Le renseignement, clé de voûte des relations israélo-égyptiennes

Paix froide, entente chaude, voilà quatre mots qui pourraient résumer l’état des relations israélo-égyptiennes. Après le carnage dans la mosquée de Bir al-Abed, dans le nord de la péninsule du Sinaï, le 24 novembre dernier, le tweet du ministre israélien du Renseignement, Yisrael Katz, a fait grand bruit: « Mes condoléances aux familles des centaines de personnes assassinées dans l’attaque terroriste contre une mosquée dans le Sinaï. Israël est aux côtés de l’Egypte et des autres pays de la région et de la scène internationale dans la guerre contre la terreur islamiste radicale », a-t-il déclaré.

Cette alliance de circonstance est liée à la géographie régionale, la péninsule égyptienne étant accolée à la bande de Gaza, touchée par des attentats depuis les années 2000, mais aussi plaque tournante du trafic d’armes et de drogue, et plateforme stratégique avec ses gazoducs qui desservent Israël et la Jordanie. Les responsables israéliens quant à eux, suivent de près ce qui s’y passe car plusieurs attaques ont visé son territoire depuis cette frontière ces dernières années.

La menace de Wilayet Al-Sinaï, branche armée de l’état islamique égyptien dans le Sinai, contraint les deux pays à coopérer au niveau du renseignement opérationnel, grande faiblesse de l’Egypte. Au temps de Hosni Moubarak, les renseignements égyptiens étaient puissants mais leur mission consistait quasi exclusivement à lutter en interne contre les opposants politiques. Or les jihadistes proviennent dans leur majorité de l’extérieur, soit de la bande de Gaza soit des filières yéménites et soudanaises. Les Égyptiens qui ont intégré l’EI se sont radicalisés récemment et échappent donc aux vieux réseaux du renseignement égyptien. D’autre part, l’État ne peut guère compter sur une coopération avec les habitants du nord du Sinaï, d’origine bédouine pour la très grande majorité. S’estimant socialement et politiquement marginalisés, il se livrent assez fréquemment à toutes sortes de trafics qui profitent aux jihadistes.

Au-delà même des échanges d’informations sur les terroristes, Israël, dispose de drones performants permettant de suivre les mouvements des petits groupes dans la région. A cela s’ajoutent les échanges qui se font via les renseignements américains, puisque les États-Unis sont les alliés militaires de l’Égypte et d’Israël.

Si la collaboration entre militaires et services secrets existe depuis la signature du traité de paix israélo-égyptien en 1979, elle a été renforcée avec l’arrivée au pouvoir du président égyptien Al-Sissi, en 2014. Après plusieurs décennies de guerres suivies d’années de paix froide, Israël a trouvé en lui un partenaire, et salue régulièrement son intransigeance dans la lutte contre le terrorisme, le considérant de fait comme un allié déterminant dans ce qu’il considère comme une guerre commune contre les extrémistes islamistes à laquelle s’associent également l’Arabie saoudite et les Etats du Golfe.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.