Israël-Palestine : l’introuvable « solution à un État »

Par Le Figaro – Cyrille Louis


ANALYSE – Échaudés par deux décennies de vaines négociations, de nombreux Palestiniens appellent à un État unique où ils réclameraient des droits équivalents à ceux des Juifs, explique Cyrille Louis.

Qu’a donc voulu dire Donald Trump lorsque, interrogé sur la meilleure façon de résoudre le conflit israélo-palestinien, il a répondu: «J’envisage deux États aussi bien qu’un État, et la solution que je préfère est celle qui conviendra aux deux parties» ? À en juger par son rire gêné, Benyamin Nétanyahou a lui-même été pris de court. Le premier ministre israélien, s’il s’est converti en 2009 à la solution des deux États, n’en est certes pas le plus ardent défenseur. Mais il a peut-être craint, l’espace d’un instant, que l’aveu du président Trump ne préfigure un saut dans l’inconnu aux conséquences imprévisibles.

Aussi vieille que le conflit, la solution des deux États est une notion mal aimée à laquelle les deux parties se sont tantôt opposées, tantôt ralliées – le plus souvent faute de stratégie plus conforme à leurs intérêts. En 1947, les dirigeants sionistes approuvèrent par exemple le plan de partage des Nations unies tandis que les pays arabes, convaincus d’emporter la victoire militaire, le rejetèrent. L’Organisation de libération de la Palestine, fondée avant la guerre des Six-Jours dans l’espoir de reconquérir les territoires sur lesquels l’État d’Israël s’était établi, refusa de les partager jusqu’au milieu des années 1980. Il fallut attendre 1993 pour que les deux parties tombent d’accord sur la création d’une Autorité autonome censée préfigurer le futur État palestinien. Mais l’assassinat de Yitzhak Rabin, le retour au pouvoir de la droite israélienne et la flambée du terrorisme palestinien réduisirent ce rêve en poussières.

Les dirigeants israéliens, peu pressés de restituer les territoires conquis en juin 1967 (Jérusalem-Est, la Cisjordanie et la bande de Gaza) alors qu’ils sont en position de force, invoquent la menace sécuritaire pour remettre à plus tard la création d’un État palestinien. Mahmoud Abbas reste fidèle à la vision d’Oslo, mais son isolement le rend incapable d’imposer à l’opinion palestinienne les concessions requises par un accord. Dans chaque camp, les opposants à cette option gagnent en puissance. Le Hamas, qui a pris le contrôle de la bande de Gaza en 2007, concurrence le parti du président Abbas. Quant aux colons juifs de Cisjordanie, ils font la pluie et le beau temps sur un gouvernement décrit comme le plus à droite de l’histoire d’Israël.

Aux yeux des populations concernées, la solution des deux États semble donc être devenue la pire de toute… à l’exception de toutes les autres. Car chacun est bien en peine de proposer une alternative réaliste et acceptable par l’adversaire. La droite israélienne appelle à annexer la Cisjordanie afin d’y normaliser la situation après cinquante ans d’occupation militaire. Mais elle n’est pas disposée à accorder la pleine égalité de droits aux Palestiniens, de crainte que ceux-ci ne menacent par leur nombre le caractère juif de l’État. Elle propose, à défaut, de leur allouer une large autonomie et suggère qu’ils acquièrent la citoyenneté jordanienne. Mais cette position est rejetée par les intéressés et la communauté internationale. Elle fait en outre litière de l’aspiration, commune aux Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, à vivre réunis au sein d’une même nation.

Échaudés par deux décennies de vaines négociations, de nombreux Palestiniens appellent de leur côté à abandonner les chimères d’Oslo au profit d’un État unique où ils réclameraient des droits équivalents à ceux des Juifs. Une minorité de la gauche israélienne y est favorable mais beaucoup estiment que cette option ne ferait qu’ouvrir la porte à d’interminables tensions. Ils préfèrent donc imaginer que Donald Trump ne savait pas où il mettait les pieds lorsqu’il a semblé, mercredi soir, vouloir rompre avec la stratégie de ses prédécesseurs.