En Israël, la vaccination fait reculer l’épidémie (Cécile Thibert – Le Figaro)

DÉCRYPTAGE – Mais il faudra d’avantage de temps pour savoir si les personnes vaccinées peuvent ou non transmettre le virus…

Il n’aura fallu que sept semaines à Israël pour vacciner la quasi-totalité de sa population âgée de 60 ans et plus. À la date du 6 février, 80 % des personnes de cette tranche d’âge avaient ainsi reçu leurs deux doses du vaccin à ARN produit par Pfizer/BioNTech. Le pays affiche même le meilleur taux de vaccination au monde, avec 45 % de ses 9 millions d’habitants ayant reçu une vaccination complète, et 30 % une seule dose. Et il semble que cette campagne de vaccination massive et éclair commence enfin à faire effet. Un espoir pour le monde entier.

Qu’il s’agisse d’infections ou d’hospitalisations, les indicateurs se sont considérablement améliorés depuis mi-janvier pour les plus de 60 ans. D’après une étude israélienne mise en ligne il y a quelques jours (pas encore soumise à l’expertise d’autres scientifiques), le nombre de nouveaux cas et d’hospitalisations chaque semaine a en effet respectivement chuté de 49 % et de 36 %. «Nous le disons avec prudence: la magie a commencé», s’est réjouit sur Twitter Eran Segal, l’un des auteurs de l’étude.

Israël est vraiment un modèle expérimental car c’est le premier pays à avoir vacciné de façon aussi intensive

Pr Alain Fischer

Parce que ce sont les premières données dont nous disposons sur l’efficacité de ce vaccin en vie réelle, elles sont scrutées avec la plus grande attention, en premier lieu par le laboratoire Pfizer. Ce dernier a même conclu un accord avec Israël: le pays s’est engagé à fournir toutes ses données épidémiologiques sur la vaccination, en échange de quoi il serait bien servi, et vite. Ce qui explique pourquoi l’État hébreu a été l’un des pays à recevoir le plus grand nombre de doses rapporté à sa population. «Israël est vraiment un modèle expérimental car c’est le premier pays à avoir vacciné de façon aussi intensive, souligne le Pr Alain Fischer, qui coordonne la stratégie vaccinale contre le Covid-19 en France. A priori, les données sont encourageantes, elles vont dans le sens d’une efficacité du vaccin chez les plus de 60 ans. Mais il faut rester prudent.»

Vaccination ou effet du confinement?

Si les scientifiques restent sur leur garde, c’est parce que la campagne de vaccination n’est pas le seul élément pouvant expliquer la baisse des contaminations et des hospitalisations. Pour le comprendre, il faut revenir en arrière, à la date du 8 janvier. À ce moment-là, l’épidémie est en pleine recrudescence dans le pays, suite à un relâchement des mesures en fin d’année. Le mois de janvier a d’ailleurs été le plus meurtrier de la pandémie en Israël, avec plus d’un millier de décès. La vaccination, commencée quelques jours plus tôt, ne fait pas encore effet. Le gouvernement israélien décide alors d’imposer un confinement national (allégé le 7 février, avec la réouverture des commerces non-essentiels). Une mesure très efficace pour freiner la propagation du virus. Alors quand les indicateurs ont commencé à s’améliorer à la mi-janvier, personne ne savait vraiment dire si la vaccination commençait à agir ou s’il ne s’agissait là que de l’effet du confinement.

Au fur et à mesure qu’elles s’accumulaient, les données ont toutefois fourni de bonnes raisons de penser que la vaccination joue bien un rôle déterminant. D’abord parce que les cas et les hospitalisations ont diminué plus vite et plus fort chez les plus de 60 ans, les premiers vaccinés, que chez les plus jeunes. Les hospitalisations ont même augmenté (de 10 %) chez les moins de 60 ans. Une dynamique qui n’est probablement pas étrangère au fait que seuls 20 % des moins de 60 ans ont reçu les deux injections pour le moment.

En outre, les scientifiques israéliens ont comparé l’évolution des indicateurs entre les villes qui ont été les premières à vacciner et celles qui l’ont fait plus tardivement. Pour les premières, il y a eu une diminution de 60 % des cas et de 37 % des hospitalisations sévères, tandis que les secondes ont enregistré une baisse de respectivement 36 % et 17 %.

Tout cela nous montre que la vaccination commence vraiment à avoir un effet sur les indicateurs

Eran Segal

Cette baisse nette et massive des indicateurs chez les plus âgés, mais pas pour le reste de la population, n’avait pas été observée lors du précédent confinement, décrété le 18 septembre en Israël. «Tout cela nous montre que la vaccination commence vraiment à avoir un effet sur les indicateurs», estime Eran Segal, coauteur de l’étude, dans un article publié dans la revue Nature .

Plusieurs travaux préliminaires réalisés en Israël semblent aussi montrer que la vaccination réduit le risque d’être infecté. Mais il faudra davantage de temps pour savoir si les personnes vaccinées peuvent ou non transmettre le virus. «D’ici le printemps, nous en saurons plus, non seulement sur l’efficacité du vaccin à l’échelle individuelle, mais aussi sur la capacité du vaccin à empêcher la transmission. Cela nous permettra de savoir où nous allons», veut croire le Pr Alain Fischer.