Quand des Israéliens vendent des logiciels espions à l’Arabie saoudite (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Les relations entre l’État hébreu et Riyad restent fragiles et sont assombries par des révélations sur des ventes de matériel d’espionnage concernant Jamal Khashoggi.

Les autorités israéliennes ont mis un mois à réagir à l’assassinat par Riyad du journaliste et opposant saoudien Jamal Khashoggi. Ce long silence témoigne de la gêne suscitée en Israël par cette affaire. Dans une unique déclaration, le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, a qualifié le 2 novembre le meurtre d’«horrible» et a affirmé qu’il «fallait s’en occuper comme il se doit». «Dans le même temps, il est très important que l’Arabie saoudite reste stable, parce que l’Iran est un problème plus important», a-t-il immédiatement ajouté.

La position du gouvernement israélien est d’autant plus malaisée que les contacts établis depuis 2014 entre l’État hébreu et Riyad n’ont rien d’officiels et restent fragiles en dépit d’intérêts stratégiques communs. Le royaume saoudien ne reconnaît pas publiquement l’instauration d’un dialogue avec son nouveau partenaire et va parfois jusqu’à le nier. Cela n’a pas empêché Mohammed Ben Salman de rencontrer en mars dernier à Washington des représentants de grandes organisations juives.

Selon le lanceur d’alerte Edward Snowden et l’institut de recherche canadien Citizen Lab, un logiciel espion a été utilisé par les ­services saoudiens pour tracer Jamal Khashoggi

Entourée de zones d’ombre, la relation israélo-saoudienne est également assombrie par des révélations sur des ventes de matériel d’espionnage et de surveillance aux pays du Golfe et en particulier à l’Arabie saoudite pour traquer leurs dissidents. Selon le lanceur d’alerte Edward Snowden et l’institut de recherche canadien Citizen Lab, un logiciel espion a été utilisé par les services saoudiens pour tracer Jamal Khashoggi.

Mis au point par la société NSO Group, basée en Israël, il aurait été installé sur le téléphone d’Omar Abdulaziz, un autre dissident saoudien exilé qui était en relation étroite avec le journaliste. D’une efficacité absolue, ce virus appelé Pegasus peut débloquer n’importe quel téléphone portable via un hameçonnage. Après l’ouverture d’un lien, il s’installe silencieusement et enregistre toutes les communications, interactions et emplacements d’un smartphone. Fondé par d’anciens membres de l’unité de renseignement électromagnétique de l’armée israélienne, puis racheté par une société américaine, NSO Group affirme pour sa part que le logiciel sert uniquement à combattre le crime et le terrorisme.

En 2016, Ahmed Mansoor, un militant des droits de l’homme des Émirats arabes unis, avait pourtant été piégé par le virus. Mansoor purge actuellement une peine de dix ans de prison pour avoir publié des articles critiques à l’égard du régime sur les réseaux sociaux. Selon le journal Haaretz, qui a publié une enquête fleuve sur le sujet, d’autres systèmes d’espionnage téléphonique ont été vendus à Bahreïn, un petit royaume où la population à majorité chiite est dirigée par une maison royale sunnite. En février dernier, Nabil Rajab, le militant le plus en vue de Bahreïn, a été condamné à cinq ans de prison à la suite d’une série de tweets critiques à l’égard du régime.