Jérusalem capitale d’Israël, une décision historique et symbolique

En reconnaissait officiellement Jérusalem comme capitale d’Israël mercredi 6 décembre, Donald Trump a pris une décision historique et symbolique. Faisant suite à sa promesse de campagne, il a annoncé le transfert de l’ambassade américaine, installée jusque-là à Tel-Aviv, dans les meilleurs délais, sans toutefois indiquer de date précise. Cette déclaration entérine une loi votée par le Congrès le 23 octobre 1995. Intitulée le Jerusalem Embassy Act, elle établit que la représentation diplomatique de Washington en Israël doit se faire à Jérusalem, reconnaissant ainsi de facto cette ville comme la capitale du pays. Or depuis deux décennies, une clause dérogatoire à cette loi permet à l’exécutif américain de bloquer son application et depuis la fin des années 1990, tous les présidents américains l’ont signée tous les six mois.

Le président américain n’a toutefois pas reconnu Jérusalem réunifiée dans ses limites administratives, laissant ainsi la porte ouverte à une éventuelle reconnaissance de Jérusalem-Est comme capitale d’un Etat palestinien. Ce flou volontairement entretenu, était une manière pour Donald Trump de montrer qu’il ne voulait pas « saborder » le processus de paix et qu’il ne prenait pas position sur la question épineuse de la partition de Jérusalem.

Si le statut de la ville « trois fois sainte » est l’objet des négociations entre Israéliens et Palestiniens depuis plusieurs décennies,  celle-ci est, de fait, la capitale d’Israël. Le 23 janvier 1950, la Knesset proclame par cinquante voix contre deux la partie ouest de Jérusalem « capitale unique d’Israël », en y installant son parlement, ses ministères ainsi que la résidence officielle de son président et de son premier ministre. En 1980, une loi fondamentale votée par le Parlement israélien, entérine le statut de Jérusalem comme capitale « éternelle et indivisible d’Israël ».

Pendant des siècles, la ville fut majoritairement juive, et ce, jusqu’en 1949. De 1948 à 1967, quand elle fut sous occupation jordanienne, les lieux saints non musulmans n’étaient pas libres d’accès. Ils le devinrent quand l’Etat Juif administra Jérusalem. De plus, jusqu’à la guerre de Kippour de 1973, nombre de pays européens et africains avaient leur ambassade à Jérusalem.

Sur le terrain diplomatique, cette annonce ne devrait pas changer grand-chose même si un regain de violence est à craindre dans les prochaines semaines. De là à parler de troisième intifada, rien n’est moins sûr, et cela pour trois raisons : premièrement, cette décision n’émane pas du gouvernement israélien ; deuxièmement les conditions de vie des Palestiniens se sont améliorées ces dernières années et ils sont sans doute moins susceptibles de se lancer dans une guerre civile. Troisièmement, les chancelleries arabes sont aujourd’hui bien plus préoccupées par la menace hégémonique chiite que par la déclaration de Donald Trump, même si les Saoudiens ne l’approuvent pas.

En déclarant mercredi Jérusalem capitale d’Israël, Donald Trump a ainsi accédé à une demande israélienne très ancienne, mais il n’a pas pour autant dévoilé de plan plus global pour faire avancer le processus de paix, comme pour gagner du temps, laissant ainsi planer le doute sur ses ambitions quant à la résolution du conflit.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.