Israël perd son «deuxième ambassadeur» à l’ONU (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Avec le départ surprise de Nikki Haley de son poste d’ambassadrice américaine aux Nations unies, l’État hébreu perd une alliée de poids au sein de l’institution internationale.

Un dessin du quotidien Yedioth Ahronoth résume la réaction israélienne à l’annonce de la démission surprise de Nikki Haley de son poste des Nations unies. On y voit l’ambassadrice sortante des États-Unis quitter l’immeuble new-yorkais, sa boîte en carton sous le bras. Un employé lui remet un fanion bleu et blanc frappé de l’étoile de David en disant: «N’oubliez pas votre deuxième drapeau.» Dans le même journal, Danny Gillerman, un ex-représentant d’Israël aux Nations unies, salue le départ du «deuxième ambassadeur d’Israël à l’ONU» qu’il juge «prématuré» et qu’il qualifie de «coup dur». «Elle laisse derrière elle un vide qui sera très difficile à combler», écrit-il.

«Nikki Haley a mené la lutte sans compromis contre l’hypocrisie à l’ONU, au nom de la vérité et de la justice»

Benyamin Nétanyahou

Les milieux politiques et les commentateurs israéliens oscillent ainsi entre des hommages dithyrambiques et des regrets teintés d’un peu d’inquiétude après le retrait de leur championne des couloirs d’une institution internationale qu’ils n’ont de cesse de critiquer. Le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, lui-même ambassadeur aux Nations unies dans les années 80, a remercié celle «qui a mené la lutte sans compromis contre l’hypocrisie à l’ONU, au nom de la vérité et de la justice». Un député du Likoud a comparé la «meilleure amie américaine» à Daenerys Targaryen, une héroïne de Game of Thrones, et le centriste Yair Lapid, l’un des leaders de l’opposition, a élevé Nikki Haley au rang de «phare de lumière» dressé contre les «forces des ténèbres».

Adepte du franc-parler

Tous sont convaincus que ses deux années de mandat ont contribué à un changement de statut d’Israël à l’ONU. Adepte du franc-parler, parfois brutale, l’ambassadrice de choc a mis son veto à toutes les résolutions condamnant l’État hébreu au Conseil de sécurité. Elle a bataillé contre l’Iran, mais aussi contre les Palestiniens, et félicité Donald Trump pour le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, reconnaissant de facto la Ville sainte comme capitale d’Israël, un tabou onusien contre lequel nul pays n’avait osé s’élever.

Nikki Haley a été le fer de lance du retrait des États-Unis du Conseil des droits de l’homme et de l’Unesco, deux organismes accusés de partis pris anti-israéliens. Et elle a poussé l’Administration américaine à couper les vivres en septembre à l’UNRWA, l’agence onusienne qui prend en charge quelque cinq millions de réfugiés palestiniens.

«J’ai vu tant de similitudes entre la culture israélienne et la culture indienne»

Nikki Haley

Si les ambassadeurs américains à l’ONU ont toujours défendu avec plus ou moins de conviction Israël, Nikki Haley en a fait une affaire personnelle. Fille de migrants sikhs indiens, cette figure au fort charisme s’est identifiée à la cause de l’État hébreu. «J’ai vu tant de similitudes entre la culture israélienne et la culture indienne. Nous sommes très soudés, nous aimons nos familles, nous avons une solide éthique de travail. Nous croyons au professionnalisme, à la philanthropie et à la générosité. Nous sommes agressifs. Nous sommes têtus. Et nous ne reculerons pas devant une bagarre», expliqua-t-elle, en mars 2017, devant un auditoire conquis, à la tribune de la conférence annuelle de l’Aipac, le lobby pro-israélien aux États-Unis.

L’ambassadrice a visité le pays pour la première fois en juin 2017 et a appuyé à partir de janvier le changement de cap de la Maison-Blanche sur le conflit israélo-palestinien. Son renoncement ne devrait pas infléchir une politique qui vise à rompre avec les principes en vigueur depuis des dizaines d’années, pour tenter de faire bouger les lignes d’un conflit enlisé. Une nouvelle donne à laquelle les Palestiniens, qui estiment leurs droits remis en cause, refusent de souscrire.