L’acte manqué de Benyamin Netanyahou en Hongrie

En quête d’alliés sur la scène internationale, Benyamin Netanyahou s’est rendu en Hongrie du 17 au 20 juillet pour participer, notamment, à une réunion à huit clos avec ses homologues du groupe de Visegrád, composé de la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie. A cette occasion, il s’est fait surprendre par un micro laissé branché à critiquer l’Union européenne sur la manière dont elle traite Israël. Il a également reconnu qu’Israël avait ciblé une douzaine de fois le Hezbollah en Syrie.

Ce problème de micro commenté par les médias internationaux pourrait d’avantage s’apparenter à un acte manqué. Cela fait en effet de nombreuses années que le Premier ministre israélien fustige le double standard de l’Union européenne vis-à-vis d’Israël. Qualifiant de « folie » les démarches qu’elle a entrepris pour résoudre le conflit israélo-palestinien, il a ainsi déclaré : « Il n’y a aucune logique là-dedans. L’Europe nuit à sa sécurité en nuisant à Israël. L’Europe nuit à son progrès en nuisant à ses liens avec l’innovation israélienne en raison d’une folle tentative de créer des conditions (pour la paix avec les Palestiniens)». L’Union européenne ne reconnaît pas la souveraineté de l’État hébreu sur les territoires qu’il a conquis lors de la guerre des Six Jours en 1967, dont la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Elle s’est longtemps montrée critique des implantations israéliennes en adoptant une politique d’étiquetage pour que les produits qui y sont fabriqués soient différenciés. Benyamin Netanyahou a demandé à ses homologues de supprimer les préconditions posées par l’UE sur les négociations israélo-palestiniennes : « Je vous recommande de délivrer un message à vos collègues en Europe sur le moyen d’aider l’Europe. Ne sous-estimez pas le seul pays de la région qui se soucie des intérêts du continent. Arrêtez d’attaquer Israël, soutenez Israël. L’Europe se dissocie elle-même du plus grand centre d’innovation du monde. Cela n’a pas de sens. L’Europe porte atteinte à sa propre sécurité en minant Israël ». Il a illustré son propos en évoquant la Chine, la Russie et l’Inde qui ont développé des relations spéciales avec Israël qui ne dépendent pas des progrès réalisés dans le processus de paix.

Benyamin Netanyahu à vraisemblablement trouvé du soutien auprès de Viktor Orban, qui ne cesse de dénoncer le terrorisme islamiste, mais aussi chez les Premiers ministres tchèque, polonais et slovaque, très méfiants vis-à-vis des populations arabes du Moyen-Orient qu’ils assimilent à des « terroristes en puissance ».

Le Premier ministre israélien a ensuite évoqué la Syrie et a affirmé qu’Israël avait frappé « une douzaine de fois » des positions du Hezbollah en Syrie, confiant alors : « Nous avons bloqué la frontière non seulement avec l’Egypte, mais aussi dans le Golan. Nous avons construit un mur car nous avions des problèmes avec l’Etat islamique et l’Iran qui essayaient d’ouvrir un nouveau front terroriste là-bas. » Avant d’ajouter : « J’ai dit à Poutine que lorsque nous les voyons (l’Iran) transférer des armes au Hezbollah, nous les attaquons. Nous l’avons fait une douzaine de fois.»

Les quatre pays présents ont signé des accords pour renforcer leur coopération avec Israël, dans les domaines de la technologie et de la lutte contre le terrorisme, en s’engageant, en contrepartie, à renforcer les liens entre l’Union européenne et Israël. Ces pays d’Europe centrale pourraient ainsi jouer un rôle déterminant à l’avenir pour bloquer le vote de résolutions hostiles à Israël. Du moins, c’est ce qu’espère Benyamin Netanyahou.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.