Israéliens et Palestiniens fébriles en attendant la «solution Trump» au conflit

Par Cyrille Louis – Le Figaro

Les dirigeants israéliens et palestiniens semblaient retenir leur souffle, ce week-end, dans l’attente de la visite que Donald Trump doit effectuer à partir de lundi à Jérusalem et Bethléem. Le président des États-Unis n’a prévu de passer que vingt-huit heures sur place mais son souhait, plusieurs fois réaffirmé, de mettre fin au conflit par un «accord ultime» suscite de profondes interrogations. Il n’a pour l’heure donné aucun indice tangible sur la méthode qu’il veut adopter. Benyamin Nétanyahou et Mahmoud Abbas, mis en garde contre son tempérament imprévisible, se sont appliqués à lui donner des gages de bonne volonté. «Je travaille très dur pour finalement parvenir à la paix, a-t-il confié au quotidien Israel Hayom avant de quitter Washington, et j’espère que nous atteindrons ce but bien plus vite que beaucoup ne l’imaginent.» 

Les rebondissements qui, côté israélien, ont émaillé l’organisation du déplacement, témoignent de la fébrilité ambiante. Benyamin Nétanyahou a dû sommer l’ensemble de ses ministres d’être présents à l’aéroport Ben Gourionpour accueillir le président américain. Plusieurs d’entre eux envisageaient de «sécher» la réception après avoir appris qu’ils n’auraient pas la possibilité de lui serrer la main. La visite privée de Donald Trump au mur des Lamentations, prévue lundi après-midi, a provoqué un autre pataquès. L’Administration américaine s’est opposée à ce que le premier ministre israélien l’y accompagne comme il l’aurait souhaité. La Vieille Ville de Jérusalem est considérée par la quasi-totalité de la communauté internationale comme territoire occupé 

Le député d’extrême droite

Bezalel Smotrich a accusé M. Nétanyahou de laisser «fouler aux pieds la dignité nationale» et menacé d’utiliser son immunité parlementaire pour s’imposer au côté de Donald Trump.

Le locataire de la Maison-Blanche, qui aura préalablement rencontré le président Reuven Rivlin et visité le Saint-Sépulcre, doit dîner lundi soir avec Benyamin Nétanyahou. Il se rendra mardi matin à Bethléem (Cisjordanie) où il sera reçu par le président Mahmoud Abbas, puis s’arrêtera au mémorial de Yad Vashem afin d’y déposer une gerbe en hommage aux victimes de la Shoah. Les autorités israéliennes se sont émues d’apprendre qu’il n’envisageait de passer qu’une quinzaine de minutes sur place – alors qu’il s’agit traditionnellement d’une étape incontournable lors de tout déplacement officiel dans le pays. Le discours qu’il prononcera enfin au Musée d’Israël, avant de s’envoler pour l’Europe, constituera vraisemblablement le clou de sa visite.

De nombreuses inconnues, ainsi qu’un scepticisme prononcé, entourent à ce stade la solution qu’il entend promouvoir. Les positions des deux parties, vingt-
quatre ans après la signature des accords d’Oslo, n’ont en effet jamais semblé aussi éloignées. Lors de sa rencontre avec Benyamin Nétanyahou, le 15 janvier à Washington, Donald Trump a indiqué vouloir privilégier une approche régionale impliquant l’Égypte, l’Arabie saoudite et la Jordanie – mais il a, contrairement à ses prédécesseurs, refusé de se prononcer en faveur de la solution dite des deux États (http://www.lefigaro.fr/international/2017/02/15/01003-. Son conseiller pour la sécurité nationale, le général H.R. McMaster, a depuis donné le sentiment de corriger le tir en assurant que le président profiterait de son passage au Proche-Orient pour appuyer l’aspiration des  Palestiniens à l’autodétermination. Un même flou entoure son souhait, maintes fois réaffirmé durant la campagne, de transférer l’ambassade américaine de Tel- Aviv à Jérusalem.

Le gouvernement israélien, visiblement prié de montrer sa bonne volonté, devait adopter dimanche plusieurs mesures censées améliorer la vie des Palestiniens de Cisjordanie. Il envisageait d’autoriser la création de deux nouvelles zones industrielles, d’assouplir les restrictions encadrant les constructions palestiniennes dans les secteurs entièrement contrôlés par l’armée et d’étendre les heures d’ouverture des points de passage vers la Jordanie. Mais il n’est pas certain que Donald Trump se satisfasse de ces initiatives alors qu’il a par ailleurs appelé Israël à «lever le pied» sur la colonisation.

Mahmoud Abbas, lors de sa récente rencontre avec Donald Trump, a pour sa part été invité à réprimer plus efficacement les campagnes d’incitation à la haine ainsi qu’à faire cesser le versement de salaires aux Palestiniens détenus pour des attaques commises contre des Israéliens. Il s’agit d’un point délicat, alors que près d’un millier de prisonniers sont depuis un mois en grève de la faim à l’appel du dirigeant incarcéré Marwan Barghouti. Les manifestations de soutiens à ces détenus, émaillées de heurts avec l’armée israélienne, se sont amplifiées ces derniers jours à travers la Cisjordanie. L’Autorité palestinienne, qui ne contrôle pas ce mouvement et redoute manifestement qu’il ne dégénère, aurait tout récemment intensifié ses contacts avec Israël dans l’espoir de le faire cesser avant l’arrivée de Donald Trump. Le Fatah, son propre parti, a implicitement fermé la porte à cette médiation en appelant les Palestiniens à participer mardi à une «journée de la colère».