En Israël, Nétanyahou face aux exigences des ministres ultra-orthodoxes

LE MONDE | Par Piotr Smolar (journaliste) (Jérusalem, correspondant)

L’accès de fièvre a duré une journée. Soit le temps nécessaire à Benyamin Nétanyahou pour résoudre une crise au sein de son gouvernement. Yaakov Litzman, l’un de ses ministres ultra-orthodoxes, chargé de la santé, a présenté sa démission dimanche 26 novembre. Motif : des travaux de réparation effectués la veille, pendant shabbat, sur les voies de chemin de fer. Soit une violation du repos hebdomadaire, sacré selon la loi juive. Le ministère des affaires sociales, de son côté, invoque le droit d’outrepasser l’interdit religieux si la vie humaine est en danger. D’autant que ces travaux publics sont opérés discrètement depuis des années.

Ni le parti de Yaakov Litzman, Judaïsme unifié de la Torah, ni le Shass, l’autre formation ultra-orthodoxe, ne comptent se retirer de la coalition au pouvoir. Mais cette petite voie d’eau dans l’embarcation du premier ministre tombait mal.
Les partis ultra-orthodoxes (haredim) se trouvent sous la pression de leur base et de médias communautaires, qui les poussent à défendre des positions de principe rigoristes. Cette base place au-dessus de tout la halakha (loi religieuse) et ne perçoit pas à quel point, politiquement, le camp haredi a été choyé par M. Nétanyahou depuis les élections de 2015. Yaakov Litzman le sait, mais il répond devant le grand rabbin de la secte hassidique Gur, Yaakov Aryeh Alter.


Appel à « une solution rationnelle »
Dans cette tension entre les réalités politiques et les exigences religieuses, M. Nétanyahou a fait preuve de doigté. A l’occasion du conseil des ministres dimanche 26 novembre, il a d’abord regretté la démission d’un « excellent ministre ». Puis il a appelé de ses vœux « une solution rationnelle ». Il a aussi assuré que « tous les membres de la coalition sont intéressés par sa continuation », ce qui est vrai à ce stade. « Le shabbat est important pour nous, a poursuivi le premier ministre, comme le sont les besoins de tous les citoyens d’Israël, y compris le besoin de transports permanents et sécurisés. »

Dans la soirée, au soulagement de tous les membres de la coalition, un compromis était annoncé entre le chef du gouvernement et les partis ultra-orthodoxes. Une loi devrait consolider le statu quo de l’interdiction de travailler pendant shabbat. En revanche, les matchs de football professionnels et l’ouverture de supérettes à Tel Aviv seront autorisés ce jour-là. Quant à Yaakov Litzman, il devrait devenir vice-ministre, toujours chargé de la santé, avec pleine autorité sur l’administration.

Mais ce compromis ne résoud pas toutes les tensions qui existent entre les communautés ultra-orthodoxes et le gouvernement. Ce même dimanche, à Jérusalem, plusieurs centaines de juifs ultra-orthodoxes se sont réunis pour protester contre la menace d’un service militaire obligatoire pour tous les hommes – les manifestants ont été dispersés par les canons à eau de la police. En septembre, la Cour suprême a annulé la loi régissant l’exemption de service pour ceux qui poursuivent leurs études religieuses . Le gouvernement a un an pour proposer une législation alternative.