L’échec de la médiation française en Iran

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian était en visite à Téhéran lundi 5 mars pour sauver l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, en échange de concessions de l’Iran sur son programme balistique, pour lequel le pays risque de nouvelles sanctions, et d’un recadrage de ses ambitions hégémoniques, notamment son influence en Syrie et au Yémen. Ce déplacement, qui visait à repositionner la France en puissance médiatrice, n’a pas eu l’effet escompté.

Le chef de la diplomatie française est le premier haut responsable des trois pays de l’Union européenne signataires à l’accord sur le nucléaire iranien (Allemagne, France et Grande-Bretagne) à s’être rendu à Téhéran depuis l’ultimatum posé par Donald Trump à propos de ce texte, présenté par ses partisans comme le meilleur moyen d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique. Le président américain, qui le considère comme l’un des pires accords jamais accepté par les États-Unis, a donné jusqu’au 12 mai aux Européens pour remédier aux « terribles lacunes » de ce texte, faute de quoi Washington en sortira et réintroduira des sanctions contre l’Iran.

Jean-Yves Le Drian a été reçu par Ali Shamkhani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, dans son uniforme, tenue qu’il réserve habituellement à ses visiteurs militaires. L’amiral iranien a indiqué que « le renforcement de la capacité défensive de l’Iran, en particulier la puissance balistique du pays, était une nécessité inévitable dans le cadre de la politique de dissuasion » de son pays. Le chef de la diplomatie Mohammad Javad Zarif a quant à lui envisagé la possibilité de renier le compromis. Mais quelques heures plus tard, contre toute logique, le président Hassan Rohani a tenu un autre discours et s’est dit déterminé à le défendre.

Quant à la Syrie, où l’Iran étend son influence en s’appuyant sur des milices et des forces armées alliées, aucun des interlocuteurs de Jean-Yves Le Drian n’a concédé la moindre ouverture, tandis que le ministre français les a mis en garde contre « le risque de cataclysme humanitaire » dans ce pays, « mais aussi sur le risque de conflagration régionale », évoquant « la capacité » de l’Iran à « intervenir de manière vigoureuse » auprès du gouvernement du président syrien Bachar al-Assad, son allié, pour apaiser la situation. « Le seul moyen de régler le problème, c’est de soutenir le gouvernement central », a affirmé le président Rohani, dont le pays s’est porté au secours de Bachar el-Assad.

Jean-Yves Le Drian a conclu sa visite à Téhéran en estimant qu’il « reste encore beaucoup de travail à faire » avec l’Iran sur les missiles et de son influence au Moyen-Orient.

La France, qui veut poursuivre son rôle de médiateur entre les États-Unis et l’Iran, a annoncé de nouvelles rencontres, en espérant que les lignes bougent avant la date butoir de Donald Trump. Pris en tenaille entre les menaces de Donald Trump et l’intransigeance iranienne, la position des Européens est très instable, même si la France conserve l’avantage de continuer à parler à tous les acteurs, à défaut toutefois d’être entendue.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.