Israël: la guerre éclair du général Benny Gantz pour faire tomber le «roi Bibi» (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Le rival centriste de Benyamin Nétanyahou aux législatives s’est engagé au début de l’année en politique dans l’espoir d’être le troisième ancien chef d’état-major à occuper le poste de premier ministre.

La carrière de Benny Gantz sous l’uniforme sonne comme un résumé de l’histoire militaire israélienne contemporaine, des guerres du Liban à celles de Gaza, en passant par les soulèvements palestiniens. Elle éclaire aussi la personnalité de celui qui a endossé les habits civils et s’est engagé au début de l’année en politique dans l’espoir d’être le tombeur de Benyamin Nétanyahou et de devenir, après Ehoud Barak et Ariel Sharon, le troisième ancien chef d’état-major à occuper le poste de premier ministre.

Parachutiste, il a gravi les échelons et obtenu le grade de général en 2001 avant de prendre la tête de l’armée de 2011 à 2015. Il a été le dernier commandant à quitter le Liban en mai 2000 lors d’un désengagement programmé mais précipité par la progression du Hezbollah. Il avait réussi un retrait sans trop de casse mais avait essuyé des critiques. Lors de la deuxième intifada, il avait été mis en cause après la mort de soldats en Cisjordanie. Ses détracteurs avaient mis en avant un manque de coordination de son commandement et la lenteur de ses réactions. Deux exemples parmi d’autres.

Ses supérieurs, qui ont toujours insisté sur ses qualités, l’ont couvert, et, surtout, les anathèmes glissent sur cet homme en apparence lisse. «Gantz a été pendant tout son parcours militaire comme du téflon. Aucun échec ne l’a stoppé», dit de lui un officier supérieur dans une enquête du quotidien Haaretz parue voici quelques mois. Il était admiré par ses soldats pour son calme et sa détermination, sa proximité avec la troupe et pour sa façon d’assumer ses responsabilités. Il avait aussi la réputation d’être un dur à cuire.

Lors de la dernière guerre à Gaza en 2014, il était à la manœuvre. Dans une de ses premières vidéos très électoralistes de l’hiver dernier, il se vantait d’avoir renvoyé durant l’opération militaire «Bordure protectrice» des secteurs de cette ville «à l’âge de pierre» et se félicitait de la mort de 1 364 «terroristes» palestiniens. Sans évoquer les victimes civiles palestiniennes. Son ascension dans les hautes sphères de l’establishment militaire est une success story. Beau parleur, il est souvent interrogé par les médias. Il grimpe dans la hiérarchie d’un poste à l’autre, souvent par défaut. Il est coopté, car il se trouve à la bonne place au bon moment.

Une image de faucon

Cet opportunisme supposé le sert dans sa nouvelle carrière politique. Sans expérience, il s’est lancé dans l’arène en décembre pour former un nouveau parti centriste, «Kahol Lavan» en hébreu, Bleu et Blanc en français, les couleurs du drapeau israélien. Avec pour slogan: «Ni de droite ni de gauche!» Aux législatives d’avril, le parti surgi du néant faisait quasiment jeu égal avec le Likoud de l’expérimenté premier ministre en poste depuis dix ans qu’il n’avait cessé de pilonner. Élancé et élégant, servi par sa haute taille et un regard bleu acier, Benny Gantz a un message clair: chasser Benyamin Nétanyahou, qu’il accuse de mettre en péril les institutions.

« Sous ma gouverne, le parti Bleu et Blanc changera la direction du gouvernail de l’État israélien vers plus de démocratie»

Benny Gantz (Bleu et Blanc)

Âgé de 59 ans, cet Ashkénaze né dans un kibboutz est le fils de rescapés de la Shoah originaires d’Europe centrale qui avaient fondé une petite communauté agricole dans la plaine côtière du Sud. Il propose une vision ouverte de la société et souhaite mettre en place un gouvernement favorable au mariage civil et aux transports publics en service dans les villes qui le souhaitent. Benny Gantz reproche régulièrement au premier ministre de semer la division et d’«attiser la haine» pour perpétuer son pouvoir et de subordonner la sécurité nationale à des objectifs bassement politiques. Il dénonce sans relâche la corruption. «La simple idée qu’un premier ministre puisse exercer le pouvoir alors qu’une inculpation est présentée contre lui me semble ridicule. Cela n’arrivera pas», dit-il.

«Sous ma gouverne, le parti Bleu et Blanc changera la direction du gouvernail de l’État israélien vers plus de démocratie. Finis les clivages visant à diviser pour régner. Au contraire, des actions rapides seront prises pour former un gouvernement d’union», a assuré Benny Gantz dans une tribune publiée lundi par les principaux quotidiens israéliens.

Comme Benyamin Nétanyahou, il soigne son image de faucon, au point que son parti est parfois surnommé le «Parti des généraux». Il compte dans ses rangs trois anciens chefs de l’armée. Benny Gantz affirme vouloir conserver le contrôle militaire israélien sur la majeure partie de la Cisjordanie occupée et surtout de combattre l’ennemi iranien.