En Israël, Moshe Bar Siman Tov monte au front, malgré les critiques (Marc Henry – Le Figaro)

PORTRAIT – Le grand communiquant de l’épidémie du coronavirus crève l’écran depuis le début de la pandémie.

Quarante-trois ans, veste et chemise d’un gris strict, une allure timide, une voix grave à la limite austère, Moshe Bar Siman Tov n’a, a priori, aucune qualité pour devenir une star des médias. Et pourtant, il crève l’écran depuis le début de la pandémie. Il est devenu le grand communiquant de l’épidémie du coronavirus, et est désormais omniprésent sur les chaînes de télévision et les stations de radio. Sa mission est d’annoncer les mauvaises nouvelles, tel le durcissement du confinement. Ce rôle d’oiseau de mauvais augure aurait pu lui nuire. Mais c’est le contraire qui s’est produit.

Parfait inconnu il y a quelques semaines encore, il est maintenant très populaire parmi les Israéliens, selon les sondages, au point de servir de caution de sérieux à Benyamin Nétanyahou, le premier ministre, qui n’hésite pas à le faire intervenir à ses côtés lors de ses communications télévisées. Jusqu’à présent, Moshe Bar Siman Tov apparaît avec de la hauteur, ce qui n’empêche pas les critiques de ceux qui guettent le moindre faux pas.

Économiste, il a commencé sa carrière au département du Budget, l’équivalent français de l’énarque passé par l’inspection des finances, avant de devenir le premier non-médecin, désigné avec le soutien de Benyamin Nétanyahou, au poste de directeur général du ministère de la Santé. Cette promotion ne s’est pas faite sans mal.

Il a eu droit à un appel à la Cour suprême contre sa nomination en 2015, en raison de son manque de compétence médicale, puis, ces derniers jours, à une pétition de médecins et professeurs d’hôpitaux, lesquels exigent des «professionnels de la Santé» à la tête des opérations contre une épidémie qui touche près de 4000 malades et a fait 12 morts. Cette campagne est d’autant plus virulente que le ministre de la Santé, Yaakov Litzman, un ultra-orthodoxe, n’est pas non plus médecin.

Dans l’autre camp, celui des économistes, Moshe Bar Siman Tov se retrouve aussi la cible d’attaques sur le thème: «Les remèdes imposés contre le virus provoquent une quasi-paralysie de l’économie dont les effets risquent d’être encore plus graves que la maladie

Boucs émissaires

Moshe Bar Siman Tov n’en a cure. Pour lui, il ne fait aucun doute que «si la santé publique s’effondre, l’économie s’effondrera aussi». Une conviction qui l’a poussé à prendre un pari risqué pour sa carrière. «À moins d’un miracle, je suis pratiquement certain que cette épidémie va provoquer de nombreux décès. J’espère me tromper, et que l’an prochain à la même époque, je passerai pour un comique ridiculisé pour son alarmisme et ses prédictions apocalyptiques», a-t-il confié. Mais ce n’est pas pour ce langage de vérité qu’il est surtout attaqué. L’épidémie a révélé de très sérieuses pénuries pour les masques, les kits de diagnostic et les respirateurs qui font cruellement défaut.

Le hasard du calendrier a voulu qu’un rapport du Contrôleur de l’État, l’équivalent de la Cour des comptes en France, rédigé avant le déclenchement de l’épidémie et rendu public ces derniers jours, dénonce l’état d’impréparation des hôpitaux, le manque d’équipement et de personnel de santé pour faire face à une catastrophe sanitaire. Le très influent ministère de la Défense, qui aspire à prendre en main la guerre contre le virus, ne ménage pas non plus ses attaques contre la gestion du ministère de la Santé et de son directeur général.

Pour Moshe Bar Siman Tov, la bataille ne fait que s’engager. Il y a de fortes chances pour que, comme c’est souvent le cas en Israël après un événement traumatique, une commission d’enquête officielle se lance à la recherche de coupables ou de boucs émissaires.