Israël montre ses capacités de représailles pour prévenir une attaque iranienne

En communiquant sur la présence militaire iranienne en Syrie, l’Etat hébreu entend signifier à Téhéran qu’en cas de riposte au raid du 9 avril, les prochaines cibles sont déjà déterminées.

La fête de l’indépendance, en Israël, est marquée cette année par une tension inhabituelle. Le 70e anniversaire de l’Etat, célébré jeudi 19 avril, correspond aussi à une mobilisation forte de l’armée et des services de renseignement, qui disent s’attendre à une possible attaque iranienne symbolique et ciblée. Dans cette atmosphère de mobilisation préventive, l’état-major a décidé d’annuler la participation d’avions de chasse à l’exercice international « Red Flag Alaska », conduit par les forces aériennes américaines.

Une attaque iranienne serait une mesure de rétorsion après le raid aérien conduit le 9 avril contre la base T4 dans la province d’Homs, en Syrie. Il a été attribué à Israël, même si le gouvernement n’en a pas revendiqué la responsabilité. Le 10 février, l’armée israélienne avait déjà ciblé cette même base, d’où était parti un drone qui avait pénétré dans son espace aérien. Le drone, a-t-on appris un mois plus tard, aurait été équipé d’explosifs. Au total, douze sites, dont quatre iraniens, avaient été visés en février. Des gardiens de la révolution, la principale force armée iranienne, opèrent sur cette base aux côtés de forces syriennes et russes. En réponse, un avion de chasse israélien avait été abattu.

Mais le raid du 9 avril a entraîné une réaction – verbale – plus forte de la Russie. C’est la première fois dans l’histoire, dense, des opérations israéliennes en Syrie, ces dernières années, qu’un bilan aussi important est reconnu : au moins sept militaires et responsables sécuritaires iraniens ont été tués.

Mardi, dans une démarche inhabituelle, l’armée a communiqué à plusieurs médias israéliens des images satellites et des données classées confidentielles sur les activités militaires iraniennes en Syrie. On y voit notamment cinq bases, qui seraient utilisées pour des opérations impliquant des drones – de renseignement ou d’attaque – ou bien accueillant des avions civils soupçonnés de transporter des armes. Il s’agit de la base T4, d’une base à Alep, une autre à Deir ez-Zor, de l’aéroport international de Damas et d’un autre aérodrome près de la capitale.

Mauvaise humeur russe

Cette publication répond à plusieurs visées, pour les autorités israéliennes. Elle permet d’adresser un message aux Iraniens : leur présence en Syrie est documentée dans les détails ; en cas d’escalade, les prochaines cibles sont déjà déterminées. Elle dramatise le message sur les visées hégémoniques attribuées à Téhéran au Moyen-Orient. Elle rappelle à Washington que les frappes ponctuelles menées le 14 avril en Syrie avec la France et le Royaume-Uni ne modifient en rien l’équilibre des forces et la menace pesant sur l’Etat hébreu.

La publication s’inscrit, enfin, dans la perspective d’un possible retrait américain, en mai, de l’accord sur le nucléaire iranien. « Israël veut encourager les Etats-Unis à brandir une menace militaire crédible contre l’Iran, pour l’empêcher de reprendre l’enrichissement d’uranium en cas de retrait américain de l’accord, et pour pousser Téhéran à réduire sa présence régionale », explique Ofer Zalzberg, analyste de l’organisation International Crisis Group.

Mais Israël doit aussi tenir compte de la mauvaise humeur russe. « La Russie exprime de plus en plus son insatisfaction au sujet du conflit entre l’Iran et Israël en Syrie, poursuit Ofer Zalzberg, car cela complique la stabilisation du régime de Damas. Les Russes suggèrent à l’Iran, s’ils veulent agir contre Israël, de le faire ailleurs qu’en Syrie, par exemple via le Hezbollah au Liban ou à Gaza. Et ils disent aux Israéliens de ne pas exagérer la gravité de la présence iranienne et des milices chiites en Syrie, au vu de leur supériorité militaire. Moscou est davantage motivé pour résoudre ce problème entre l’Iran et Israël, mais il n’a pas encore de stratégie. »

Missiles sol-air

C’est Moscou qui a publiquement mis en cause l’Etat hébreu pour le raid du 9 avril. Israël, de son côté, veut préserver sa liberté d’opération en Syrie, a rappelé le ministre de la défense Avigdor Lieberman. Mais il souhaite aussi que les mécanismes de « déconfliction » (communication pour éviter un risque de conflit) – et non de coordination – entre les états-majors israélien et russe gardent leur efficacité. Israël continue de croire qu’il est possible de miser sur Moscou, au nom de la préservation de ses intérêts en Syrie, pour peser sur son allié iranien. Une escalade militaire avec l’Etat hébreu ne servirait guère l’agenda russe. « S’ils veulent éviter davantage d’échanges de feu dans la zone qu’ils contrôlent, il vaut mieux empêcher les Iraniens d’agir, souligne Yossi Kuperwasser, ancien directeur général du ministère israélien des affaires stratégiques. (…) Les Russes n’ont pas pris les mesures nécessaires de ce point de vue, pour ne pas être mis en cause. »

La Russie envisage de transférer à la Syrie des systèmes de missiles sol-air S-300. Ils représenteraient un atout pour Damas, permettant à son armée de menacer à la fois des avions de chasse et des avions civils israéliens. Mais la livraison est loin d’être confirmée, elle pourrait prendre des années. En outre, on ne connaît pas le modèle qui serait proposé. Les Israéliens, qui ont étudié de longue date ce système de défense et les moyens de s’en prémunir, voient surtout dans cette annonce un signe supplémentaire de l’engagement de Moscou aux côtés du régime Assad.