L’Edito hebdomadaire du 07 Septembre 2018

A quelques jours de Rosh Hashana, qui symbolise le renouveau et l’espoir d’un monde meilleur, le moment est aussi venu de mettre en perspective plusieurs annonces et événements cette semaine qui pourraient avoir des conséquences durables au Moyen-Orient et en Europe.

Après des mois de tensions, Washington a annoncé qu’il allait réduire à néant sa participation financière à l’UNRWA. Cette suppression s’ajoute à celle de 200 millions de dollars (172 millions d’euros) d’aide bilatérale décidée le 25 août. Aujourd’hui on estime que parmi les 720 000 réfugiés palestiniens qui avaient fui Israël en 1948, quelque 40 000 sont encore en vie. Or l’UNRWA comptabilise actuellement près de 6 millions de réfugiés. La réalité derrière ce chiffre tient au fait que selon l’UNRWA, le statut de réfugié palestinien se transmet  de génération en génération. De ce fait, le nombre de réfugiés palestiniens ne fait que croître selon un processus qui apparaît sans fin. Une situation absurde que nous avions analysée dans une fiche thématique.

Concomitamment à cette annonce mais sans que les deux événements soient liés, de hauts responsables américains travaillant à un plan de paix au Proche-Orient auraient proposé à Mahmoud Abbas une confédération avec la Jordanie. La discussion a été rapportée à l’Agence France-presse (AFP) par Hagit Ofran, militante de l’ONG israélienne la Paix Maintenant, qui tient elle-même l’information du récit qu’en a fait Mahmoud Abbas lors d’une réunion récente à Ramallah. Les semaines qui viennent devraient apporter plus de précisions sur le plan de paix que au Moyen-Orient que les équipes de Donald Trump préparent.

Autre dossier sensible, l’Iran. Alors que le ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman a évoqué la possibilité d’attaques contre des cibles iraniennes en Irak en cas de menace pour la sécurité d’Israël, Donald Trump a assuré vouloir exercer une pression maximale sur la République islamique lors de l’Assemblée générale de l’ONU. Le président américain doit en effet diriger le 26 septembre une réunion du Conseil de sécurité sur l’Iran, accusée par Washington de déstabiliser le Moyen-Orient. « Il y a une inquiétude croissante à l’égard de l’Iran », a déclaré Nikki Haley. « Si vous regardez le soutien de plus en plus actif de l’Iran au terrorisme, les essais balistiques auxquels ce pays procède, les ventes d’armes aux Houthis au Yémen, ce ne sont que des violations de résolutions du Conseil de sécurité », a estimé la diplomate.

Ces dernières semaines ont également été marquées par les multiples actions des mouvements de boycott d’Israël. Avant l’été, nous avions œuvré pour que soit annulée la tenue de l’Université d’été rebelle et solidaire à Grenoble, organisée par un certains nombres de groupes antisionistes dont le BDS, ou qu’au moins l’AFD (Agence française de développement), opérateur du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, ne finance pas cet événement. Le logo de l’Agence a été retiré mais nous attendons toujours une réponse sur la question des subventions. Il est inacceptable que le contribuable paie pour ce déversement de haine et l’importation du conflit israélo-palestinien en France. Comme l’a rappelé le Président Emmanuel Macron lors de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv en juillet 2017, « l’antisionisme est la forme réinventée de l’antisémitisme ». Une semaine après, le président de l’Université de Grenoble, Patrick Lévy, était visé par des tags antisémites. L’enquête n’a pas encore indiqué qui en étaient responsables mais il est frappant de constater que ce lieu ait été en quelques jours le théâtre de ces deux fléaux.

De l’autre côté de la Manche, les Londoniens ont eu la surprise, hier matin, de découvrir des affiches placardées sur des abribus qui mentionnaient « Israël est une entreprise raciste », en signe de protestation contre l’adoption par le parti travailliste britannique d’une définition internationalement reconnue de l’antisémitisme. Les affiches, aperçues aux arrêts de Westminster, d’Elephant and Castle, de Bloomsbury et de Waterloo Bridge, auraient été installées par l’ONG London Palestine Action, qui a également publié des photos sur ses comptes Twitter et Facebook.

Ces événements nous rappellent qu’il n’y a pas de frontière entre l’antisionisme et l’antisémitisme. Le conflit israélo-palestinien s’est déplacé en Europe. D’un point de vue diplomatique, d’une part, puisque l’UE est impliquée dans le processus de négociation, et d’un point de vue sociétal d’autre part, car le conflit est largement instrumentalisé par les associations droits de l’hommiste d’extrême-gauche alors qu’il n’est qu’un conflit mineur en terme d’intensité comparé au massacre de populations civiles en Syrie (y compris dans les camps palestiniens syriens) ou à celui des Chrétiens d’Orient ou à l’épuration ethnique en Afrique.

Européens et Israéliens partagent les mêmes valeurs et les mêmes intérêts stratégiques. Que cette nouvelle année permette de renforcer cette relation et de venir à bout de tous les obscurantismes.