« L’avantage militaire qualitatif » d’Israël, paramètre intouchable de la relation israélo-américaine

Interviewée jeudi 8 septembre sur la chaine israélienne Channel 2, la candidate démocrate à l’élection présidentielle américaine Hillary Clinton a promis qu’elle travaillerait avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour préserver « l’avantage militaire » stratégique (« Qualitative Military Edge ») de l’Etat hébreu.

Cet « avantage militaire qualitatif » se définit comme la capacité́ à contrer et vaincre toute menace militaire conventionnelle venant d’un Etat, d’une éventuelle coalition d’Etats ou d’acteurs non-étatiques par l’utilisation des moyens militaires supérieurs (armes, contrôle, renseignement, communication etc.), acquise en quantité́ suffisante. Aujourd’hui, chaque demande d’assistance sécuritaire du gouvernement israélien est évaluée conformément à une politique américaine qui consiste à faire respecter un avantage qualitatif militaire d’Israël sur ses voisins. 

Jusqu’au milieu des années 1960, le Département d’État et les responsables du Pentagone estiment qu’Israël n’a pas besoin d’armes américaines étant lui-même assez fort pour se défendre. Le premier changement politique majeur survient sous la présidence de John Kennedy, en 1962, avec la vente de missiles antiaériens Hawk à Israël, réalisée en dépit des objections du Département d’Etat, mais seulement après que l’Egypte a obtenu des bombardiers à longue portée par les Soviétiques. Lyndon Johnson fournit par la suite à Israël des chars et des avions, mais ces ventes sont contrebalancées par d’autres transferts d’armements avec les pays arabes. Les Etats-Unis cherchent alors à éviter de fournir dans la région un avantage militaire d’un Etat sur l’autre. Cette conception change en 1968 lorsque Johnson annonce la vente de jets Phantom à Israël. Cette vente fait des Etats-Unis le principal fournisseur d’armes d’Israël. Elle marque également le début de la politique américaine visant à donner à Israël un avantage qualitatif militaire sur ses voisins. La décision de Johnson est alors basée sur les besoins d’Israël plutôt que sur la contribution potentielle de l’Etat hébreu aux intérêts américains de sécurité́. Au même moment, les relations entre la France et Israël se tendent avec l’attaque surprise de la chasse israélienne sur les aérodromes égyptiens. Fort de ses soupçons sur l’imminence d’un conflit, le 2 juin, le général De Gaulle décrète un embargo préventif sur les ventes d’armes à destination du Proche-Orient. Pris entre les intérêts systémiques de son allié français et la perception d’une menace à ses frontières, Israël fait le choix de l’assaut. 

Jusqu’alors, les Américains ne considèrent pas qu’Israël a un rôle à jouer dans la défense occidentale. Cette perception change peu à peu lorsque les Etats-Unis lui demandent de l’aider à renforcer le régime du roi Hussein. Au début de cette décennie, il est devenu clair qu’aucun Etat arabe ne peut ni ne veut contribuer à la défense occidentale au Moyen-Orient. 

Les Etats-Unis accordent aujourd’hui une aide militaire annuelle de 3 milliards de dollars à Israël, en vertu d’un accord de dix ans signé en 2007 sous l’administration du prédécesseur de Barack Obama, George W. Bush. Cet accord arrive à terme en 2017 et fait l’objet de discussions entre les deux capitales pour son renouvellement. Ainsi, les Etats-Unis et Israël négocient depuis plusieurs mois les termes d’un nouveau programme d’aide militaire américaine à l’Etat hébreu sur 10 ans. Il pourrait être réhaussé à 4 milliards de dollars.

 « L’avantage militaire qualitatif » d’Israël est un paramètre intouchable de la relation israélo-américaine. Si les relations entre Benyamin Netanyahou et Barack Obama ont été exécrables, le président américain n’a pas dérogé à cette constante et a débloqué des fonds conséquents notamment pour le système anti-missile Iron Dome. Cela témoigne d’un soutien bi-partisan de longue date des Etats-Unis à l’égard d’Israël et cet état de fait devrait perdurer avec le prochain président américain, qu’il soit républicain ou démocrate.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.