Israël: un suprémaciste juif exclu des élections (Thierry Oberlé – Le Figaro)

La Cour suprême a annulé la candidature de Michael Ben-Ari aux législatives pour «incitation au racisme et à la violence».

La Cour suprême bouleverse les calculs politiques de Benyamin Nétanyahou. La plus haute juridiction a disqualifié la candidature aux législatives du 9 avril de Michael Ben-Ari, le leader du parti d’extrême droite Otzma Yehudit (Force juive), pour «incitation au racisme» antiarabe et «à la violence». Le chef de file des suprémacistes juifs figurait en position éligible sur une liste d’union de l’ultradroite dont le premier ministre avait favorisé l’éclosion.

«Ce n’est pas la démocratie. Une junte juridique a pris le pouvoir et cherche à contrôler nos vies»

Michael Ben-Ari, après son bannissement

La Cour suprême s’est prononcée à 8 voix sur 9 en faveur de son invalidation en dépit de l’avis contraire de la commission électorale. Elle s’est ralliée aux recommandations du procureur général d’Israël, Avichaï Mandelblit, qui avait estimé que Michael Ben-Ari «incit[ait] à la haine contre la population arabe sur des fondements ethniques et nationalistes». La justice s’est basée sur une série de déclarations controversées. Michael Ben-Ari avait notamment affirmé que les Arabes «n’ont pas de visage». «Ce sont des traîtres, une cinquième colonne, une nation de meurtriers. Bien sûr, il y a des Arabes loyaux, mais ils représentent moins de 1 %», avait-il ajouté à propos de citoyens qui représentent 17,5 % des habitants du pays. Il s’est défendu devant les magistrats en expliquant que ses propos avaient été repris hors de leur contexte. «Ce n’est pas la démocratie. Une junte juridique a pris le pouvoir et cherche à contrôler nos vies», a protesté Michael Ben-Ari après son bannissement.

Son parti, Otzma Yehudit, revendique l’héritage du mouvement antiarabe Kach, fondé par le rabbin messianique Meir Kahane. Le sulfureux Kach était entré à la Knesset après les élections de 1984 mais avait été interdit de participer aux élections suivantes pour cause de racisme. Il est classé comme organisation terroriste depuis le massacre commis par Baruch Goldstein, un de ses adeptes, qui avait tué, en 1994, 28 Palestiniens dans la salle de prière du caveau des Patriarches à Hébron en Cisjordanie.

Cinquième sur la liste de l’Union des partis de droite, Michael Ben-Ari est persona non grata sur le sol américain. L’un de ses condisciples est connu pour avoir organisé des célébrations en l’honneur de Baruch Goldstein. Le groupuscule composé de colons extrémistes réclame la souveraineté d’Israël sur l’esplanade des Mosquées, le troisième lieu saint de l’islam, appelé aussi mont du Temple, car s’y dressait dans l’antiquité le Temple de Jérusalem, l’annexion complète de la Cisjordanie et le retrait de la citoyenneté aux Arabes israéliens jugés déloyaux.

Deux poids, deux mesures, selon la droite

Si Michael Ben-Ari est hors course, l’un de ses adjoints, Itamar Ben-Gvir, inscrit en huitième position sur la liste de l’Union des droites, a échappé aux foudres des magistrats. L’alliance regroupe trois petits partis d’ultradroite. Elle doit obtenir 3,25 % des suffrages pour être représentée à la Knesset, ce que lui prédisent les sondages. Benyamin Nétanyahou a aidé à sa mise en place pour éviter un éparpillement des voix et consolider le bloc de droite afin de former une coalition de gouvernement au lendemain des élections. Son parti, le Likoud, a dénoncé la décision de la Cour suprême. Tout comme la ministre de la Justice, Ayelet Shaked.

La dirigeante de la Nouvelle droite a stigmatisé une «interférence crasse» de la Cour suprême, jugeant qu’«invalider Ben-Ari et valider les partis qui soutiennent le terrorisme est une intervention flagrante contre le cœur de la démocratie». La Cour suprême a, en effet, doublement manifesté son indépendance à l’égard du pouvoir politique en autorisant Raam-Balad, une liste arabe, à se présenter au scrutin, alors que la commission électorale avait invalidé le 6 mars ce parti en l’accusant de «soutien au terrorisme». Ayelet Shaked a promis de restreindre les attributions de la Cour suprême en cas de victoire électorale et de mettre au pas les magistrats.