Israël: mauvaise passe pour Benyamin Nétanyahou (Marc Henry – Le Figaro)

De plus en plus d’Israéliens reprochent au premier ministre sa mauvaise gestion de l’épidémie de Covid, entre autres choses.

Benyamin Nétanyahou apparaît de plus en plus comme un homme cerné de toutes parts, en ces temps d’épidémie de coronavirus. À Jérusalem, plus de 5000 manifestants se sont rassemblés samedi soir près de sa résidence officielle pour exiger la démission immédiate du premier ministre israélien, sans attendre les prochaines audiences en décembre de son procès pour corruption, fraudes et abus de confiance dans trois affaires. Cette mobilisation dite des «drapeaux noirs» ne cesse de prendre de l’ampleur.

Il y a quelques semaines, seuls quelques irréductibles continuaient à se mobiliser en prêchant dans le désert. Désormais, le mouvement a pris des allures de contestation nationale. Pour la première fois samedi, deux cents Israéliens se sont aussi réunis à proximité de la villa personnelle de Benyamin Nétanyahou, à Césarée, dans le nord du pays. D’autres encore ont exprimé leur colère sur une place de Tel-Aviv, ou en brandissant des drapeaux noirs sur des ponts routiers. La tension est telle que la police n’hésite plus à utiliser des canons à eau montés sur des camions à la fin des rassemblements.

Un retour au confinement général est envisagé

Selon la plupart des commentateurs, l’ampleur de cette fronde résulte d’une «convergence» des mécontentements. Le premier ministre est attaqué non seulement sur son comportement moral, mais pour avoir laissé le pays être submergé par une deuxième vague de Covid-19, pire que la première, alors qu’il avait crié victoire et relâché prématurément les règles de confinement. Le nombre de personne infectées quotidiennement dépasse les 2000 certains jours. Israël, qui était au début de l’épidémie classé parmi les bons élèves, se retrouve maintenant en queue de peloton, parmi les dix pays dans le monde où le nombre de personnes infectées par habitant est le plus élevé.

La situation est telle qu’un retour au confinement général est désormais envisagé. Face à cette menace, le gouvernement ne semble plus savoir où donner de la tête. Les autorités annoncent, par exemple, que les restaurants, les salles de sport et les piscines vont être fermés. Mais quelques heures plus tard, sous la pression des patrons et des employés de ces secteurs sinistrés, le gouvernement fait machine arrière. Sur le front social, la situation n’est guère plus brillante avec des milliers de licenciements par jour et un taux de chômage qui dépasse les 21% de la population active, contre moins de 4% à la fin de l’an dernier.

Sur la défensive

Le résultat est que les trois quarts des Israéliens se déclarent aujourd’hui mécontents de la gestion de la crise par le gouvernement. Le Likoud du premier ministre subit lui aussi de plein fouet une baisse de popularité, selon les sondages, au point que quelques voix critiques contre Benyamin Nétanyahou commencent à se faire entendre dans ce parti de droite jusqu’à présent totalement à ses ordres. Autre signe de ces temps difficiles: les contre-manifestations de soutien organisées à la hâte ne rassemblent tout au plus que deux à trois cents «bibistes» inconditionnels.

Sur la défensive, Benyamin Nétanyahou a sorti la grosse artillerie. Il n’a pas hésité à accuser la «12», la chaîne de télévision la plus regardée, à se livrer à une «propagande bolchevique», en propageant des «fakes news dopées aux stéroïdes» sur les chiffres des manifestants mobilisés contre lui. Il s’en est également pris à l’ensemble des médias, qui ne «dénoncent pas les menaces d’assassinats contre le premier ministre et les membres de sa famille. Une honte, une honte, une honte».

Nervosité à l’approche des élections américaines

Cette nervosité s’explique aussi par l’approche de l’échéance des élections de novembre aux États-Unis. Le premier ministre israélien s’inquiète d’une possible défaite de Donald Trump, sur lequel il a tout misé, alors que les précédents chefs de gouvernement ont toujours tenté de tenir la balance égale entre républicains et démocrates. Benyamin Nétanyahou a d’ores et déjà reculé et renoncé à appliquer, le 1er juillet dernier, un plan d’annexion d’une partie de la Cisjordanie. Entre-temps l’épidémie de Covid-19 était en effet devenue la priorité des priorités, tandis que l’Administration de Donald Trump, après avoir donné son aval, a semblé beaucoup moins pressée de voir Benyamin Nétanyahou passer aux actes. Avec Joe Biden, donné favori de la présidentielle américaine, le dialogue risque d’être beaucoup plus musclé. Le candidat démocrate s’est prononcé clairement contre toute annexion et toute extension de la colonisation.