux, comme en témoignent les « Accords d’Abraham », signés le 15 septembre 2020. Ces accords ne profitent pas seulement aux pays directement concernés, mais ont un impact sur l’ensemble de l’architecture de sécurité régionale de manière à faire progresser la sécurité régionale et les intérêts des États-Unis.

Lundi dernier, le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken dans un appel avec le ministre israélien des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, a souligné « la conviction de l’Administration Biden que la solution à deux Etats est la meilleure façon d’assurer l’avenir d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique, vivant en paix aux côtés d’un Etat palestinien viable et démocratique ». Un pas en avant, deux pas en arrière pourrait-on dire. Les diplomates doivent impérativement sortir de leurs carcans idéologiques sur le conflit israélo-palestinien. Comme l’avait écrit l’ancien Premier ministre Manuel Valls dans une tribune parue dans Le Figaro le 26 octobre dernier, « la formule visant « la création d’un État palestinien dans les frontières de 1967 avec Jérusalem comme capitale des deux États » est caduque. C’est une langue morte. Les accords d’Oslo et leurs conséquences, l’évolution des rapports de force, la nouvelle donne géopolitique rendent tout retour en arrière impossible. »

Pourtant, l’obstination à victimiser et tenir à bout de bras les Palestiniens perdure. Pour que l’Etat de Palestine puisse exister dans la réalité, il doit remplir, selon les critères du droit international, un certain nombre de conditions indispensables : le futur Etat doit avoir un gouvernement légal et légitime dont l’autorité s’exerce sur toute sa population ; il doit contrôler le territoire sur lequel il prétend établir sa souveraineté et il doit enfin être capable d’assurer la stabilité politique, la viabilité économique et la sécurité de son territoire pour vivre en paix avec ses voisins. Or l’Autorité palestinienne est dépourvue d’autorité et son leader Mahmoud Abbas n’a plus aucune crédibilité.

A quoi bon s’obstiner à vouloir créer un 23e Etat défaillant au Moyen-Orient sans tenir compte d’un terrain extrêmement complexe qui leur échappe depuis longtemps ? Ces dernières années, les lignes de front se sont multipliées et le conflit israélo-palestinien est apparu comme un contentieux local, relégué au second plan. Si l’impertinence de Donald Trump a clairement déstabilisé le monde, on ne peut guère lui reprocher d’avoir proposé une solution alternative aux formules passées. Du reste l’accord de paix entre Israël et l’Égypte, sous l’égide des Américains, a résisté à l’épreuve du temps tandis que les Accords d’Oslo avec l’OLP ont échoué.