Israël pris dans l’engrenage syrien

L’État hébreu redoute une implantation durable de l’Iran à leur frontière nord. Ses frappes font craindre une escalade.

Les nuages s’amoncellent à la frontière entre Israël, la Syrie et le Liban. Pour la deuxième fois en un mois, selon l’armée de Bachar el-Assad, Tsahal a frappé mercredi un site militaire proche de Damas où le régime est soupçonné de fabriquer des missiles et des armes chimiques. Les dirigeants israéliens martèlent depuis des semaines qu’ils s’opposeront par tous moyens au développement d’infrastructures militaires contrôlées par l’Iran ou ses alliés du Hezbollah sur le territoire syrien. «Nous sommes préparés pour tous les scénarios, a déclaré mardi Benyamin Nétanyahou, et je ne conseille à personne de tester notre détermination.» «La nouvelle phase dans laquelle est entré le conflit syrien accroît le risque d’une escalade impliquant Israël», affirment les analystes du centre de réflexion International Crisis Group (ICG) dans un rapport à paraître jeudi(*).

Durant les cinq premières années de la guerre, Israël s’est tenu à l’écart du conflit tout en faisant respecter quelques «lignes rouges» clairement définies. À près d’une centaine de reprises, son aviation a visé des convois ou des dépôts d’armes sophistiquées afin d’empêcher leur transfert au Hezbollah. Des frappes ont également été conduites contre des chefs de la milice chiite libanaise et des officiers iraniens chargés d’établir des bases avancées non loin de la ligne de cessez-le-feu qui traverse le Golan, ainsi qu’en réplique à des projectiles tirés contre Israël. Mais la reconquête, au cours de l’année écoulée, de larges pans du territoire par Bachar el-Assad a progressivement relégué ces objectifs au second plan.

Les stratèges israéliens, qui craignent plus que tout une implantation durable de l’Iran à leur frontière nord, estiment que cette préoccupation n’est pas suffisamment prise en compte dans les négociations menées sous l’égide de Moscou. Au cours des derniers mois, ils ont donc fixé de nouvelles lignes rouges. Pas question, ont-ils fait savoir, que la République islamique se dote d’un port, d’un aéroport ou de bases militaires permanentes sur le sol syrien. Ni que des usines permettant de fabriquer des missiles de haute précision au bénéfice du Hezbollah voient le jour, que ce soit en Syrie ou au Liban. Enfin, selon des sources militaires interrogées par les analystes d’ICG, l’État hébreu se tient prêt à frapper des combattants des Gardiens de la révolution, du Hezbollah ou d’autres milices chiites qui approcheraient de la ligne de cessez-le-feu.

Risques d’embrasement

La mise en place, négociée en novembre dernier, d’une «zone de désescalade» sur le versant syrien du Golan, écarte pour l’heure cette perspective. «Mais il est probable que l’armée de Bachar el-Assad cherchera tôt ou tard à reprendre le contrôle de cette zone et qu’elle devra pour cela s’appuyer sur des milices chiites», prévient Ofer Zalzberg, l’un des auteurs du rapport, qui ajoute: «Il suffirait alors d’une erreur de calcul pour provoquer un conflit majeur.» L’extension du territoire sur lequel Israël s’autorise à conduire des frappes, aujourd’hui au cœur de la Syrie et demain, peut-être, au Liban, accroît également les risques d’embrasement. Le Hezbollah a récemment haussé le ton de ses mises en garde.

Dans ce contexte volatile, les analystes d’ICG estiment que Moscou aurait tout intérêt à redéfinir vite les «règles du jeu» entre Israël et ses adversaires – sous peine de voir ses efforts réduits à néant par un nouvel embrasement. L’État hébreu, proposent-ils, pourrait se résoudre à ce que la République islamique maintienne une présence économique en Syrie, et à ce que les milices ne se retirent que de façon progressive. Téhéran, en contrepartie, renoncerait à développer des infrastructures militaires et se tiendrait à l’écart du Golan. Un tel scénario, toutefois, est jugé peu vraisemblable par Sarah Fainberg, maître de conférences au Centre interdisciplinaire de Herzliya. «Les dirigeants russes eux-mêmes, dit-elle, reconnaissent qu’ils ont de plus en plus de mal à contrôler les visées expansionnistes de l’Iran.»