Israël: l’échec de Nétanyahou ne signe pas encore sa fin politique (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Le renoncement du premier ministre israélien à former un gouvernement est une défaite doublement douloureuse pour lui.

Benyamin Nétanyahou, qui fêtait ce lundi ses 70 ans, a fini par lâcher prise. Le premier ministre israélien a renoncé à former un gouvernement peu avant la date d’expiration de son mandat fixé par le président Reuven Rivlin. Une défaite douloureuse pour celui qui détient le pouvoir depuis plus de dix ans et s’est forgé une image d’invincibilité, tant sur la scène de politique intérieure israélienne qu’à l’international, avec son usage de la force à Gaza et ses succès diplomatiques.

Elle est doublement douloureuse puisqu’elle survient après un premier échec au lendemain des élections législatives d’avril. Benyamin Nétanyahou n’était pas parvenu à constituer une majorité à la Knesset, où le jeu de la proportionnelle fait la part belle aux petits partis. Il s’était entêté et, plutôt que de céder la place à un autre candidat, avait préféré faire dissoudre l’Assemblée pour tenter à nouveau sa chance.

Sa faillite prolonge la crise institutionnelle dans laquelle est plongé l’État hébreu.

Sa faillite prolonge la crise institutionnelle dans laquelle est plongé l’État hébreu. Le président Reuven Rivlin va demander à l’ex-chef d’état-major de l’armée, Benny Gantz, de tenter de trouver un consensus mais ce dernier n’est pas en meilleure position que «Bibi». En cas de revers, de nouvelles élections législatives, les troisièmes en un an, devraient être organisées en mars 2020.

Benyamin Nétanyahou, pour sa part, est confronté à une autre échéance pénible: sa probable mise en examen dans les prochaines semaines par le procureur général d’Israël, Avichaï Mandelblit, dans des affaires de corruption présumée. Cette épée de Damoclès est utilisée par l’opposition pour justifier son refus de participer à un gouvernement d’union nationale dans un pays où la justice ne badine pas avec les principes. Il est probable que, tant que la décision judiciaire ne sera pas tombée, aucune équipe gouvernementale ne sera véritablement fonctionnelle. Dans le cas où les arguments présentés début octobre par les avocats de la défense seraient entendus et le premier ministre lavé des accusations portées contre lui, le parti Bleu et Blanc de Benny Gantz se retrouverait en porte-à-faux. Il serait alors difficile pour le centre gauche de pas accepter une entente avec Benyamin Nétanyahou. L’opposition libérale fixe cependant un préalable aux négociations: elle refuse de collaborer avec les alliés du chef du gouvernement, les ultraorthodoxes et l’extrême droite religieuse.

Un Premier ministre peut le rester jusqu’à ce que toutes les procédures judiciaires contre lui soient terminées.

Source de confusion supplémentaire, la loi dispose qu’un premier ministre peut servir pendant sa mise en accusation et même après avoir été condamné, jusqu’à ce que toutes les procédures judiciaires soient terminées. En clair, un Benyamin Nétanyahou affaibli peut essayer de rester le locataire de la Rue Balfour, la résidence du premier ministre à Jérusalem, jusqu’à de nouvelles élections législatives si son rival ne parvient pas à former un gouvernement.

Sur le papier, les chances de Benny Gantz de mettre sur pied une coalition sont minces. 54 députés l’ont approuvé le mois dernier en tant que premier ministre, soit sept de moins qu’une majorité de la Knesset. Et sur ces 54, dix sont membres de la liste commune de l’alliance arabe, qui lui apporterait un soutien sans participation. Quant au «faiseur de roi» Avigdor Lieberman, le chef du parti de droite russophone Israel Beytenou, il ne semble pas décidé à entrer dans une alliance de centre gauche liée à des représentants de la minorité arabe. Nétanyahou pourrait ainsi rester à la tête d’un gouvernement provisoire.

Dans la vidéo qu’il a postée sur les réseaux sociaux pour annoncer son renoncement, Benyamin Nétanyahou fustige Benny Gantz. Il lui reproche d’avoir refusé de participer à un gouvernement d’unité nationale alors que l’État hébreu a besoin d’un pouvoir opérationnel pour faire face à «la menace iranienne». «J’ai travaillé sans relâche (…) pour établir un vaste gouvernement d’unité nationale. C’est ce que les gens veulent», plaide-t-il. Il fait valoir ses efforts pour «amener Gantz à la table des négociations (…) et empêcher une autre élection».

Benny Gantz va être à la manœuvre pendant un mois. Le temps pour cet ex-général novice en politique de marginaliser le «magicien» de la politique israélienne dont les tours ont perdu de leur superbe. Un pari incertain.