En Israël, la spectaculaire campagne de vaccination montre des signes d’efficacité encourageants (Thierry Oberlé – Le Figaro)

RÉCIT – Le pays envisage l’immunité collective et la mise en place d’un «passeport» sanitaire en avril.

Israël est engagé dans deux courses-poursuites contre le Covid-19. La première vise à vacciner l’ensemble de sa population afin de parvenir à un taux d’immunité collective. Elle est vitaminée grâce aux accords passés très tôt avec les laboratoires et à la mobilisation des caisses d’assurance maladie qui quadrillent ce pays d’environ 8 millions d’habitants.

Unique au monde, l’expérience permet de recueillir à ciel ouvert des données sur les conséquences de la vaccination. Elle fait d’ailleurs l’objet d’un protocole entre l’État israélien et la firme Pfizer. Les premiers résultats sont très encourageants. Une étude menée sur 135.000 personnes qui ont été vaccinés montre qu’un pourcentage infime des personnes protégées est tombé malade (environ 0,05%). La première piqûre provoque une réaction antivirale qui ne prend sa véritable capacité d’immunité qu’à l’issue du rappel plusieurs semaines plus tard. Sur les 20 malades vaccinés recensés, aucun n’a développé de forme grave de la maladie, et aucun n’a donc été hospitalisé. Les symptômes se limitent à des maux de tête, de la toux et de la fatigue. Aucune fièvre au-dessus de 38,5°C n’a été enregistrée.

Les effets secondaires sont rares. Il est prévu aussi de vacciner les femmes enceintes et les jeunes. Cette marche en avant donne à la société israélienne l’impression de voir la lumière au bout du tunnel. Mais en attendant, les nouvelles de la pandémie ne sont pas bonnes. Un mois après l’imposition du troisième confinement et deux semaines et demie après son durcissement, le nombre de cas journaliers de nouvelles contaminations ne baisse pratiquement pas et reste très élevé. Il y a plus de 8.000 nouveaux cas par jour et plus d’un millier de personnes sont hospitalisées dans des conditions graves. Les écoles sont closes et les conséquences sur la santé mentale du public sont difficiles à estimer.

Longueur d’avance

Le nombre de patients gravement malades se stabilise mais surtout la campagne de vaccination permet de protéger plus de 200.000 personnes par jour. Les autorités sanitaires ont administré des doses du vaccin Pfizer- BioNTech à plus de deux millions d’individus, soit un quart de la population du pays. Parmi elles, plus de 70% des personnes âgées de plus de 60 ans ainsi que le personnel hospitalier. Les causes de ce succès reposent sur les petites structures de santé de quartier des quatre caisses d’assurance-maladie nationales qui assurent une couverture universelle. Ces organismes gèrent la «guerre éclair». Clalit, la plus ancienne caisse a été fondée avant la première guerre mondiale, avant la création de l’État hébreu. Le pays est habitué pour des raisons historiques aux mobilisations générales. Ses dirigeants sont réactifs. Ils ont immédiatement cherché à négocier des accords avec les laboratoires sans lésiner sur les financements alors que la perspective d’un vaccin n’était pas encore effective. Pfizer-BioNtech y retrouve son compte. L’entreprise a accès aux données statistiques privées.

La stratégie israélienne est d’avoir une longueur d’avance. Le premier confinement a commencé au printemps dernier avant le confinement français. Des masques ont été très vite disponibles tandis qu’en France ils étaient considérés comme une hérésie. Il en va de même pour le second isolement collectif et son durcissement. Les frontières de cette nation qui ressemble à une île sont verrouillées comme en Asie ou en Algérie. L’aéroport de Tel Aviv, principale voie d’accès, est fermé. Quant à la vaccination, elle est une cause nationale dont l’ambition est de parvenir progressivement à une vie plus ouverte en avril avec la mise en place d’un «passeport» sanitaire.