L’édito hebdomadaire du Lundi 8 Mars 2021

Quand la tyrannie des sectaires met en péril l’universalisme français

Depuis plusieurs semaines, le campus de Sciences Po Grenoble est au cœur d’une série de polémiques après des accusations d’islamophobie visant deux enseignants qui ont vu leurs noms placardés sur les murs de l’établissement jeudi 4 mars. L’UNEF, syndicat étudiant de la gauche extrême, a relayé sur son compte Twitter cette campagne sauvage ponctuée de slogans sans appel : « Des fascistes dans nos amphis. L’islamophobie tue ». Si l’UNEF a depuis retiré son tweet, Thomas Mandroux, président de l’Union syndicale Sciences Po Grenoble, a refusé de condamner les collages mettant en danger la vie de deux enseignants. Une enquête a été ordonnée par le parquet de Grenoble à la suite de cette action et ce dimanche, plusieurs personnalités politiques ont réagi à cette affaire, à commencer par la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal. Cet « incident » qui peut paraître anecdotique révèle un problème de fond bien plus grave : aujourd’hui en France, pays des lumières et des grands philosophes, il n’est plus possible de s’exprimer librement sans être stigmatisé, de débattre sereinement ou d’apporter la moindre contradiction sans risquer pour son intégrité. La liberté d’expression a muté en une dictature de la bien-pensance qui met en péril l’universalisme français.

Qu’il s’agisse des collectifs contre l’islamophobie, des décoloniaux, ou encore des militants écologistes, les différents groupes qui veulent interdire le débat sont presque toujours situés à l’extrême gauche de l’échiquier politique et fonctionnent avec une logique de vases communicants. Sans s’en rendre compte, tous ces militants ne font que reproduire servilement ce qui émerge depuis quarante ans dans les universités outre-Atlantique avec la calamiteuse mode du politiquement correct qui vit naître l’écologie décoloniale et de « l’écoféminisme » dont Greta Thunberg fut la porte-parole avant de retourner sur les bancs de l’école.

Comme le disait à juste titre le philosophe Raphaël Enthoven lors d’un entretien sur la chaine I24News dimanche 7 mars, « en démocratie l’intolérance se fait au nom du bien. Au nom d’une vertu, on se conduit de façon vicieuse, mais aussi, les réseaux sociaux donnent le sentiment de pouvoir se fabriquer une vérité depuis chez vous et qui vous arrange. L’identitarisme aujourd’hui est le fils de ce sentiment ».

Après l’assassinat de Samuel Paty, qui peut encore prétendre ignorer les conséquences des accusations d’islamophobie? L’islamisme a gangréné de nombreuses sphères de la société, remettant en question la loi républicaine.

A l’heure actuelle, les nouvelles formes de militantisme qui sévissent en France, entendent combattre toutes les oppressions à l’aide d’une approche dite intersectionnelle, qui défend la nécessité de développer des formes de réponses sociales et militantes en combinant les motifs d’oppression. Elles ont particulièrement prospéré suite à la décomposition de la gauche et l’essoufflement du modèle social-démocrate, la montée en puissance de l’anticapitalisme et l’anti-impérialisme dans les milieux intellectuels ainsi que le surgissement d’un antiracisme dévoyé.

S’est ajouté à cela un sentiment de culpabilité à  l’égard de l’islam, percue comme la « religion des dominés » comme l’a expliqué Pierre-André Taguieff : « Cette nouvelle «gauche de la gauche» est rageusement anti-occidentale, elle est à la fois hespérophobe et gallophobe, en ce qu’elle réduit la France à un pays raciste et islamophobe. C’est cette gauche en folie, dont les nourritures psychiques proviennent des campus étatsuniens pratiquant le culte de la «radicalité», qui, voulant tout déconstruire et tout décoloniser, s’est engagée dans la voie dangereuse qu’est la «politique de l’identité». »

Dans ce climat délétère où les valeurs républicaines sont mises à mal, il est de notre devoir de réaffirmer haut et fort les valeurs universalistes qui sont au fondement de notre société et qui promeuvent le débat et la contradiction. Dans cette perspective, ELNET organisera le 25 mars prochain un « Atelier républicain » avec Pierre-André Taguieff sur le concept d’islamo-gauchisme, dont il est à l’origine.