En Israël, le gouvernement entretient une atmosphère de veillée d’armes (Cyrille Louis – Le Figaro)

En attendant la décision de Donald Trump à propos de l’accord sur le nucléaire iranien, Benyamin Nétanyahou a réitéré, dimanche, ses attaques contre ce texte truffé, selon lui, de « lacunes fatales ».

Benyamin Nétanyahou n’aurait raté ça pour rien au monde. Le premier ministre israélien, qui devait à l’origine passer la soirée dans l’avion entre Nicosie et Moscou, a finalement fait une escale à Jérusalem pour pouvoir commenter depuis son bureau l’annonce de Donald Trump. «Israël soutient pleinement la décision courageuse de rejeter l’accord nucléaire désastreux avec le régime terroriste de Téhéran», a-t-il déclaré, avant de plaider une fois encore: «non seulement cet accord ne bloque pas le cheminement de l’Iran vers la bombe, mais il lui ouvre la voie à un arsenal complet de bombes nucléaires – et ceci en quelques années.»

L’allocution du président américain, dont des passages entiers semblent avoir été calqués mot pour mot sur ses récents réquisitoires contre l’accord de juillet 2015, constitue pour Benyamin Nétanyahou une consécration. Résolument hostile à ce texte porté par Barack Obama, le premier ministre a récemment jeté toutes ses forces dans la bataille pour convaincre son successeur de le déchirer. À l’occasion d’une rare rencontre avec la presse étrangère, il a confié dimanche ne pas savoir quelle serait en définitive la décision de Donald Trump. Mais il a réitéré ses attaques contre un document truffé, selon lui, de «lacunes fatales».

 «Ce n’est pas parce qu’on ne viole pas un accord dangereux que celui-ci cesse d’être dangereux »

Benyamin Nétanyahou

Revenant sur la récente capture, par le Mossad, dans un faubourg de Téhéran, d’une demi-tonne d’archives portant sur le programme nucléaire militaire secrètement développé entre 1999 et 2003, Benyamin Nétanyahou a une nouvelle fois estimé que l’accord de Vienne repose sur un mensonge. Le président américain a repris cet argument à son compte mardi soir, affirmant qu’Israël a apporté «les preuves définitives» de la duplicité iranienne. De nombreuses voix ont souligné ces derniers jours que ces documents, anciens, ne prouvent en aucune façon que l’Iran aurait violé les obligations contractées en 2015. «Ce n’est pas parce qu’on ne viole pas un accord dangereux que celui-ci cesse d’être dangereux», a balayé le premier ministre dans un curieux syllogisme.

Mardi soir, alors que Donald Trump s’apprêtait à prendre la parole, l’armée israélienne a indiqué avoir détecté «des mouvements iraniens suspects» dans le sud de la Syrie. Elle a relevé dans la foulée son niveau d’alerte, rappelé des réservistes et invité les résidents du Golan à ouvrir leurs abris. Des médias syriens proches du régime de Bachar el-Assad ont pour leur part accusé l’État hébreu d’avoir tiré des missiles contre une base militaire soupçonnée d’héberger un contingent iranien près de Damas. Selon l’agence Sana, deux missiles auraient été interceptés par la défense antiaérienne.

Téhéran sur le point de riposter aux frappes israéliennes?

Voici plusieurs jours que les dirigeants israéliens entretiennent une atmosphère de veillée d’armes. De hauts responsables militaires, cités par la presse, assurent que Téhéran est sur le point de riposter aux frappes israéliennes conduites les 9 et 29 avril dernier en Syrie. Plus d’une dizaine de gardiens de la révolution auraient trouvé la mort durant ces raids que les dirigeants iraniens ont promis de ne pas laisser impunis. Dimanche soir, plusieurs médias israéliens ont affirmé que des miliciens chiites basés en Syrie étaient sur le point de tirer des missiles contre l’État hébreu. Amos Harel, correspondant militaire au quotidien Haaretz, croit savoir que l’Iran souhaite laver l’affront tout en maintenant un certain flou sur l’origine de la riposte afin d’éviter un embrasement.

L’État hébreu, dont les dirigeants ont souvent assimilé l’accord de juillet 2015 à la politique d’apaisement menée en 1938 face à l’Allemagne nazie, semble faire le pari que le changement de ton américain finira par faire plier Téhéran. Yoav Galant, ancien général et membre du cabinet de sécurité, veut croire que la méthode Trump «pourrait mener l’Iran à renoncer définitivement à son programme nucléaire». D’autres dirigeants laissent entendre qu’elle pourrait même favoriser un changement de régime. «Les défenseurs de l’accord pensaient que la levée des sanctions contribuerait à renforcer l’aile la plus modérée, rappelle Amos Yadlin, mais hélas, ce qu’on voit depuis trois ans, c’est que l’Iran est de plus en plus agressif en Syrie, au Yémen et au Liban. Dans ces conditions, il est peut-être temps de remettre l’accord en question. Mais ceci ne peut être fait que si les Israéliens et les Américains ont un plan B prêt à l’emploi pour le cas où les Iraniens décideraient de lancer une politique d’enrichissement à marche forcée.»

Le face-à-face entre Israël et l’Iran, qui s’est longtemps joué à distance et par milices interposées, menace depuis quelques mois de virer à la confrontation directe.

Le face-à-face entre Israël et l’Iran, qui s’est longtemps joué à distance et par milices interposées, menace depuis quelques mois de virer à la confrontation directe. Après avoir activement contribué à sauver Bachar el-Assad, la République islamique est désormais soupçonnée de chercher à créer une implantation militaire durable en Syrie. Les renseignements militaires israéliens affirment que les gardiens de la révolution ont commencé à y acheminer des systèmes sophistiqués de défense anti-aérienne, des missiles balistiques de précision et des drones de combat. Le 10 février dernier, un échange de feu a pour la première fois opposé les deux pays lorsqu’un drone iranien apparemment équipé d’explosifs a été intercepté au-dessus de Beït Shéan. L’aviation israélienne a répliqué en frappant la base syrienne d’où l’engin était piloté, mais l’un de ses F-16 a été abattu au cours de l’opération. Elle a riposté par une vague de bombardements d’une ampleur telle que Moscou a dû intervenir pour limiter les dégâts infligés à l’armée syrienne.

La Russie, qui se trouve en position de force depuis son entrée en guerre aux côtés de Bachar el-Assad, a dans un premier temps choisi de détourner le regard lorsque Israël frappait des convois ou des dépôts d’armes destinés au Hezbollah. Mais elle semble désormais s’agacer des attaques menées directement contre des implantations iraniennes dans le nord et le centre de la Syrie. Le 9 avril dernier, Moscou a clairement signifié son mécontentement en accusant l’armée israélienne d’avoir frappé une base proche de Palmyre – alors que celle-ci préfère généralement maintenir une certaine ambiguïté autour de ses raids. Vladimir Poutine semble craindre que les tensions croissantes entre les deux pays ne menacent la stabilisation du régime syrien. Les dirigeants israéliens se disent pour leur part déterminés à repousser l’expansion iranienne «quel qu’en soit le prix». Un désaccord de fond au menu de l’entretien que Vladimir Poutine et Benyamin Nétanyahou doivent avoir ce mercredi à Moscou.