L’Egypte au secours de Gaza : la guerre s’éloigne-t-elle ?

Le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza depuis 2007, a entamé mercredi 28 juin la construction d’une nouvelle zone tampon le long de la frontière sud avec l’Égypte, alors que l’organisation terroriste cherche à améliorer ses relations avec Le Caire. Large de 100 mètres, elle s’étendra sur 12 kilomètres le long de la frontière entre l’enclave palestinienne et l’Égypte, et permettra de contrôler les tunnels de contrebande servant notamment au transfert d’armes et au passage de combattants djihadistes entre Gaza et le Sinaï.

Ces derniers mois, les relations entre Gaza et le Caire ont connu un certain réchauffement avec la conclusion d’un accord qui a fait suite à des mois de négociations et par lequel l’Égypte octroie au Hamas plus de liberté à sa frontière, et l’alimente en électricité. En échange, le Hamas doit remettre 17 hommes recherchés par le Caire pour terrorisme ; fournir davantage de protection aux frontières ; mettre fin à la contrebande d’armes aux Sinaï, et donner des informations sur les déplacements des militants vers Gaza via les tunnels souterrains, a indiqué le quotidien arabe de Londres Asharq al-Awsat.

Cette liste d’exigences sécuritaires a été remise au chef du Hamas à Gaza Yahya Sinwar par les responsables de la sécurité en Égypte. Lors de ces pourparlers, ce dernier a rencontré Mohammed Dahlane, ancien chef de la sécurité intérieure à Gaza, qui a qualifié ces entretiens de « positifs ». En avril 2016, le Hamas avait déjà mis en place des dizaines de nouveaux postes frontières dans le but d’améliorer ses relations avec l’Égypte. Celle-ci a d’ailleurs commencé à délivrer un million de litre de carburant aux deux millions de Gazaouis, qui ne disposent que de quelques heures de courant par jour du fait du refus de Mahmoud Abbas de régler la facture d’électricité de la bande de Gaza.

Pour les Israéliens comme pour le Hamas, cette crise a été provoquée par Mahmoud Abbas pour acculer le Hamas et le pousser, en désespoir de cause, à se lancer dans une guerre contre Israël qui mettait en péril son pouvoir, ce qui, pour l’Autorité palestinienne, s’apparenterait à une revanche. Toutefois, le possible retour à Gaza de Mohamed Dahlan, ancien cadre du Fatah, pressenti comme successeur possible de Mahmoud Abbas, mais indésirable en Cisjordanie, serait aussi un véritable revers pour le raïs.

Il s’agit là d’une nouvelle épreuve de force entre les deux frères ennemis. Mais le refus de Mahmoud Abbas de payer les factures d’électricité, qui témoigne de son mépris pour la population palestinienne, ne fait que le délégitimer davantage en Cisjordanie, et encore plus à Gaza où il est haï. Sa fin n’en semble que plus proche.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.