L’Edito hebdomadaire du 1er février 2021

Mercredi 27 janvier, Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste, les dirigeants du monde ont adressé comme chaque année un message de tolérance, condamné toute forme de racisme et d’antisémitisme en prônant une fois encore le « plus jamais ça ».

Pourtant, la haine des Juifs n’a jamais été aussi féroce, le coronavirus ayant fait naitre les théories complotistes les plus abjectes. Dans ce contexte délétère, où les réseaux sociaux deviennent l’instrument des lâches et le porte-voix des extrêmes, plusieurs questions nous taraudent : Que reste-t-il de la mémoire de la Shoah ? Nous sommes-nous véritablement donnés les moyens de lutter contre l’antisémitisme ? N’y a-t-il pas une forme d’hypocrisie globale à prétendre vouloir tuer l’hydre que l’on nourrit pourtant ?

Selon le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, la propagande liant les Juifs à la pandémie, en les accusant par exemple d’avoir créé le virus dans le cadre d’une tentative de domination mondiale, « serait ridicule, si elle n’était pas si dangereuse ». Cela rappelle, selon lui, les accusations contre les Juifs au 14ème siècle, lorsqu’ils étaient jugés responsables de propager la peste bubonique.

Derrière se constat, se cache une réalité dramatique. La négation de l’Holocauste refait surface en Europe, aux États-Unis et ailleurs. Selon l’Anti-Defamation League, la communauté juive américaine a connu le plus haut niveau d’incidents antisémites en 2019 depuis le début du suivi de ces incidents en 1979.

Les antisémitismes se croisent et s’alimentent. À l’heure où Internet permet une diffusion inédite des thèses haineuses, la coexistence des antisémitismes crée un contexte particulièrement anxiogène. Cette désinhibition s’est aussi exprimée lors du mouvement des « gilets jaunes ». Gestes nazis, tags sur des devantures de magasins, banderoles antisémites. De nombreux élus de la majorité et des journalistes ont été insultés sur ce même registre. La dégradation du climat social a fait craindre à certains observateurs une convergence des antisémitismes.

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », disait si justement Albert Camus. Le terrorisme islamiste, qui se déploie depuis plusieurs décennies dans le monde entier, a été rendu possible par un déni global de la réalité, par la lâcheté d’un certain nombre de dirigeants soucieux de ne pas froisser leur électorat ou d’être rendus coupable d’ « islamophobie », concept créé et utilisé par ceux-là même qui rejettent toute critique de l’Islam et remettent en question nos valeurs républicaines.

Sans parler de ceux qui instrumentalisent pour ne pas dire souiller la mémoire des victimes de l’Holocauste à des desseins plus politiques. Ainsi, la semaine dernière, Recep Erdogan estimait que la communauté internationale doit passer à l’action pour éviter que les tragédies comme l’Holocauste et les génocides en Bosnie, au Rwanda et au Cambodge ne se répètent. « Il faut dire stop à l’islamophobie et la xénophobie, qui augmentent surtout sur les plateformes digitales et avec l’effet des organes de presse et de diffusion » a-t-il souligné sans vergogne.

Par conséquent il est primordial que tous les acteurs qui font perdurer la mémoire de l’Holocauste et la lutte contre l’antisémitisme continuent coûte que coûte leur mission car le pire serait de s’habituer à ce fléau millénaire et de céder à des pressions mortifères. Nous savons de l’histoire que tout commence par des mots et finit par des actes. C’est donc la société dans son ensemble qui doit se mobilier pour défendre ses valeurs. Et c’est aussi à ce combat qu’ELNET participe chaque jour.