Israël ouvre la voie à l’annexion d’implantations juives

Par Cyrille Louis (Journaliste au Figaro)

Un projet de loi, qui aurait reçu le feu vert de Benyamin Nétanyahou, placerait sous la juridiction de la municipalité israélienne de Jérusalem des colonies se trouvant au sud et à l’est de la ville, mais en Cisjordanie occupée, en violation du droit international.
L’aile droite de la coalition gouvernementale israélienne repasse à l’attaque. Sept mois après la «légalisation» controversée de 55 colonies sauvages et de 4000 logements au cœur de la Cisjordanie, le député Yoav Kish (Likoud) vient de déposer un projet de loi qui ouvre la voie à l’annexion de vastes implantations,  édifiées en violation du droit international aux abords de Jérusalem. Le texte, qui aurait reçu le feu vert de Benyamin Nétanyahou, doit être examiné dimanche par la commission des lois. «Son adoption par la Knesset signerait la fin définitive de la solution des deux États», s’inquiète Hanan Ashrawi, membre du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine.

La «loi sur le grand Jérusalem», dévoilée mercredi, prévoit d’étendre les limites administratives de la ville à cinq blocs de colonies qui ceinturent sa partie orientale, où les Palestiniens veulent créer la capitale de leur futur État. Bien que situées en Cisjordanie, les localités du Gush Etzion, d’Efrat, de Beitar-Illit, de Maale Adumim et de Givat Zeev deviendraient ainsi des «sous-municipalités» dont les compétences devront être fixées par le ministère de l’Intérieur.
Regrettant que «le statut de Jérusalem en tant que capitale éternelle d’Israël ait été érodé» au cours des dernières années, les promoteurs du texte espèrent ainsi «rétablir la place de la ville au cœur du peuple juif en y intégrant l’élite de notre pays». Ils s’abstiennent toutefois de préciser si la loi israélienne s’appliquera à l’avenir dans ces colonies en lieu et place du droit de l’occupation militaire, auquel elles sont soumises depuis 1967.

«Cette loi ne constitue pas une annexion sur le plan formel, mais elle permet une absorption de facto de ces colonies par Israël et contribue à brouiller un peu plus encore la “ligne verte” censée marquer la frontière avec un futur État palestinien», dénonce l’avocat Daniel Seideman. Directeur de l’ONG Jérusalem terrestre, celui-ci rappelle que Benyamin Nétanyahou avait soutenu une initiative comparable en juin 1998 avant de faire marche arrière sous la pression de la communauté internationale. L’Administration américaine considère, depuis
2004, que certains «blocs» d’implantations où résident des dizaines de milliers de colons juifs ont vocation à rester du côté israélien
en cas d’accord de paix. Mais elle s’est bien gardée de publier la liste des localités concernées et estimait jusqu’à présent qu’un tel épilogue ne pourra intervenir que dans le cadre d’une négociation – moyennant la cession de territoires équivalents aux Palestiniens.
Le sort de Maale Adumim, vaste colonie qui s’étend d’ouest en est à travers le désert de Judée, inquiète tout particulièrement les défenseurs de la solution dite des deux États. Son absorption par Israël isolerait totalement Jérusalem de la Cisjordanie, dont la continuité territoriale entre le nord et le sud serait presque totalement rompue. Plusieurs ONG relèvent en outre que le projet de texte prévoit de transformer trois quartiers de Jérusalem situés au-delà du mur de séparation et où résident 140.000 Palestiniens – Kufr Aqab, le camp de réfugiés de Chouaffat et Anata – en «sous-municipalités». «Il est évident que le but de cette manœuvre est, à terme, de se débarrasser de cette population», s’inquiète Anat Ben Nun, porte-parole de La Paix maintenant.