Israël : retour à la case départ pour Benyamin Nétanyahou (Louis Imbert – Le Monde)

Le premier ministre a été, mercredi, chargé de former un gouvernement. Mais il n’a toujours pas de majorité après les législatives du 17 septembre.

Le président israélien, Réouven Rivlin, est apparu épuisé, mercredi 25 septembre au soir, au moment de confier à Benyamin Nétanyahou la tâche de former un gouvernement.

Pâle, tentant de sourire et ne parvenant qu’à grimacer, M. Rivlin a à peine regardé son vieux rival, en lui confiant sa lettre de mission. Il sait que M. Nétanyahou est pour l’heure incapable de réussir : son alliance de droite n’a pas obtenu de majorité aux élections législatives du 17 septembre. « Cela n’est pas une solution », a lui-même reconnu le président. Mais il n’avait pas de meilleur choix.

Depuis dimanche, M. Rivlin avait tenté, en vain, de faciliter la formation d’un gouvernement d’union, en réunissant par deux fois dans sa résidence M. Nétanyahou et le général Benny Gantz, dont le mouvement Bleu Blanc (centre droit) est arrivé en tête au scrutin du 17 septembre. Les deux hommes s’y disent favorables, mais ils posent chacun des conditions impossibles.

Ni l’un ni l’autre ne rassemble autour de lui les 61 députés qui leur garantiraient une majorité simple à la Knesset. Le « bloc » de M. Nétanyahou (55 sièges sur 120), est encore le plus ferme. Son gouvernement de transition se prolonge depuis les législatives d’avril, qui avaient déjà débouché sur une impasse.

Calendrier judiciaire et négociations politiques

« J’accepte la mission. Je le fais en sachant que je n’ai pas une meilleure chance de former un gouvernement, mais une moindre incapacité que M. Gantz. Je ne crois pas que nous puissions former un gouvernement sinon ensemble », a déclaré M. Nétanyahou, sans signaler d’aucune manière qu’il pourrait ne pas diriger cet attelage. M. Gantz a rappelé quant à lui dès mercredi soir que sa formation « n’acceptera[it] pas de siéger dans un gouvernement dont le chef fait face à une sévère inculpation ». Le général attend que le calendrier judiciaire percute les négociations politiques.

M. Nétanyahou dispose de vingt-huit jours pour former un gouvernement. Ses avocats seront entendus dès les 2 et 3 octobre par le procureur général du pays, qui doit décider d’ici à la fin de l’année s’il l’inculpe pour des accusations de corruption, fraude et abus de confiance.

Mercredi soir, M. Nétanyahou avait les accents puissants d’un candidat en campagne – il n’est pas sorti de ce rôle un seul instant depuis avril. Il a promis de donner enfin des frontières fermes et les plus vastes possible au pays, en tirant parti du « deal du siècle » pour le Proche-Orient dont l’administration américaine ne cesse de repousser la publication, n’ayant plus d’interlocuteur de plein pouvoir en Israël.

Le premier ministre s’est aussi placé en protecteur du pays face à la menace iranienne. Il a mis en garde contre des défis « majeurs » que devra surmonter l’économie nationale. Jusqu’au 17 septembre, il vantait au contraire en ce domaine un bilan jugé largement favorable, après plus de dix années an pouvoir.

Quelques marges de manœuvres

Depuis dimanche, face au président Rivlin, le mouvement Bleu Blanc et le Likoud de M. Nétanyahou jouaient à qui perd gagne. « Ils ont essayé tous deux d’éviter d’être désignés pour former un gouvernement. Le Likoud a même paru prêt à refuser ce mandat. Celui qui s’y essaierait en deuxième, [après l’échec d’un premier candidat] bénéficierait d’une plus forte pression pour forcer les autres partis à des compromis », estime l’analyste indépendante Dahlia Scheindlin.

Contraint d’avancer en première ligne, M. Nétanyahou souligne désormais le risque qu’une troisième élection en un an ne finisse par s’imposer. Il presse ses interlocuteurs de se décider au plus vite, et dispose pour cela de quelques marges de manœuvres.

Il peut broder sur une proposition avancée par le président Rivlin : M. Nétanyahou pourrait demeurer premier ministre, un poste de vice-premier ministre serait créé pour M. Gantz. Celui-ci prendrait la direction effective du gouvernement en cas d’inculpation de son rival, qui pourrait tenter de demeurer en poste, formellement, jusqu’à sa condamnation définitive.

Briser la coalition Bleu Blanc

M. Nétanyahou espère encore briser la coalition Bleu Blanc, âgée de moins d’un an, diverse et fragile, qui rappelle ses exigences. A rebours des concessions qu’a multipliées le premier ministre aux partis ultraorthodoxes, elle entend imposer une loi facilitant la conscription de leurs jeunes gens dans l’armée, autoriser les mariages civils, hors de la tutelle du grand rabbinat, et améliorer l’ouverture des commerces les jours de shabbat.

Surtout, M. Nétanyahou tentera de ramener dans le giron de la droite son ancien allié, Avigdor Lieberman (8 sièges), ultranationaliste laïque, qui ne veut plus entendre parler que d’un gouvernement « d’union » sans « Bibi », ni ses partenaires ultraorthodoxes, ni les partis arabes ou de gauche.

Le premier ministre peut encore tout lui promettre : pourquoi pas une rotation à la tête du gouvernement ? Ou bien un poste de numéro deux du Likoud, qui ferait de M. Lieberman un successeur potentiel dans la maison mère de la droite.