Israël, sous la pression de Washington, évince les Chinois d’un contrat à 2 milliards (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Un groupe chinois, candidat à la construction d’une usine géante de dessalement d’eau de mer, a été écarté.

La lune de miel aura été de courte durée. Sous la pression des États-Unis, Israël prend ses distances avec Pékin. Les Chinois ne bâtiront pas au sud de Tel-Aviv, au bord de la Méditerranée, Sorek 2, une usine de dessalinisation présentée comme la plus grande du monde. La compagnie chinoise Hutchison paraissait pourtant bien placée pour rafler l’appel d’offres mais le contrat a été octroyé mardi à un consortium local mené par la firme IDE et la banque Leumi. Officiellement, le mieux-disant a été choisi mais il ne fait guère de doute que les mises en garde américaines ont lourdement pesé.

Voici deux semaines, le secrétaire d’État, Mike Pompeo, avait débarqué en Israël pour son unique sortie à l’étranger depuis le début de la crise du Covid-19. Il était attendu sur la question controversée du projet d’annexion de la Cisjordanie occupée par l’État hébreu. Il avait en fait surtout sermonné son fidèle allié sur la «menace chinoise»«Nous ne voulons pas que le Parti communiste chinois ait accès aux infrastructures israéliennes, aux systèmes de communication, à tout ce qui peut mettre en danger les citoyens israéliens et de ce fait mettre en danger les capacités des États-Unis», avait déclaré le chef de la diplomatie américaine à la télévision israélienne. «Nous pensons que ces risques sont bien réels et nous avons partagé cette information à ce propos afin de permettre (à Israël, NDLR) de prendre les meilleures décisions pour lui-même», avait-il ajouté.

Troisième partenaire

La nouvelle usine de dessalement d’une capacité annuelle de 200 millions de m³ d’eau potable, soit près d’un cinquième de l’eau consommée par les ménages et les municipalités chaque année, devrait permettre au pays de couvrir à 85 % ses besoins en eau via la mer. L’infrastructure s’inscrit dans une stratégie à long terme visant à s’adapter aux risques de changement climatique au Moyen-Orient. D’un coût de quelque 2 milliards de dollars, elle sera érigée à proximité d’un centre de recherche nucléaire et d’une base militaire aérienne. L’argument sécuritaire avec la crainte d’un espionnage chinois a été avancé par le ministère de la Défense pour contrer l’offre asiatique. Il a été, semble-t-il, entendu.

Pékin a investi 25 milliards de dollars, ces dernières années, en Israël. Un groupe public chinois a pris le contrôle de Tnuva, le principal groupe alimentaire

Selon la presse israélienne, les États-Unis ont insisté ces dernières semaines par divers canaux pour obtenir des gestes de rupture ou de distanciation avec la Chine, le troisième partenaire commercial d’Israël. L’ambassadeur américain à Jérusalem, David Friedman, a sensibilisé des responsables israéliens, comme le nouveau ministre de la Communication, sur la question de la 5G au cœur de la guerre commerciale entre Washington et Pékin et sur les dangers de liens économiques trop étroits avec Pékin.

Pékin a investi 25 milliards de dollars, ces dernières années, en Israël. Un groupe public chinois a pris le contrôle de Tnuva, le principal groupe alimentaire. Des entreprises chinoises ont également remporté des appels d’offres pour la gestion pendant vingt-cinq ans des deux principaux ports, ceux d’Haïfa et d’Ashdod, une façon de cocher des étapes israéliennes sur les «nouvelles routes de la soie». À Haïfa, les Chinois interviennent à proximité de la voie de sortie d’une base navale militaire, où est stationnée la flotte sous-marine israélienne qui est dotée de capacités secrètes de lancement de missiles nucléaires, et qui abrite aussi des bâtiments de guerre américains de passage.

Le rapprochement israélo-chinois avait commencé en 2016 avec la visite à Pékin d’un Benyamin Nétanyahou impressionné par la puissance de ce nouveau partenaire. En 2018, il recevait en grande pompe le vice-président chinois, Wang Qishan, s’attirant déjà les critiques de ses amis de la Maison-Blanche. Les reproches sont allés depuis crescendo.