La relation russo-américaine sera-t-elle chamboulée par l’élection de Donald Trump ?

Dans quelques semaines, le président fraichement élu Donald Trump, prendra ses fonctions de chef des forces armées américaines et devra faire face à deux chantiers majeurs : la Syrie et l’Irak. A priori, la realpolitik l’emportera sur les formules chocs et les grands mots prononcés lors de sa campagne, cependant il pourrait bouleverser l’équilibre des alliances traditionnelles, notamment avec la Russie.

L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche pourrait marquer le début d’une certaine accalmie entre les deux pays dont les relations sont mauvaises. Lundi 14 novembre, Vladimir Poutine et le nouveau président des Etats-Unis se sont entretenus et ont convenu de la nécessité d’un travail « conjoint » pour la « normalisation » des relations américano-russes. Vladimir Poutine avait déclaré publiquement être « prêt à faire sa part du chemin » pour restaurer ses relations avec Washington, qualifiant ce chemin de « difficile ».

Le soutien du Kremlin envers Trump est lié au fait que celui-ci a ébranlé l’establishment américain hostile à la Russie. Il a écorné l’image des Etats-Unis, confortant ainsi le discours russe d’une Amérique en voie de perdition et dont la démocratie serait la première cause. D’autre part, le fait que Donald Trump ait affiché un discours isolationniste et une volonté de se  concentrer sur la politique intérieure prouve pour Moscou le déclin des Etats-Unis sur la scène internationale. La Russie espère tirer profit de cette situation même si les intentions du président américain restent encore difficiles à décrypter.

S’agissant du dossier syrien, le nouveau président américain a défendu l’idée d’une coopération militaire avec Moscou contre les djihadistes tout en stigmatisant l’influence de l’Iran. Il risque néanmoins de se heurter à ses conseillers politiques et aux militaires américains qui estiment que les groupes rebelles et les milices kurdes, également alliées des Etats-Unis, ont fait bien plus pour lutter contre l’Etat islamique que les Russes et le régime de Damas. De plus, si l’administration américaine veut contenir l’Iran, Trump ne peut guère faire abstraction du fait que la République islamique compte parmi les alliés de la Russie et du régime baasiste.

Le Moyen-Orient figure parmi les grands dossiers de la politique étrangère américaine. Or la doctrine américaine a grandement évolué ces dernières années, de l’engagement militaire offensif des années Bush jusqu’à l’abstentionnisme de Barack Obama. La région est entrée dans une ère de chaos continu. Entre le délitement des Etats, la désagrégation des sociétés, les déplacements de populations, les Etats-Unis vont devoir de faire des choix cruciaux. La préoccupation iranienne, également partagée par Israël, pourrait aussi avoir une influence déterminante dans le positionnement de l’administration Trump.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.