Israël menace de défendre ses intérêts en Syrie

Le Figaro | Par Cyrille Louis 

L’État hébreu n’acceptera pas de voir sa sécurité menacée par l’implantation durable de troupes iraniennes ou du Hezbollah en Syrie.


Tel est le message que Benyamin Nétanyahou et le chef du Mossad, Yossi Cohen, prévoient de transmettre à Vladimir Poutine lors de leur rencontre ce mercredi à Sotchi. Les dirigeants israéliens ont pris connaissance avec consternation de l’accord de cessez-le-feu pour le sud de la Syrie annoncé, le 8 juillet dernier, par Washington et Moscou.

Ce document ne tient à leurs yeux aucun compte de préoccupations qu’ils ont maintes fois
énoncées. «Nous nous opposons avec véhémence à l’accumulation de capacités militaires par
l’Iran et le Hezbollah en Syrie, a averti M. Nétanyahou la semaine dernière, et nous ferons tout ce qui est nécessaire pour protéger la sécurité d’Israël.»

«Cette rencontre entre Poutine et Nétanyahou est en quelque sorte le moment de vérité – alors que les accords noués depuis l’automne 2015 pour éviter un accrochage entre les deux armées ont atteint leurs limites», observe Sarah Fainberg, spécialiste de la Russie à l’Institut israélien d’études pour la sécurité nationale. Depuis le début du conflit syrien, la politique israélienne consiste à se tenir à l’écart tout en faisant respecter quelques lignes rouges clairement définies. Près d’une centaine de convois transportant des armes destinées au
Hezbollah ou à d’autres groupes pro-iraniens ont été frappés au cours des cinq dernières années, vient de préciser le général Amir Eshel, chef de l’armée de l’air israélienne. L’État hébreu est aussi intervenu pour répliquer à des tirs de projectiles venus de Syrie, ainsi que pour empêcher le Hezbollah de s’implanter le long de la frontière entre Israël et la Syrie.


Des missiles longue portée

Mais les stratèges israéliens, déçus par le résultat des négociations russo- américaines, font désormais savoir qu’ils se préparent à défendre eux-mêmes leurs intérêts. Le chef du Mossad s’est tout récemment inquiété de constater que «partout où l’État islamique recule, le Hezbollah gagne du terrain». Selon la deuxième chaîne de télévision, des photos prises par satellite indiquent que les Iraniens aménagent un site destiné à la fabrication de missiles longue portée dans le nord du pays. Israël redoute par ailleurs que la République islamique
ne se dote à terme d’un port militaire sur la côte syrienne, depuis laquelle elle pourrait menacer ses installations gazières.
Benyamin Nétanyahou espère-t-il encore, à l’occasion de son entretien avec Vladimir Poutine, peser sur les contours du cessez-le-feu en gestation?
Par une coïncidence qui n’en est sans doute pas une, il vient en tout cas d’annoncer la préparation d’un projet de
loi qui lui permettra d’engager à l’avenir une opération militaire sans recueillir l’accord du gouvernement au complet. «Il est important de présenter aux Russes les principes qui pourraient guider une éventuelle intervention en Syrie, note Yaakov Amidror, ancien conseiller pour la sécurité nationale, et ce même s’ils
n’approuvent pas, le moment venu, ses modalités.»