Réconciliation Fatah-Hamas: jeu de Poker menteur ?

Le premier ministre palestinien, Rami Hamdallah, s’est réuni avec son gouvernement dans la bande de Gaza, mardi 3 octobre. Une première depuis 2014. Ce geste avait pour objectif de sceller une réconciliation entre le Fatah et le Hamas et de signer le retour de l’Autorité palestinienne dans ce territoire aux commandes de l’organisation terroriste. « Nous sommes ici pour tourner la page de la division et restituer au projet national son juste cap qui est la création d’un Etat », a t-il déclaré. L’évolution du contexte régional explique cette volonté de réconciliation. La crise humanitaire à Gaza a atteint un niveau sans précédent. En juin dernier, l’Autorité palestinienne a décidé de baisser de manière drastique sa contribution financière à Gaza pour l’achat d’électricité et le paiement des fonctionnaires, plongeant encore un peu plus ses habitants dans la précarité. Pour autant cet énième rapprochement entre les deux factions n’est-il pas un nouveau coup de bluff ?

Le Hamas a pris le contrôle de Gaza en menant une offensive contre le pouvoir présidentiel de Mahmoud Abbas et plus généralement contre les forces du Fatah entre le 12 et le 14 juin 2007. Depuis lors, il a imposé la Charia aux citoyens de Gaza et condamné toute forme d’opposition. Depuis l’Opération Bordure protectrice de l’été 2014, le Hamas a fait mine d’opérer un changement stratégique en respectant le cessez-le-feu et en apportant quelques modifications cosmétiques à sa Charte sans pour autant reconnaître Israël, « l’entité sioniste ». Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou ne s’est guère réjoui à l’annonce de cette réconciliation : « Nous ne sommes pas prêts à accepter des réconciliations bidons dans lesquelles la partie palestinienne se réconcilie en apparence au détriment de notre existence. Notre point de vue est très clair pour tous ceux qui veulent entreprendre cette réconciliation : reconnaissez l’Etat d’Israël, démantelez la branche militaire du Hamas, cessez la connexion avec l’Iran, qui appelle à notre destruction (…). »

Le Hamas semble cette fois plus déterminé que par le passé. Le mouvement islamiste veut réintégrer les institutions politiques palestiniennes, rompre son isolement et se débarrasser aussi de la gestion des affaires quotidiennes à Gaza. Un porte-parole de l’Autorité palestinienne a précisé qu’Abbas ne comptait pas lever les sanctions imposées à ce stade, mais plutôt attendre le résultat de discussions programmées entre le Fatah et le Hamas au cours des deux prochaines semaines. Quelque 3000 membres de la police du Fatah seront intégrés progressivement au sein de la police de Gaza sous la supervision du ministère de l’Intérieur dirigé par Rami Hamdallah.

Si ce rapprochement a suscité une certaine ferveur populaire, les multiples échecs passés ont montré la précarité de ce genre d’initiative. La prochaine étape aura lieu au Caire, avec des représentants du Fatah et du Hamas, où la question fondamentale des employés dans les différentes administrations sera évoquée, d’autant que les factions se disent favorables à des élections générales, pour régénérer le système politique. Mais dans les faits, compte tenu de l’embourbement actuel à Gaza, cette perspective semble chimérique.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.