Israël – Kurdistan : les raisons d’un soutien indéfectible

Le succès du référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien lundi 25 septembre était attendu. Mercredi, à Erbil, capitale de la région autonome, les représentants de la Haute commission indépendante kurde pour les élections et le référendum ont annoncé la victoire écrasante du oui, avec 92,73 % des suffrages pour une participation donnée à 72,16 % des 4,6 millions d’inscrits. A l’annonce du résultat, un certain nombre de pays dont la Turquie, le Liban et l’Egypte, ont annoncé qu’elles suspendaient leurs liaisons avec le Kurdistan irakien à compter de ce vendredi, à la demande de Bagdad. Les pays voisins de l’Irak, où se trouvent d’importantes minorités kurdes, ont eux aussi menacé haut et fort de prendre des sanctions contre la région autonome.

 Israël est le seul Etat de la région qui s’est déclaré favorable à l’indépendance du Kurdistan, les Etats-Unis ayant pour leur part appelé le gouvernement régional à y renoncer. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, s’est prononcé la semaine précédente en faveur des « efforts légitimes du peuple kurde pour atteindre son propre Etat », ce qui provoqué l’ire du président turc Recep Tayyip Erdogan qui a déclaré qu’Israël devrait « revoir » son soutien à l’indépendance kurde irakienne, avertissant que l’appui apporté par l’Etat juif à cette initiative pourrait affecter de manière négative les relations entretenues entre Ankara et Jérusalem.

Nombre de nationalistes kurdes aiment à penser qu’Israël et le Kurdistan ont une destinée commune. Du reste, l’idée que l’indépendance du Kurdistan équivaille à la création d’un « deuxième Israël » est un leitmotiv des discours des opposants, invoqué le 17 septembre par le vice-président irakien, Nouri Al-Maliki.

La relation spéciale entre Israël et le Kurdistan remonte à 1948, lorsque le jeune État hébreu  cherche à sortir de son isolement géopolitique régional – conformément à la doctrine de la périphérie de Ben Gourion –  en essayant de nouer des alliances avec des forces non arabes du  Proche-Orient, notamment les chrétiens maronites du Liban ou le Shah d’Iran. Au début des années 1950, quelque 30 000 juifs ont pu quitter le Kurdistan et l’Azerbaïdjan iranien pour émigrer en Israël où ils forment aujourd’hui une communauté de 130 000 personnes.

La famille de Massoud Barzani, l’actuel président de la région kurde, occupe un rôle capital dans le rapprochement entre les deux nations. Dans les années 1960, la guérilla menée par son père, Mollah Mustafa, contre l’Etat irakien pour l’autonomie du Kurdistan a été soutenue par Israël, qui lui a livré des armes et envoyé des formateurs israéliens auprès des combattants kurdes.

Plus récemment, avec les pertes territoriales majeures essuyées par l’organisation Etat islamique en Syrie et en Irak, la perspective d’avoir un nouvel Etat allié séduit la classe politique israélienne et l’opinion publique, alors que la progression des forces chiites inquiète au plus haut point les militaires.

Israël et le Kurdistan n’entretiennent pas de relations officielles mais leurs liens économiques sont aujourd’hui indéniables. En 2015, Israël a ainsi commencé à importer une part significative de son pétrole du Kurdistan irakien, ce qui constitue une source inespérée de revenu pour les Kurdes et une alternative au contentieux récurrent avec Bagdad sur l’exploitation des richesses en hydrocarbures situées dans les territoires placés sous le contrôle des forces kurdes dans le nord de l’Irak.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.