L’annulation du match Israël/Argentine, un camouflet pour l’État hébreu (Cyrille Louis – Le Figaro)

Ce match de préparation au Mondial-2018 avait une importance toute particulière pour les dirigeants israéliens, qui souhaitaient le relier aux célébrations du 70ème anniversaire de la création de l’État d’Israël.

L’annonce a été reçue comme une gifle par le public et les dirigeants israéliens. À 96 heures du match amical qu’ils devaient jouer à Jérusalem contre l’équipe nationale de l’État hébreu, les footballeurs argentins ont décidé mardi soir d’annuler ce rendez-vous controversé.Le patron de la Fédération palestinienne de football, Djibril Rajoub, ainsi que de nombreux activistes favorables au boycott d’Israël, avaient multiplié ces derniers jours les mises en garde aux joueurs et à l’encadrement de l’Albiceleste. L’ambassade israélienne à Buenos Aires affirme que «des menaces et des provocations» ont été formulées contre Lionel Messi. «C’est un triste jour pour les Israéliens, a déploré Tal Shorer, commentateur sportif sur la Chaîne 10, qui se retrouvent boycottés par l’une des plus grandes équipes de football au monde.»

Ce camouflet intervient un mois tout juste après que Jérusalem a, pour la première fois, accueilli le départ du Tour cycliste d’Italie. Cet évènement, dont les images ont été retransmises dans le monde entier, a été célébré comme le signe d’une acceptation croissante de la souveraineté israélienne sur Jérusalem. Si une majorité de la communauté internationale persiste à considérer que le statut de la ville doit être tranché dans le cadre de négociations entre les Israéliens et les Palestiniens, l’inauguration récente de la nouvelle ambassade américaine a semblé fragiliser ce consensus. Mais l’annulation du match Israël-Argentine montre que l’affaire est loin d’être entendue. «Dommage que les princes argentins du football n’aient pas su encaisser la pression de ceux qui haïssent Israël», a regretté sur Twitter Avigdor Lieberman, le ministre de la Défense, qui a prévenu: «Nous ne céderons pas devant une meute de supporteurs antisémites et terroristes».

Maillots tachés de sang

La rencontre, organisée par une société privée, devait à l’origine se jouer au stade Sammy Ofer de Haïfa. La grande ville industrielle, située dans le nord du pays, symbolise une certaine coexistence entre Juifs et Arabes. Mais la ministre de la Culture, Miri Regev, n’a pas voulu se contenter de cette affiche. Résolue à ce que le match amical soit relié aux célébrations du 70ème anniversaire de la création de l’État d’Israël, dont elle a la charge, elle s’est employée à le faire déplacer à Jérusalem – moyennant un coût supplémentaire que la presse estime à trois millions de shekels (soit environ 700 000 euros). Selon le quotidien Yedioth Ahronoth, le premier ministre Benyamin Nétanyahou a personnellement contacté le président argentin pour appuyer ces démarches.

Djibril Rajoub, qui utilise depuis plusieurs années sa fonction de président de la Fédération palestinienne de football pour réclamer la mise au ban de six équipes implantées dans des colonies de Cisjordanie, a écrit le 28 mai à son homologue argentin pour le prier de ne pas jouer à Jérusalem. «Le sport en général, et le football en particulier, devrait rester à l’écart de la politique, mais votre choix d’accepter la tenue de ce match à Jérusalem nous rappelle qu’Israël à l’habitude d’utiliser le sport pour blanchir ses politiques», a-t-il déploré. Dimanche, cet ancien chef des services de sécurité de Yasser Arafat a demandé aux supporteurs arabes de brûler la photographie et le maillot de Lionel Messi dans l’hypothèse où celui-ci viendrait jouer à Jérusalem. Des manifestants se sont par ailleurs rassemblés mardi aux abords du centre d’entraînement du FC Barcelone avec des maillots tachés de sang, en référence aux dizaines de manifestants palestiniens tués ces dernières semaines à Gaza.

«À cause des appels à la violence et des menaces de Rajoub, les joueurs ont commencé à craindre pour leur sécurité personnelle lors de leur déplacement à Jérusalem», a déploré le ministre de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan. Itzik Shmuli, député de l’Union sioniste (centre gauche), a rejeté la responsabilité de ce fiasco sur la ministre Miri Regev. «Il s’agit d’une vaste face qui va donner de l’élan aux campagnes d’appel au boycott contre Israël», a-t-il dit. Ayman Odeh, chef de file de la Liste arabe unie, a dénoncé: «Le gouvernement Nétanyahou a peut-être gagné le soutien de Trump, mais il est en train de perdre celui du reste du monde».

L’équipe d’Argentine, qui joua en 1986 un match amical contre Israël avant de remporter la Coupe du monde au Mexique, avait depuis lors répété l’expérience tous les quatre ans. «En 2018, elle a décidé de rompre avec cette habitude, se désole le commentateur sportif Tal Shorer, et si Messi termine la compétition en soulevant le trophée, vous pouvez être sûr que Djibril Rajoub et les activistes du BDS vont présenter le boycott d’Israël comme le plus sûr des porte-bonheur.» Le patron de la fédération palestinienne, qui compte parmi les principaux candidats à la succession de Mahmoud Abbas, a adressé mercredi tous ses vœux de succès à la sélection argentine.