Israël, des lignes rouges et le risque d’un engrenage militaire (Infographie Le Figaro)

Le 10 février, un F-16 israélien a été abattu par des missiles antiaériens syriens alors que plusieurs de ces avions étaient entrés sur le territoire syrien pour frapper des cibles iraniennes en riposte à l’intrusion d’un drone sur le territoire d’Israël. Cet incident qui met directement aux prises Israël avec deux États, l’Iran et la Syrie, est l’un des plus violents sur ce front, stabilisé depuis plusieurs décennies. Il illustre la tension grandissante entre Téhéran et Tel-Aviv. L’État hébreu craint la création par l’Iran d’un corridor terrestre vers la Méditerranée, autre nom du «croissant chiite», via deux gouvernements pro-iraniens, l’Irak et la Syrie. Ce corridor permettrait à la République islamique de soutenir beaucoup plus facilement le Hezbollah, plus puissante des milices chiites parrainées par l’Iran, qui limitait sa sphère d’influence au Liban jusqu’en 2011, mais qui a pris une dimension régionale avec la guerre en Syrie, en se battant aux côtés du gouvernement de Damas.

«Les Iraniens sont bien en train de construire leur corridor. Beaucoup d’officiels israéliens pensent que ça mènera inexorablement à un affrontement direct», estime Fabrice Balanche. «D’une certaine manière, Tel-Aviv préfère encore la menace d’un groupe armé comme le Hezbollah à celle d’un État constitué comme la Syrie, surtout si Damas permet à l’Iran de s’installer durablement à proximité des frontières d’Israël», poursuit l’universitaire. Face à cette perspective, Israël veille à définir des lignes rouges et à s’y tenir absolument.

Ces lignes rouges concernent notamment le plateau du Golan, cet espace situé à la frontière syrienne et annexé par Israël en 1967 après la guerre des Six Jours. Depuis, cette zone était relativement calme. «Le Sud Liban [où opère traditionnellement le Hezbollah] était depuis 1974 la seule ligne de front entre le monde arabe et Israël. Maintenant, le Golan redevient une zone de confrontation», explique, pessimiste, le géographe. «Ça inquiète énormément Tel-Aviv. Dès que les Iraniens ou les milices chiites arrivent à moins de 40 km du Golan, les Israéliens ouvrent le feu», assure-t-il.