«Les Israéliens sont reliés au passé, à la mémoire, à l’histoire et c’est ce qui les équilibre» (Alexandre Devecchio – Le Figaro)

Soixante-dix ans après sa création, Israël reste l’un des États les plus controversés du monde. Dans un récit en forme d’enquête, Israël 70 ans, 7 clés pour comprendre,Martine Gozlan déconstruit les préjugés sur cet État-nation qui s’assume et qui dérange.


Martine Gozlan est Grand reporter et Rédactrice en chef à l’hebdomadaire Marianne. Elle est l’auteur de nombreux ouvrages sur le Maghreb et le Moyen-Orient. Son dernier livre, Israël 70 ans, 7 clés pour comprendre, vient de paraître aux éditions de l’Archipel.


FIGARO: Dans Israël 70 ans, 7 clés pour comprendre ( éditions de l’Archipel), vous tentez de déconstruire un certain nombre de préjugés sur Israël. Pourquoi ce pays est-il si controversé aujourd’hui en Europe? Comment expliquez-vous ce désamour d’une partie de l’Occident pour Israël?

Martine Gozlan: Israël est un cas singulier. Il n’existe aucun autre Etat fondé par les héritiers d’un peuple qui vécut plusieurs millénaires auparavant sur un territoire, en pays souverain, puis vassalisé, en fut chassé, mais ne l’oublia jamais. Car le «Souviens-toi!» – «Zakhor!»- est la clé de l’existence juive. C’est une histoire inouïe. Cette étrangeté radicale prolonge, pour le monde qui l’observe, l’étrangeté juive. De sorte qu’après une brève parenthèse d’empathie pour l’Etat hébreu, due à la réverbération effrayante de l’extermination, l’Occident, l’Europe se sont empressés d’appliquer à Israël la même grille d’élucidation qui fut utilisée avec les juifs du passé. L’Etat juif leur demeure un mystère indéchiffrable. D’où cette antipathie dont les causes profondes sont innommées, tapies dans les profondeurs de l’inconscient, et les causes apparentes adossées à un certain nombre d’éléments géopolitiques qui ne produiraient pas le même effet s’ils s’appliquaient à un autre Etat.

Votre premier chapitre s’intitule «une mémoire qui dérange». Israël apparaît aujourd’hui comme un Etat-nation qui assume à la fois sa souveraineté et son héritage historique et culturel tandis que l’Europe post-nationale et post-historique semble avoir honte de son passé. N’est-ce pas cet attachement d’Israël à son identité nationale qui dérange autant? A tel point qu’un intellectuel comme Zeev Sternhell, dans une forme de paradoxe absolu, n’hésite pas à qualifier aujourd’hui Israël d’Etat «prénazi»…

Israël incarne ce que la culture politico-médiatique dominante s’acharne à flétrir depuis plusieurs décennies pour ce qui est de la France : la force de la transmission, la foi en ses valeurs …

Effectivement l’hypermnésie israélienne incommode les observateurs qui, par ailleurs, ne cessent de louer la légitimité du retour aux racines, de la célébration de l’héritage et des traditions d’un grand nombre d’autres peuples. C’est même là-dessus que s’appuie le multiculturalisme, si déférent par rapport au culte des ancêtres de populations avec lesquelles l’Europe entretient des rapports de culpabilité. Mais, en ce qui concerne Israël, c’est autre chose. Israël, c’est de l’Europe et de l’Orient, les descendants des victimes qui se sont redressés et ne le seront plus jamais. C’est la souveraineté assumée sans complexes sur les bases d’un héritage européen, en intégrant des populations juives orientales, face à un monde arabe et islamique encore dominé par tous les archaïsmes. Israël, démocratie occidentale, ne pratique pas la culture de l’excuse, ne s’interdit pas de riposter quand l’existence de ses citoyens est menacée aux frontières, fouille sans cesse son passé antique, une réalité dont l’Unesco a voulu faire une fiction en niant le lien des juifs avec le mont du Temple/ Esplanade des mosquées. Il y a dans l’Etat hébreu un véritable amour de la patrie et il transcende les clanismes, les divisions bien réelles, souvent tragiques, des nouvelles tribus d’Israël. Le seul fait que cette magnifique expression semble obscène à certains, ici, en dit long sur notre propre malheur. Israël, en ce sens, incarne ce que la culture politico-médiatique dominante s’acharne à flétrir depuis plusieurs décennies pour ce qui est de la France: la force de la transmission, la foi en ses valeurs, le don de soi au pays en même temps que l’absolu bonheur d’être parmi les siens malgré les frictions inévitables. Je ne dresse pas un tableau idyllique: je dépeins un socle qui prolonge celui de la mémoire. Quant à Zeev Sternhell, son attitude, vue d’Israël, n’est pas étonnante: le judaïsme a l’habitude, et même la primeur, des imprécations apocalyptiques! Toute l’histoire juive, depuis l’Antiquité, est zébrée d’invectives internes, d’excommunications sans appel. Un premier ministre, Yitzhak Rabin, a été assassiné le 4 novembre 1995 par un jeune juif fanatique et ce n’était pas le premier assassinat politique. Zeev Sternhell, après tout, reflète une certaine normalité juive de la malédiction! C’est un Israélien à 100% mais qui exprime les sentiments de moins d’1% des Israéliens. Le problème, c’est que sa tribune, publiée en Israël, sort en France, immédiatement instrumentalisée par ceux qui haïssent l’Etat hébreu.

Vous montrez que l’antisionisme est souvent le faux nez de l’antisémitisme. Mais ne peut-on pas critiquer la politique d’Israël sans être accusé d’antisémitisme? Cet amalgame n’est-il pas contreproductif?

On le pourrait parfaitement si, depuis plusieurs décennies, la seule critique d’une politique n’avait pas été peu à peu instrumentalisée pour servir à la condamnation globale d’un Etat. La contestation s’est muée en diabolisation. Tout, absolument tout, est jugé mauvais de ce pays qui, par ailleurs, développe en matière de recherche scientifique, médicale, agricole, industrielles, des approches bénéfiques au développement de l’humanité. Cette diabolisation culmine avec l’absurde et imbécile campagne du BDS – Boycott, désinvestissement, sanctions- qui se nourrit de tous les ferments vénéneux de l’antisémitisme. En enquêtant sur les votes pro-Boycott dans plusieurs municipalités de la banlieue, j’ai découvert, chez les inspirateurs de ces motions désolantes, que la haine d’Israël se doublait de la haine de la France. Le soutien à la Palestine – légitime- a cessé depuis très longtemps d’être une cause pour devenir un alibi.

Beaucoup d’Israéliens me faisaient remarquer que Donald Trump ne devait pas se prendre pour Dieu en leur offrant une ville qu’ils chantaient quotidiennement depuis deux mille ans !

La décision de Donald Trump de déplacer l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem a déclenché une réelle ferveur en Israël et réjouit une majorité des juifs du monde entier. Comprenez-vous qu’elle puisse inquiéter une partie de l’Europe?

Cette décision s’est inscrite pour les Israéliens sur la sombre toile de fond du boycott que j’évoquais à l’instant et de la suspicion générale vis à vis des réalités de leur quotidien, du vote de l’Unesco sur la vieille ville, des menaces qu’ils doivent affronter. Leur exultation était à la mesure de la dénégation. Dans une atmosphère incandescente, j’ai moi-même été très inquiète. Beaucoup d’Israéliens me faisaient du reste remarquer que Donald Trump ne devait pas se prendre pour Dieu en leur offrant une ville qu’ils chantaient quotidiennement depuis deux mille ans! On peut donc comprendre l’appréhension. En même temps, on navigue entre les récifs d’une histoire réécrite par les uns et les autres. David Ben Gourion proclame Jérusalem – divisée- comme capitale en 1949! Tous les diplomates et les journalistes passent leur temps à Jérusalem pour rencontrer les politiques. Par ailleurs, les Européens ont-ils oublié que la liberté religieuse était inexistante à Jérusalem avant juin 1967? Les pélerins juifs n’avaient pas accès au Kotel Maaravi, le mur occidental, dernier vestige des murailles qui enserraient le mont du temple dans l’Antiquité, et appelé communément «Mur des lamentations». Toutes les synagogues de cette vieille ville où avaient vécu des milliers de juifs, avaient été détruites par les Jordaniens. Quand se produisent les retrouvailles du peuple avec le lieu interdit, il se produit un choc sidéral dont les ondes se ressentent toujours aujourd’hui.

Donald Trump vient également de déchirer l’accord sur le nucléaire iranien au grand soulagement d’Israël. Pourquoi l’Iran est-il perçu comme le principal danger pour Israël?

La république islamique ne cesse de proclamer son intention de «rayer Israël de la carte du temps» pour reprendre la récente expression du Guide de la Révolution. Un pays confronté à des menaces si clairement exprimées s’inquiète à juste titre. L’Iran arme le Hezbollah depuis plusieurs décennies et a renforcé ses liens avec le Hamas. Mais cela ne suffisait pas. Au fur et à mesure que s’aggravait la guerre civile en Syrie, Téhéran, allié de Bachar el Assad, a installé ses bases en profondeur. L’Etat hébreu ne cherche pas la guerre et s’en est tenu à l’écart dans les premières années du conflit. Mais l’Iran poursuivait son avancée jusqu’à s’approcher dangereusement des frontières israéliennes. Les convois d’armes se sont multipliés. Le 10 février dernier, un drone iranien chargé d’explosifs a pénétré dans l’espace aérien israélien. C’était le premier acte de guerre signé officiellement de Téhéran. Quel est l’intérêt de la république islamique qui a réitéré ses attaques dans la nuit du 9 au 10 mai, déclenchant une riposte israélienne nourrie, sinon la volonté de frapper Israël?

Beaucoup d’observateurs estiment que l’Etat chiite n’a pas de réelle visée expansionniste et que le danger terroriste vient aujourd’hui principalement d’Arabie Saoudite…

La succession d’évenements auxquels nous assistons prouve le contraire. Ceci oblige à des révisions déchirantes. Car j’ai longtemps été convaincue effectivement que la menace iranienne était moins élevée que la menace djihadiste nourrie il n’y a pas si longtemps par les Saoudiens. L’extraordinaire soulèvement contre les mollahs qui s’est répété depuis 2009, dans un contexte tragique pour le peuple iranien, m’incitait à croire que la société civile, éclairée, émancipée, avide de sortir de la dictature religieuse pourrait faire tomber le régime. Hélas, cette perspective s’est faite lointaine. Les Gardiens de la révolution persistent dans leurs objectifs destructeurs, et la poussée hégémonique est manifeste, de l’Irak à la Syrie et au Liban. Israël est en première ligne. A l’inverse, les lignes bougent en Arabie Saoudite où le prince héritier Mohammed Ben Salman veut faire sortir son royaume du wahhabisme et se rapproche clairement d’Israël dont il reconnaît le droit à la souveraineté sur une partie de la terre sainte, ce qui est une révolution absolue, non seulement pour le wahhabisme mais pour l’islam au sens strict.

Les courbes démographiques basculent. La natalité juive en Cisjordanie est très élevée. Ce qui conforte les partisans de l’annexion de la zone C. Et ils sont de plus en plus nombreux.

La question des «colonies» (pour les Palestiniens) ou des «implantations» (pour les Israéliens) a participé au brouillage de l’image d’Israël. Quelle est votre point de vue sur la question? S’agit-il d’ «avant-postes défensifs» ou de grignotage du territoire palestinien? Existe-t-il toujours une volonté, de part et d’autre, d’une solution à deux Etats?

Quand on parle des colonies, il faut aller sur le terrain. Je parcours la Cisjordanie à intervalles réguliers depuis plus de trente ans. J’ai vu les générations se succéder. On en est à la troisième. 400 000 Israéliens vivent aujourd’hui dans cette région. Quand Israël a évacué Yamit, dans le Sinaï, en 1982, en application des accords de paix avec l’Egypte, il y avait 2500 personnes. Quand Israël a évacué Gaza, en 2005, une décision prise par Ariel Sharon et qui a divisé la société, il y avait 6500 personnes. La situation actuelle est sans commune mesure avec celles qui ont précédé. Dans notre esprit, bien sûr, la solution à deux Etats semble la plus juste et la plus claire. Mais elle s’éloigne au fur et à mesure, non seulement que la population juive s’accroit en Cisjordanie, mais aussi que le leadership palestinien s’enlise dans des mots d’ordre contre-productifs. On accuse Israël d’affirmer qu’en face il n’a pas de partenaire. Mais quel crédit accorder à un Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, qui paie et honore les familles de terroristes et se répand en propos antisémites sur «la fonction sociale des juifs» qui aurait conduit à la Shoah? Même s’il s’est excusé, trois jours après ces ignominies, le mal est fait. Il y a des personnalités magnifiques chez les Palestiniens mais elles ont toutes été écartées. Je pense au philosophe Sari Nusseibeh, qui fut longtemps membre du bureau politique de l’OLP: il a été chassé de l’université Al Quds par le Hamas et le Fatah ne l’a pas défendu. La solution à deux Etats ne peut ressusciter qu’avec des leaders pragmatiques. Ce n’est pas le cas en ce moment.

D’autre part, les courbes démographiques basculent. La natalité juive en Cisjordanie est très élevée. Ce qui conforte les partisans de l’annexion de la zone C. Et ils sont de plus en plus nombreux. Je ne pense pas que la mystique messianique soit leur argument principal. En réalité, ils s’appuient sur des éléments sécuritaires. Oui, la plupart des colonies se trouvent sur des collines. Les responsables de la sécurité de l’une d’entre elles, Bruchin, me désignaient il y a quelques années les tours de Tel-Aviv dans le lointain, depuis le poste de garde. Ils se demandaient ce qui se passerait si le Hamas prenait le contrôle de leur colline. On en est là. Mais on peut aussi tenter d’espérer. A Rawabi, près de Ramallah, se construit une ville nouvelle, pépinière palestinienne de start-ups où une nouvelle génération brillante et pacifique veut travailler en collaboration avec des Israéliens. Il y a des rencontres assez étonnantes en ce moment entre Israéliens des territoires et pacifistes palestiniens. Je ne parle pas des ONG israéliennes qui militent en faveur du retrait total, devenu à mon avis un mantra, mais bel et bien des habitants juifs et arabes d’une même zone. Dans ce sens, l’initiative du mouvement «Les Femmes font la paix» doit être saluée. Là, lors d’une marche dans le désert de Judée, j’ai été témoin d’une vraie convergence entre des juives, habitantes des colonies, et des arabes, habitantes des villages. Elles recrutent en Israël en dépassant les clivages politiques. Leur mouvement regroupe désormais 30 000 personnes, ce qui est considérable dans un contexte aussi âpre. L’avenir, si on peut l’envisager en dépassant la brume de sang, appartient à ceux, Palestiniens et Israéliens, qui aiment assez cette terre pour construire ensemble.

Regardons Israël, cette Babel où les exilés se sont rassemblés en provenance de 102 pays : le sentiment d’appartenance a fini par transcender les fractures …

Vous montrez également qu’Israël est une terre d’immigration. Existe-il un modèle d’intégration israélien où le pays est-il fracturé par le multiculturalisme comme les autres pays européens?

Le pays est basé sur l’immigration, l’alya, la montée vers la terre. Ce flux constant d’arrivées de tous les coins du monde a contraint l’Etat juif à se dépasser. Il a dû inventer sans cesse de nouvelles formes d’intégration pour absorber des citoyens séparés par la langue, la culture, les traditions et la couleur de la peau. Cela fut très dur. Le noyau européen – mais il y avait aussi un noyau de juifs yéménites bien avant leur célèbre arrivée «sur les ailes de l’aigle» dans les années 1950- majoritaire a été accusé par les juifs orientaux de les avoir négligés. Plus tard, le phénomène s’est reproduit avec les juifs d’Ethiopie qui, en 1984 et 1991, arrivaient directement de l’âge des huttes de terre à celui des ordinateurs. Mais, en fin de compte, les orientaux, les séfarades, ont été totalement intégrés aux plus hauts niveaux de l’armée, qui est le vecteur d’excellence du pays. Pour les Ethiopiens, les juifs noirs, c’est le même processus. A chaque phase, l’Etat a été contraint d’innover. Cinq ans après l’opération Salomon, en 1996, tous les enfants éthiopiens étaient scolarisés. 86% des familles pouvaient acheter un appartement! Bien sûr, il y a des manifestations, des accusations de racisme étayées, des blessures. Mais regardons Israël, cette Babel où les exilés se sont rassemblés en provenance de 102 pays: le sentiment d’appartenance a fini par transcender les fractures et c’est l’armée qui en est la preuve la plus spectaculaire. Car Tsahal, à côté de sa mission de défense, a aussi une mission d’éducation, de relève, d’intégration. De quoi effectivement faire réfléchir.

En réalité, la guerre laïcs- religieux est la plus grave car elle a traversé autrefois le peuple juif et l’a mis en danger.

Le fondamentalisme religieux juif, qui explique la bonne santé démographique d’Israël, est-il une menace pour

l’unité du pays, voire pour son caractère démocratique?

C’est la principale cause de discorde. Cela se traduit à tous les niveaux. Dans la bataille politique pour ou contre la conscription appliquée aux élèves des écoles religieuses. Dans la bataille des commerces ouverts ou fermés le shabbat. Dans la bataille pour un espace mixte de prières au Mur des lamentations. Dans la bataille pour que le mariage ne relève plus exclusivement de l’autorité rabbinique. Dans les frictions au sein d’un même quartier entre ultra-orthodoxes et laïcs. La société est clivée. Ce conflit est bien plus important que celui qui, croit-on, oppose le «camp de la paix» aux «faucons». En réalité, la guerre laïcs- religieux est la plus grave car elle a traversé autrefois le peuple juif et l’a mis en danger. Ehud Barak, l’ancien premier ministre travailliste et ex-ministre de la défense, me racontait sa hantise de voir ressurgir l’affrontement entre les zélotes et l’autre partie du peuple, avant la destruction de Jérusalem. David Ben Gourion n’avait pas anticipé la gravité de cette fracture. Pour calmer les religieux, il avait tissé un compromis qui comprenait l’exemption du service militaire et la pleine autorité rabbinique sur l’état-civil, de la naissance à la mort. Mais les religieux étaient peu nombreux en 1948. Selon les prévisions, ils constitueront un tiers de la population juive à l’horizon 2050. Vont-ils faire totalement basculer dans l’archaisme l’une des sociétés les plus libres et les plus innovantes du monde? Je ne le pense pas. Pour reprendre une expression de Shimon Peres, «la démographie est une science pour le passé et le présent mais une diseuse de bonne aventure quand il s’agit du futur». On observe aujourd’hui un début de sortie du milieu ultra-religieux dans la jeunesse. Dans un monde ultra-connecté, les ghettos s’ouvriront. La société civile demande la rédaction d’une constitution. De la gauche à la droite le besoin de l’unité sera le plus fort.

Comme disait Golda Méir, « un juif ne peut pas se permettre le luxe d’être pessimiste !».

Comment expliquez-vous la résilience et l’optimisme d’Israël malgré la guerre? Qu’est-ce que l’Europe vieillissante et en crise peut apprendre de ce jeune pays fondé sur une histoire millénaire?

Comme disait Golda Méir, «un juif ne peut pas se permettre le luxe d’être pessimiste!». Et Israël occupe la onzième place au hit-parade mondial du bonheur établi en 2018 par l’ONU pour 156 pays. Il y a dans ce pays une transmutation du danger en force, et du risque en plénitude. Il suffit de s’asseoir à une terrasse de Tel-Aviv: les Israéliens croient en l’instant, ils savent vivre et se sentent vivre. En même temps ils croient en la durée: ils sont reliés au passé, à la mémoire, à l’histoire et c’est ce qui les équilibre. Il n’y a pas de vide en Israël mais un trop-plein qui en fait le bouillonnement de toutes les expériences. C’est ce que traduit le jaillissement de la littérature dans une langue ressuscitée voici à peine plus d’un siècle, du cinéma, de la recherche, du high tech. En 1961, Joseph Kessel, qui couvrait le procès Eichmann, regardait avec stupeur le peuple de Jérusalem danser pour son treizième anniversaire. Pour ces 70 ans, les Israéliens dansent encore – «Danse encore», c’est le titre d’un recueil de nouvelles du cinéaste Nadav Lapid- même si la nuit est brève et qu’ils doivent combattre à l’aube. Ils savent que cette aube a un sens, même douloureux. C’est ce que l’Europe des donneurs de leçons a peut-être oublié.