La paix israélo-palestinienne fait toujours débat

Alors que le Conseil des Affaires étrangères de l’Union européenne a adopté lundi 20 juin une résolution visant à soutenir l’initiative de paix française, appelant à la tenue d’une conférence de paix internationale, avec la participation des Israéliens et des Palestiniens avant la fin de l’année, Israël, par la voix de son Premier ministre Benyamin Netanyahou, rejette toujours toute implication extérieure qui mènerait à l’imposition d’un Etat palestinien sans discussion préalable des paramètres et estime que seules des négociations directes entre les deux parties concernées permettront de conclure à un accord de paix durable. Les tensions suscitées par l’initiative française ont au moins pour vertu de relancer le débat sur les options envisageables pour résoudre ce conflit de 68 ans.

Ainsi, certains Etats évoquent à nouveau l’initiative de paix arabe de 2002 dans laquelle le Conseil de la Ligue des Etats arabes réclamait qu’Israël se retire intégralement de tous les territoires occupés en 1967, reconnaisse la formation d’un Etat palestinien indépendant avec pour capitale Jérusalem-Est, et que la question des réfugiés palestiniens soit soumise à une      « solution juste » en conformité avec la résolution 194 de l’Assemblée générale de l’ONU de décembre 1948. Benyamin Netanyahou s’est fermement opposé à ce projet qui selon lui n’est plus en adéquation avec la réalité du terrain. Il a cependant proposé une solution alternative dans laquelle les Etats arabes auraient toujours un rôle à jouer. Il pense en effet que le rapprochement naissant d’Israël avec certains Etats arabes sunnites dans la région pourrait éventuellement conduire à une situation dans laquelle les Etats font pression sur les Palestiniens pour obtenir les concessions nécessaires à un accord de paix. Cette idée a notamment été relayée par Ayoub Kara, ministre de la Coopération régionale, lors de sa visite à Paris du 11 au 14 avril dernier.

Jeudi 16 juin à la Conférence d’Herzliya, l’ambassadeur d’Egypte en Israël Hazem Khairat a déclaré qu’une solution à deux Etats au conflit israélo-palestinien était la seule solution possible compte tenu problèmes en cours au Moyen-Orient. Il a affirmé que l’Egypte désire mener à bien le projet d’Initiative de paix arabe selon lui la décision doit revenir aux Israéliens et Palestiniens. Le Président al-Sissi avait quelques semaines plus tôt déclaré que les deux parties se trouvaient face à une « opportunité réelle » pour résoudre leur conflit et qu’une paix durable entre eux permettrait de réchauffer les relations entre l’Egypte et Israël.

Depuis le début des « printemps arabes », la situation chaotique au Moyen-Orient trouve un écho en Europe. La crise des réfugiés, la propagation du terrorisme et de l’idéologie salafiste sont autant de problématiques qui inquiètent toutes les chancelleries. Il y a aujourd’hui une vraie opportunité pour de nombreux Etats de s’impliquer dans le processus de paix sans oublier que le seul objectif qui vaille, dans ce conflit inextricable, est le retour à la table des négociations, prélude à la coopération et à la paix.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.