Israël: Tsahal renonce à employer des femmes tankistes (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Face aux controverses provoquées par son projet pilote, l’armée israélienne a préféré jeter l’éponge.

Les femmes tankistes de Tsahal vont devoir quitter leur Merkava Mark III, un mastodonte de plus de 60 tonnes équipé d’un canon de 120 mm. Les forces de défense israéliennes (IDF), l’une des armées les plus féministes du monde, renoncent à les employer à ce poste qu’elles étaient parvenues à conquérir. Elles avaient intégré une unité exclusivement féminine dans le cadre d’une expérience unique en son genre et étaient déployées dans le désert du Néguev. Elles formaient un petit contingent de dix soldates chargé d’assurer la sécurité de la frontière égyptienne depuis leur blindé. Quatre d’entre elles avaient décroché le grade de commandant de char. L’une des premières fut le sergent Charlotte Peled-Davidovitch, une Israélo-Britannique qui avait fait son aliyah et dont l’entrée en fonction voici deux ans avait été fortement médiatisée.

«Il faudra une génération pour remédier à l’intensification de la discrimination et de l’exclusion fondée sur le sexe»

Galia Wollch, présidente de Na’amat, la plus importante organisation israélienne de défense des droits des femmes

Tsahal expliquait à l’époque que le programme pilote était une réussite. L’état-major s’est contenté cette fois d’un bref communiqué pour justifier ce dimanche le désengagement. «Il est apparu clairement que la prochaine étape du processus exigeait beaucoup de personnel et de ressources. Il a été décidé qu’à ce stade, il était préférable de renforcer les unités de combat existantes», explique le texte. Na’amat, la plus importante organisation israélienne de défense des droits des femmes, s’est immédiatement insurgéecontre ce qu’elle considère comme une régression. «Vous pouvez surmonter les problèmes de logistique et de main-d’œuvre, mais il faudra une génération pour remédier à l’intensification de la discrimination et de l’exclusion fondée sur le sexe», a réagi Galia Wollch, sa présidente.

Le sujet fait l’objet de controverses depuis son lancement en 2017. Les religieux dont le poids est grandissant dans l’armée s’opposent avec virulence à la présence des femmes dans ce métier jusque-là typiquement masculin. «Enfermez un soldat et une soldate dans cette boîte fermée pendant une semaine et vous aurez neuf mois plus tard un petit soldat», avait lâché en pleine polémique un chef religieux, ancien grand rabbin des armées. L’argument avait été écarté sans avoir à être écrasé sous les chenilles d’un char d’assaut: l’expérience ne prévoyait pas la création d’unités mixtes. Le rôle des tankistes féminines se limitait à un rôle de surveillance de l’arrière des fronts et non à une participation aux combats dans des bataillons opérant en territoire ennemi. La question continuait cependant à diviser les militaires.

«Conspiration des monstres de gauche»

Le programme avait été qualifié par d’anciens commandants d’unités du corps blindé de «conspiration des monstres de gauche» pour affaiblir l’armée et nuire à l’image «des combattants». Le général Avigdor Kahalani, un célèbre commandant de brigade, avait assuré que le rôle des femmes était «de mettre au monde des enfants» et qu’elles n’avaient rien à faire dans un tank. Beaucoup s’interrogeaient sur leur résistance physiologique dans un espace clos et des conditions extrêmes. Les volontaires dont la plupart ont surmonté les épreuves de formation avaient été suivies par des médecins et des préparateurs physiques.

Peu de pays permettent à des femmes de servir dans des unités de combats blindés. C’est le cas de la France mais pas des États-Unis.