Journal de Campagne Israel 2021

Le système politique israélien reste un des plus instables au monde et nous assistons depuis plusieurs années à une crise sans précédent : une crise politique perpétuelle due à des alliances fragiles, fondées sur des compromis idéologiques et politiques mais aussi liées à des conflits ou des tensions personnelles diverses. Enfin, une crise de leadership évidente qui dure et s’installe…

C’est ainsi que la Knesset est une sorte de cour des miracles où l’on assiste à une valse constante de politiciens, qui bien souvent n’en sont pas vraiment. Les nouveaux venus ont toujours des bonnes intentions, des valeurs à promouvoir, mais peu d’idées concrètes et sont très vite happés dans un système malade aux méthodes néfastes.

En mars 2021, le peuple d’Israël se rendra aux urnes pour la 4ème fois en 2 ans! Invraisemblable!

Pour cette nouvelle campagne, nous assistons encore une fois à la création de nouveaux partis qui affirment représenter une nouvelle frange de la société israélienne. Les religieux, les laïcs, les libéraux, les socialistes, les migrants russes ou marocains, les Arabes… Chacun vise une partie de la population et le clientélisme électoral est à son comble. Peu peuvent prétendre être une véritable alternative et être en mesure de construire une vraie coalition qui prendra le pouvoir et pourra mener ce pays dont les défis stratégiques, sécuritaires et sociaux sont considérables.

Ainsi débarquent des nouveaux venus et nouveaux partis, tels Ron Houldai le Maire de Tel Aviv, 76 ans, qui est titillé par la politique nationale depuis de nombreuses années ou Yaron Zelikha, ancien conseiller économique de Netanyahou et ancien dirigeant du ministère du budget.

Exit les Amir Perez, ancien chef du parti travailliste, Ministre de l’Economie, ancien Ministre du gouvernement Olmert du début des années 2000, exit les anciens chefs d’État-major Bougi Yaalon et Gabi Eshkenazi, exit Avi Nissankoren actuel Ministre de la Justice et ancien chef du plus grand syndicat, la Histadrout, et d’autres…

Puis la valse s’articule aussi autour des mouvements, avec Gideon Saar, figure historique du Likoud, battu aux primaires, qui crée un nouveau parti Tikva Hadasha (nouvel espoir) dont on ne connait pas vraiment la position sur l’échiquier israélien. Saar constitue une liste composée de membres du Likoud ou de nouveaux arrivés en politique…

Et bien dansons…

Le candidat Bennett (Yamina), ancien Ministre de l’éducation et de l’intérieur et le candidat Smoutrich (Ihoud Leumi), ancien Ministre des transports, et la nouvelle venue Mme Hagit Moshe (Bayit Yehoudi) se disputent la représentation du courant sioniste religieux et sont incapables de s’entendre pour créer une alliance commune qui leurs permettraient d’avoir une représentation conséquente.

On danse aussi à gauche ou au centre, ou Benny Gantz, actuel Ministre de la Défense, grand espoir des élections de 2020, se retrouve très seul après avoir été « lâché » par ses plus fidèles lieutenants. Il affirme cependant être déterminé à poursuivre son combat politique malgré les sondages peu encourageants. Le parti travailliste, orphelin de véritable leader depuis plusieurs années ne parvient toujours pas à exister. Reste le parti de l’actuel chef de l’opposition du député Yair Lapid (Yesh Atid) qui semble s’imposer comme la plus grande force politique de gauche ou de centre gauche.

L’ancien Ministre de la défense Avigdor Liberman reste très discret et pourra visiblement toujours compter sur sa base d’électeurs issus de l’immigration de d’ex-URSS.

Enfin, les partis religieux orthodoxes, les partis arabes et le parti Meretz d’extrême-gauche sont les seuls à ne pas apprécier la danse et maintiennent leurs bases avec des sondages stables et des électeurs quasi acquis.

Le Likoud, parti du Premier Ministre Netanyahou, fait la course en tête des sondages mais les difficultés à concrétiser des alliances sont de plus en plus nombreuses.

Les mois à venir sont essentiels voire déterminants pour Israël et pour la société israélienne. Ce pays affronte depuis sa création des défis sécuritaires et stratégiques innombrables. Les changements régionaux avec les accords d’Abraham, le programme nucléaire iranien, la menace du Hezbollah et la relation avec la nouvelle administration américaine seront des éléments extrêmement importants pour le futur gouvernement israélien.

Mais aujourd’hui les enjeux sociétaux en Israël sont peut-être même plus importants que les défis sécuritaires et stratégiques.

La pandémie et les affaires du Premier ministre ont mis en lumière beaucoup de maux dont souffrent la société depuis des années et la fracture ne cesse de s’agrandir. Forcément, le prochain gouvernement devra relever les défis « traditionnels » mais aussi gérer les enjeux économiques, sociaux, sanitaires qui explosent aux visages des israéliens en ce moment.

Les prochains mois seront cruciaux dans une quête de sagesse des dirigeants du petit village du Moyen-Orient, si puissant mais si fragile. Qui pourra former une coalition stable ? Quelles seront les futures alliances ? Qui rentrera dans la danse ou qui en sortira ?

Le chemin est long et semé d’embuches et nul doute qu’il nous réserve encore de nombreux rebondissements.