L’Edito hebdomadaire du 18 Janvier 2021

Alors que Washington s’apprête à changer d’administration, l’Iran multiplie les provocations aussi bien au sujet de l’arsenal militaire qu’il détient que de ses capacités nucléaires. Vendredi et samedi, les forces armées iraniennes ont organisé deux jours d’exercices militaires lors desquels le général Mohammad Bagheri, chef d’état-major des forces armées iraniennes, était présent, ainsi que le chef des Gardiens de la Révolution, le général Hossein Salami, et le chef de la branche aérospatiale des Gardiens, Amirali Hajizadeh. Un message clair à la communauté internationale qui semble par ailleurs enfin prendre la mesure de la menace nucléaire.

La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont demandé samedi 16 janvier à l’Iran de renoncer à la production d’uranium métal, qui marquerait une nouvelle violation de ses engagements pris dans l’accord international de 2015. « Nous, les gouvernements de l’Allemagne, de la France et du Royaume-Uni, sommes profondément préoccupés par l’annonce par l’Iran qu’il se prépare à produire de l’uranium métal », ont prévenu les trois pays dans un communiqué commun.

L’Iran a indiqué mercredi à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) avancer dans sa production d’uranium métal pour servir de carburant à un réacteur. En réponse au trio européen, l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA) a fait savoir samedi soir n’avoir pas, à ce stade, « présenté d’information (…) au sujet du design de l’usine d’uranium métal » à l’AIEA. Selon elle, ce sera fait lorsque « les réparations nécessaires auront été effectuées et dans les délais imposés par la loi ». L’OIEA fait référence à la période de cinq mois fixée en décembre par le Parlement iranien pour que Téhéran prépare l’usine, entre autres dispositions liées à son programme nucléaire.

L’accord de 2015 comporte une interdiction de 15 ans sur « la production ou l’acquisition de métaux de plutonium ou d’uranium ou leurs alliages ». Il prévoit que l’Iran puisse être autorisé à commencer sa recherche sur la production de combustible à base d’uranium « en petites quantités agréées » au bout de dix ans, mais seulement avec l’autorisation des autres signataires de l’accord. Or l’Iran n’a aucune utilisation civile crédible de l’uranium métal, comme l’ont souligné Londres, Berlin et Paris.

Dans une interview au Journal du Dimanche, Jean-Yves Le Drian a exprimé ses inquiétudes sur les activités nucléaires de la République islamique, appelant à une réaction immédiate. « L’Iran – je le dis clairement – est en train de se doter de la capacité nucléaire », a estimé Jean-Yves Le Drian. « Il y a également une élection présidentielle en Iran à la mi-juin. Il est donc urgent de dire aux Iraniens que cela suffit et de prendre les dispositions pour que l’Iran et les Etats-Unis reviennent dans l’Accord de Vienne ».

Avec un enrichissement de l’uranium à 20%, l’Iran est très clairement sorti de l’accord de 2015 et l’objectif d’un nucléaire militaire devient de plus en plus clair. Ses manœuvres s’inscrivent dans une dynamique d’escalade avec l’Occident mais il est affaibli par une situation économique désastreuse.

Jeudi 14 janvier, le quotidien Israel Hayom a révélé que l’armée israélienne élabore actuellement des plans pour contrer le programme nucléaire iranien. Le chef d’état-major, Aviv Kohavi aurait exigé la mise en place de trois plans alternatifs pour faire échouer le programme nucléaire de Téhéran dont un comporterait une frappe militaire, qui nécessiterait cependant une augmentation du budget de Tsahal.

Le 20 janvier prochain, Joe Biden prêtera serment et entamera son mandat de président des États-Unis d’Amérique. Le début d’un nouveau chapitre après les quatre années hors-normes durant lesquelles Donald Trump a initié des changements majeurs au Moyen-Orient. Nul doute que le président américain est attendu au tournant sur ce dossier.