En Israël, le lac de Tibériade est confronté à une quatrième année de sécheresse

LE MONDE | Par Claire Bastier


Au seuil de l’hiver, une quatrième année de sécheresse s’annonce dans le nord-est d’Israël. Le niveau du lac de Tibériade, qui s’étend sur environ 160 kilomètres carrés en Galilée, a atteint un seuil alarmant. L’ensemble de son bassin-versant, qui s’étend du Liban au nord de la Galilée, en passant par le plateau du Golan, est concerné par la baisse vertigineuse des précipitations.
En 2016, seulement 10 % de la moyenne des pluies hivernales habituelles sont tombées sur cette région. « C’est la première fois que nous sommes confrontés à une telle situation, reconnaît Uri Schor, le porte-parole de l’Autorité israélienne de l’eau, une entité indépendante rattachée au ministère des infrastructures nationales. Jusqu’alors, le nord avait été relativement épargné par la sécheresse. »
Les pluies torrentielles d’hiver, qui constituent un signe supplémentaire du dérèglement climatique, n’arrangent guère la situation de la seule réserve d’eau douce du pays située en surface. Comme les sols ne peuvent absorber tous les volumes tombés, leur infiltration jusqu’aux nappes phréatiques est ralentie et le débit des rivières qui se déversent dans le lac se réduit. En parallèle, environ 230 millions de mètres cubes continuent de s’évaporer naturellement chaque année. En 2014, il y a même eu davantage d’eau qui s’est volatilisée que d’eau entrée dans le lac de Tibériade.


La salinité augmente
« En 2017, le lac a reçu 250 millions de m3, principalement en provenance du fleuve Jourdain, soit en fait 20 millions de m3 seulement après évaporation. La tendance à la baisse, qui est observée depuis la fin des années 1990, se confirme, détaille Doron Markel, directeur de la division du lac de Tibériade de l’Autorité de l’eau. La qualité de l’eau et les écosystèmes en pâtissent, ajoute l’expert.
La salinité augmente et des cyanobactéries prolifèrent ». Le niveau actuel du lac frise la ligne rouge (213 mètres au-dessous de celui de la mer), à partir de laquelle le prélèvement d’eau douce doit être stoppé.
Pendant des décennies, le lac de Tibériade a constitué la principale ressource en eau douce d’Israël. Il a longtemps permis d’alimenter le centre et le sud du pays grâce à l’Aqueduc national, mis en place par la compagnie Mekorot en 1964. Mais, soumis à des périodes de sécheresse à répétition, les Israéliens ont dû changer de stratégie. Au lieu de 300 millions de m3 requis pour approvisionner l’Aqueduc national à l’origine, ce ne sont plus que 50 millions qui ont été prélevés en 2015 et 30 millions en 2016.
Car entre-temps, le pays a construit cinq usines sur la côte méditerranéenne, qui dessalent 650 millions de m3 d’eau de mer par an. Elles couvrent 70 % des besoins intérieurs en eau. Le lac ne fournit donc plus que 10 % du total d’eau consommée en Israël.


Un projet pharaonique
Sa préservation constitue néanmoins une priorité absolue « parce qu’il nous faut une réserve stratégique d’eau, une solution de secours en cas de panne ou d’incident dans le système hydraulique national, soutient Doron Markel. Nous n’avons pas le choix ». D’autant qu’en 2015, Israël s’est engagé officiellement à livrer à la Jordanie 50 millions de mètres cubes d’eau par an. Ce volume devrait au demeurant doubler à l’horizon 2020.
Si Israël a résolu son problème d’approvisionnement au niveau national, des disparités demeurent localement. Ainsi, le nord-est du pays, qui ne bénéficie pas d’usine de dessalement ni de grand site de traitement des eaux usées à proximité, « dépendra toujours des ressources naturelles et continuera de souffrir de la sécheresse », décrit David Kurtzman, hydrologue au centre Volcani de recherche agricole.
Dans cette région, la concurrence est manifeste entre inquiétudes écologiques et intérêts économiques. « Les agriculteurs sont les premiers à pâtir de la sécheresse : ils dépendent directement des sources et du lac pour irriguer leurs plantations », poursuit M. Kurtzman. Le gouvernement a baissé leur allocation en eau de 10 % à 15 %, mais le dossier est trop sensible pour procéder à des coupes supplémentaires.

Depuis une dizaine d’années, les experts israéliens réfléchissent à des mesures de prévention de la pollution du bassin-versant, de gestion de la pêche, ainsi qu’au maintien d’un débit d’étiage suffisant. Une usine de dessalement va être construite à la pointe sud du lac de Tibériade pour livrer aux agriculteurs une qualité suffisante pour l’irrigation des cultures. « De toute façon, si nous ne faisons rien, il deviendra comme la mer morte : une immense étendue d’eau salée », prévient Amir Givati, météorologue rattaché à l’Autorité de l’eau.
Enfin, un plan ambitieux est en cours d’élaboration. A long terme, celui-ci devrait révolutionner le système national en acheminant une partie de la production des usines de dessalement jusqu’au lac. Ce projet pharaonique n’a été pas encore approuvé par l’Autorité de l’eau, ni par le ministère de finances. La question de son financement reste en suspens.