Israël multiplie ses raids contre l’axe chiite en Syrie (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Un raid mené lundi dans la région d’Alep a ciblé un site du Centre d’études et de recherches scientifiques de l’armée syrienne.

Depuis un mois, Tsahal intensifie ses bombardements en Syrie. Les attaques visent des infrastructures militaires, des sites iraniens et des installations fabriquant des missiles de précision du Hezbollah transportés ensuite au Liban. Un raid mené lundi dans la région d’Alep a ciblé un site du Centre d’études et de recherches scientifiques de l’armée syrienne où sont développées des armes chimiques et biologiques. Cette stratégie tous azimuts n’a pas de limite géographique et touche tous les partenaires de l’axe chiite dirigé par l’Iran. Les gardiens de la révolution iranienne, les milices chiites irakiennes, le Hezbollah libanais et des unités de l’armée syrienne sont dans la ligne de mire. L’idée serait de forcer les Iraniens à reconsidérer leurs plans militaires régionaux.

«Il y a plusieurs raisons à l’intensification des frappes israéliennes. Israël est passé d’une stratégie cherchant à arrêter les transferts d’armes et le ciblage des positions iraniennes à une phase de tentative d’éviction, en faisant porter un coût bien plus lourd aux activités iraniennes mais aussi au régime de Bachar el-Assad», explique l’analyste Michael Horowitz. «Depuis quelques semaines les frappes israéliennes touchent bien plus durement les bases du régime syrien. Des images satellites suggèrent, par exemple, que la base de Chaayrat, dans la province de Homs, a été mise plus ou moins hors d’état pendant une quinzaine de jours. Le constat est le même avec d’autres frappes près de Palmyre dans l’Est syrien: Israël veut faire réfléchir Damas sur le coût de son alignement sur Téhéran.»

À en croire des experts israéliens, Israël est convaincu que l’Iran traverse une période de difficultés inédites, et que le moment est venu d’asséner des coups plus durs pour affaiblir ses forces en position délicate et favoriser leur recul. Accélérée par les conséquences de la pandémie et par la chute des prix du pétrole, l’asphyxie économique iranienne aurait des répercussions sur le financement de ses opérations extérieures. Téhéran aurait moins de moyens pour assister le Hezbollah. Ces spéculations sont exploitées par le ministre israélien de la Défense, Naftali Bennett. Évoquant un «Vietnam», il affirme que Téhéran est sur le repli. «L’Iran était auparavant un atout pour les Syriens, les Iraniens ont aidé Assad contre Daech, mais ils sont devenus un fardeau», estime Naftali Bennett, leader d’une petite formation ultranationaliste qui devrait être remplacé à son poste la semaine prochaine par Benny Gantz, l’ex-chef chef d’état-major de l’armée. Il est cependant peu probable que l’Iran abandonne son enracinement chèrement payé en Syrie.

Recrudescence des bombardements

«Ces déclarations de Naftali Bennett sur une réduction des effectifs iraniens en Syrie semblent peu crédibles», commente Michael Horowitz. «C’est plutôt l’inverse qui se produit avec des forces iraniennes, qui ont de plus en plus accès à des sites extrêmement importants et bien défendus de l’armée syrienne, notamment des bunkers souterrains. Plus généralement, il ne faut pas croire qu’il y a d’un côté les milices iraniennes et de l’autre l’armée syrienne, et que l’on peut facilement les séparer. Dans bien des cas, elles sont indissociables.»

Les Russes sont dans une position d’équilibriste de plus en plus difficile à maintenir

Michael Horowitz

Moscou, le parrain de la région, reste, pour sa part, discret sur la recrudescence des bombardements de l’aviation de Tsahal. «Les Russes sont dans une position d’équilibriste de plus en plus difficile à maintenir, puisqu’ils essayent de limiter l’influence iranienne – non seulement à cause des pressions israéliennes, mais aussi dans leur propre intérêt -, tout en dissuadant Israël de dépasser certaines lignes rouges, notamment lorsque ses raids affectent les capacités militaires du régime syrien», estime Michael Horowitz.