Les « Javanka » en perte d’influence à la Maison Blanche

Faute de disposer des autorisations nécessaires, le gendre et conseiller de Donald Trump, Jared Kushner, ne pourra plus accéder aux informations classées « top secret ».

La mesure est en apparence administrative, mais elle ne devrait pas être sans conséquences pour les équilibres internes de la Maison Blanche. Faute de disposer des autorisations nécessaires, le gendre et conseiller du président Donald Trump, Jared Kushner, ne pourra désormais plus accéder aux informations classées « top secret ». Cette limitation, annoncée mardi 27 février par le site Politico – et que la Maison Blanche a refusé de commenter –, devrait l’empêcher à l’avenir de participer aux réunions les plus sensibles de la présidence. Au risque de se traduire par une perte d’influence si cette situation devait perdurer.

Dans un communiqué, le chef de cabinet de Donald Trump, John Kelly, a assuré avoir « pleinement confiance dans » la « capacité » de Jared Kushner « à mener à bien ses tâches en matière de politique étrangère ». C’est pourtant le chief of staff, avec l’assentiment public du président, qui est à l’origine de cette perte d’accréditation. Il a dû réagir après la découverte par la presse américaine que de nombreux conseillers, dont Jared Kushner, ne disposaient que d’autorisations temporaires d’accès aux informations les plus classifiées.

Nommé en juillet 2017 après le limogeage du premier titulaire de la fonction, Reince Priebus, John Kelly n’a eu de cesse depuis cette date d’imposer une organisation plus stricte à une Maison Blanche souvent en proie au chaos. Une remise en ordre qui se heurte au poids des « Javanka » – le sobriquet qui désigne pour leurs détracteurs le couple constitué par Jared Kushner et sa femme Ivanka, la fille aînée du président, également conseillère auprès de lui –, même s’il n’est pas officiellement question de rivalité avec John Kelly.

Inexpérience

L’annonce, mercredi, de la démission de la directrice de la communication de la Maison Blanche, Hope Hicks, affaiblit également le couple. La jeune femme de 29 ans, propulsée à cette fonction en dépit de son absence d’expérience, pouvait se prévaloir d’une relation de confiance avec le président et sa famille. Cette annonce intervient après les départs annoncés de deux autres proches du couple nommés au 1600 Pennsylvania Avenue : Reed Cordish et Josh Raffel.

Grâce à ses liens familiaux, Jared Kushner s’était imposé au cours de la campagne présidentielle comme un élément essentiel auprès du candidat républicain, en participant notamment à l’éviction de ses deux premiers directeurs de campagne. Son poids s’était encore affermi pendant la transition, puis s’était traduit par une nomination comme conseiller auprès du président. Une formulation assez vague qui rendait assez peu compte de l’entregent de cet homme de 37 ans. En l’absence d’experts reconnus autour de Donald Trump, il est devenu en effet un point de contact pour de nombreux gouvernements étrangers, en dépit de sa méconnaissance des rouages de l’administration.

Le jour même de la publication de l’article de Politico, le Washington Post faisait d’ailleurs état de la préoccupation de certains membres de l’administration, s’exprimant anonymement, ces derniers s’inquiétant de tentative de manipulation de Jared Kushner par des puissances étrangères. D’autant que le conseiller a noué des contacts sans toujours se coordonner avec le conseiller à la sécurité nationale, H. R. McMaster.

Son rôle prépondérant pendant la campagne en fait un témoin de choix dans l’enquête consacrée aux interférences prêtées à la Russie lors de l’élection présidentielle

Le gendre du président cumule plusieurs handicaps, selon cette analyse. Tout d’abord, son inexpérience qui le fragiliserait face à des responsables aguerris. Il entretient ainsi des liens étroits avec le puissant prince héritier d’Abou Dhabi – principal Etat de la fédération des Emirats arabes unis –, Mohammed Ben Zayed Al-Nahyan, et avec le prince héritier du royaume saoudien, Mohammed Ben Salman.

Jared Kushner est ensuite gêné par les besoins en capitaux de l’empire immobilier de sa famille, même s’il a officiellement pris ses distances avec les affaires lors de son entrée à la Maison Blanche, pour éviter les accusations de mélanges des genres. Le jeune homme est d’ailleurs à l’origine, en 2007, de l’achat d’un immeuble à un prix exorbitant sur la 5e avenue de Manhattan, à New York, qui contraint le groupe Kushner Properties à honorer une importante échéance au début de l’année 2019.

Perte de crédibilité

Son rôle prépondérant pendant la campagne en fait enfin un témoin de choix dans l’enquête consacrée aux interférences prêtées à la Russie lors de l’élection présidentielle. Autant d’éléments qui pourraient expliquer pourquoi il n’a pas obtenu, au bout d’un an, les accréditations nécessaires.

L’accès désormais limité aux informations les plus confidentielles risque dans l’immédiat de compliquer la tâche que lui a fixée le président : tenter de trouver une issue au conflit israélo-palestinien. A quelques jours d’une visite à Washington du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et avant la présentation d’un plan de paix américain d’ores et déjà rejeté par les Palestiniens – après la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d’Israël par Washington –, Jared Kushner a perdu la crédibilité que confère l’appartenance au cercle le plus restreint de la Maison Blanche.