La crise au Moyen-Orient a-t-elle précipité le Brexit?

Mardi 28 mars, la Première ministre britannique Theresa May a officialisé le Brexit en déclenchant l’article 50 du Traité de Lisbonne. Sa lettre, qui a été remise à Donald Tusk, président du Conseil européen, signe le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne et ouvre deux années de difficiles négociations pour trouver un accord en bonne et due forme avec les autres Etats membres, la date butoir étant fixée au 29 mars 2019.

La crise migratoire a-t-elle précipité le Brexit ? Le jour du scrutin le 23 juin 2016, un sondage Ipsos MORI révélait que l’immigration – là encore, dans son ensemble – était vue comme le principal sujet de préoccupation de la population anglaise, quelle qu’en soit la couleur politique. Le lendemain, une autre enquête tentait d’expliquer la victoire du « Yes ». Menée par Lord Ashcroft Polls, le plus grand institut de sondages du pays, géré par Michael Aschcroft, ex-vice-président du parti conservateur, elle révélait que ceux qui ont voté en faveur du Brexit l’ont majoritairement fait pour les mêmes raisons. Mais il ne s’agit pas de la première cause. La première préoccupation (49%) est la question de la souveraineté des décisions : « Les décisions qui concernent le Royaume-Uni doivent être prises au Royaume-Uni ». Mais, juste derrière, c’est l’immigration qui apparaît comme un second moteur « pour avoir une chance de reprendre le contrôle sur l’immigration et sur ses frontières ».

Le Brexit témoigne d’un délitement de l’Europe. Depuis longtemps déjà, nombreux sont les citoyens qui rejettent ce modèle et ne se reconnaissent plus dans les valeurs qu’il représente. Le vote anglais incarne ainsi cette défiance envers des institutions qui leur semblent étrangères et déconnectées de leurs préoccupations. Certains spécialistes s’inquiètent de l’impact du Brexit sur le développement économique et politique au Moyen-Orient. Comme le Royaume-Uni est considéré le plus grand donateur d’aide internationale visant à réduire la pauvreté dans le monde, il serait difficile de savoir comment le donateur mondial consacrera son aide à la région.

D’autre part, depuis les « printemps arabes » et le début de la crise au Moyen-Orient, le chaos qui domine trouve un écho en Europe. La crise des refugiés, la propagation du terrorisme et de l’idéologie salafiste sont autant de problématiques qui préoccupent toutes les chancelleries. Jusqu’à présent, l’Europe a donné le sentiment de ne pas avoir de politique unitaire dans la région et de ne pas être capable de gérer les « dommages collatéraux » sur son propre territoire.

Les questions de politique étrangère ont aujourd’hui une incidence indéniable sur la politique intérieure des différences nations européennes. Alors que la France s’apprête à voter pour son prochain président, le Brexit prouve que les candidats ne peuvent plus éluder ces sujets bien trop souvent instrumentalisés par l’extrême-droite. Du reste il serait opportun, avant le 23 avril, d’organiser un débat sur les relations internationales de la France. Car il est clair que le prochain président, entre autres missions, devra redéfinir la place de l’Europe dans la région, et les valeurs qu’elle prétend défendre si elle veut perdurer.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.